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Élan majeur pour les neurosciences genevoises

Le regroupement au Campus Biotech de l’ensemble des laboratoires en neurosciences et des investissements majeurs dans des infrastructures de pointe vont faire émerger un «NeuroCampus» ambitieux. Du laboratoire à l’accueil des patientes et des patients, de l'organoïde cérébral aux start-up innovantes, cet écosystème d’un nouveau genre positionne Genève parmi les principaux centres internationaux de recherche sur le cerveau. Le 9 décembre, la remise du premier Prix Synapsy pour la recherche en santé mentale à Eric Nestler, pionnier du rapprochement entre neurosciences et psychiatrie, entérine ce moment transformateur.

Numéro 55 - décembre 2025

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«L'idée du NeuroCampus est de réunir toutes les équipes qui, à l’Université de Genève, étudient le cerveau, que ce soit en neurosciences fondamentales et cliniques, en radiologie, en pédiatrie, ou encore en psychiatrie», explique Camilla Bellone, professeure au Département des neurosciences fondamentales et vice-doyenne de la Faculté de médecine. «Bien plus qu’une simple cohabitation physique, cette initiative permettra de combiner les forces autour d’une vision commune, à l’UNIGE mais aussi en collaboration étroite avec l’EPFL et le Wyss Center, pour soutenir l’accélération de la traduction des découvertes académiques en start-ups innovantes.»  

Le Campus Biotech devient ainsi la plateforme centrale de ce projet stratégique. L'un des atouts majeurs du NeuroCampus réside dans sa capacité à couvrir l'ensemble du spectre scientifique, des organoïdes cérébraux — ces mini-cerveaux cultivés en laboratoire — vers des modèles animaux sophistiqués, puis l'expérimentation clinique. Cette approche intégrée, enrichie par les technologies d'intelligence artificielle et des outils d’imagerie uniques en Suisse, ouvre la voie à des innovations thérapeutiques qui pourront être développées directement au sein de l'écosystème entrepreneurial du campus.

Le défi du langage commun

Pour développer une vision globale des développements récents en neurosciences, Christian Lüscher, professeur au Département des neurosciences fondamentales et directeur du Centre Synapsy de recherche en neuroscience pour la santé mentale a obtenu l’accès à 120 000 abstracts soumis lors des réunions annuelles de la Society for Neuroscience depuis 2016. «Notre objectif était d’analyser comment notre champ de recherche évolue et comment la recherche sur le cerveau se construit», indique-t-il. «Et nos résultats montrent que les neurosciences deviennent de plus en plus collaboratives à mesure que le processus scientifique s'approfondit et devient davantage intégré.»

L'analyse souligne également le défi que représente l'intégration de différentes échelles. Par exemple, les techniques d'imagerie cérébrale telles que l'IRM fonctionnelle permettent d'observer le fonctionnement global de l'organe, tant chez l’être humain que chez l'animal. D’autre part, combiner optique et génétique permet d'obtenir des images de neurones individuels identifiés grâce à leurs gènes, une approche qui ne s'applique qu'aux animaux, en particulier aux souris. Les médecins, pour leur part, se concentrent sur les symptômes des patientes et des patients, et sur la manière de les aider le plus efficacement possible.

«Le défi principal est alors de développer un langage commun intégrant tous les niveaux d'observation, des cellules aux circuits et aux réseaux», ajoute Christian Lüscher. Camilla Bellone abonde dans ce sens: «Les neurosciences ne sont plus un seul domaine de recherche. Il y a la neuro-ingénierie, le computationnel, la génétique, le système... La difficulté est alors de former des équipes compétentes dans tous ces domaines si vastes.»

Plutôt que chaque laboratoire travaille de manière isolée, l'initiative NeuroCampus vise ainsi à créer des plateformes collaboratives permettant aux chercheurs et aux chercheuses d'accéder à des ressources partagées - en particulier les vastes ensembles de données produits par des études antérieures - à n'importe quelle étape de leurs travaux. «De cette manière, l'approche traditionnelle fondée sur des hypothèses est complétée par une approche fondée sur les données», explique Christian Lüscher. «Mais cela nécessite une infrastructure capable d'intégrer des laboratoires aux cultures scientifiques très différentes.»

Synapsy: vingt ans au service de la santé mentale

Au cœur du NeuroCampus se trouve le Centre Synapsy, dédié aux bases biologiques des maladies mentales. «Historiquement, la psychiatrie était à l'origine de Synapsy», explique Christian Lüscher. «L'idée était de créer un pont entre les neurosciences fondamentales et la psychiatrie clinique.» Au fil des ans, ce pont s'est élargi, et Synapsy est désormais prêt à s'ouvrir à de nombreuses autres spécialités, notamment dans le domaine des neurosciences cliniques. Cette évolution reflète une ambition centrale: comprendre les mécanismes biologiques qui sous-tendent les troubles cérébraux afin de mieux les traiter. 

«L'objectif premier de Synapsy est de comprendre comment le cerveau dysfonctionne dans les maladies psychiatriques, car cette compréhension constitue le premier pas vers la déstigmatisation», souligne Christian Lüscher. «Même si nous ne pouvons pas encore guérir, le simple fait de savoir comment et où les symptômes apparaissent dans le cerveau contribue à réduire les stigmas.»

Une reconnaissance internationale

Pour affirmer sa position dans le paysage international, Synapsy a créé un prix bisannuel récompensant des scientifiques de renom mondial. «En rendant hommage aux personnalités qui ont façonné notre discipline, nous souhaitons mettre en avant l'excellence dans la recherche en santé mentale et favoriser les échanges qui profitent à l'ensemble de notre communauté», note Christian Lüscher. Le premier lauréat, Eric Nestler, doyen et chercheur à l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai à New York, est l’un des pionniers du rapprochement entre neurosciences et psychiatrie. «Il incarne ainsi la vision de Synapsy: la recherche se doit de s’ouvrir à la société et contribuer à développer des solutions pour la santé mentale», ajoute Christian Lüscher. «Il y a également une dimension pédagogique unique: la cérémonie de remise des prix s'accompagne d'une masterclass qui donnera aux étudiant-es genevois-es l'occasion de présenter leurs travaux à Eric Nestler. Pour les jeunes chercheurs et chercheuses, un feedback direct d'un leader mondial dans leur domaine est inestimable pour affiner leur réflexion scientifique, leur ouvrir les portes de futures collaborations et les exposer aux normes les plus élevées de la recherche internationale.»

Le NeuroCampus se renforce également par un recrutement stratégique. Une chaire d'excellence, financée par la Fondation Wilsdorf, sera bientôt attribuée dans le domaine de la biologie cellulaire et moléculaire du développement. «Nous avions identifié un aspect où nous manquions de compétences», explique Camilla Bellone. «La chaire d'excellence vise ainsi à combler cette lacune afin d’atteindre une masse critique de savoir qui nous place dans le paysage mondial des neurosciences.»


Pr Eric Nestler, lauréat du premier Prix Synapsy pour la recherche en santé mentale (tout à gauche), avec les participant-es à la Masterclass Synapsy du 9 décembre 2025: Aïda B. Fall, Bianca B., Bin Wan, Lisa Wah, Laurena Python, Marco de Pieri, Silas Forrer, Xia Wang, Alexander von Hoyningen, Alessandra Panzeri et Eva Xia Wang. Photo: András Barta


Camilla BELLONE
professeure associée,
Département des neurosciences fondamentales
Centre Synapsy de recherche en neurosciences pour la santé mentale
Vice-doyenne en charge de la recherche fondamentale et des technologies

Christian LÜSCHER
professeur ordinaire,
Département des neurosciences fondamentales
Directeur du Centre Synapsy de recherche en neuroscience pour la santé mentale 


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