La réalité virtuelle incarnée comme levier de sensibilisation à l'autisme et aux pratiques inclusives à l'université
RETOUR SUR LA CONFERENCE DU 9 DECEMBRE 2025
Par Simon Flandin, Equipe CRAFT

Vers un enseignement supérieur plus inclusif
Sabine Zorn, Céline Hoffert, et Johanna Despax ont commencé par interroger les préconceptions du public sur le thème de la conférence à l’aide d’une application interactive. Les réponses ont révélé une relative homogénéité parmi les participant-es, que ce soit au sujet de la conceptualisation des enjeux (par exemple : quelles difficultés rencontrent les étudiant-es autistes dans l’enseignement supérieur ?) ou des pistes de solution (comment s’y prendre pour transformer les pratiques ?).
Sabine Zorn a alors entamé la conférence par une contextualisation de ce que désigne l’éducation inclusive de manière contemporaine, avec une focalisation sur les cas de l’école et de l’Université en France. Un constat s’impose : les informations sont lacunaires en ce qui concerne le déroulement des parcours de formation des étudiant-es en situation de handicap (et plus largement, à besoins particuliers), et notamment au sujet des aménagements proposés aux étudiant-es autistes. Ces dernièr-es sont concerné-es par des défis d’ampleur et un risque important d’abandon d’études.
La conférencière a ensuite présenté un programme national ambitieux œuvrant à la construction d’un enseignement supérieur inclusif dans 37 universités françaises, prévoyant notamment la mise à disposition de ressources à destination des étudiant-es concerné-es et du personnel. Dans ce cadre, des initiatives sont prises pour améliorer l’inclusivité de l’enseignement supérieur. Du point de vue de la recherche, cette inclusivité accrue passe par l’application de principes forts, tels que « faire de la recherche avec et non seulement sur », ou encore « faire de la recherche à partir des priorités des personnes concernées ». Le projet REALITY a été initié dans ce contexte.
REALITY : concevoir un dispositif de sensibilisation basé sur la réalité virtuelle incarnée (RVI)
Du point de vue de la formation des adultes, deux approches ont fourni des concepts intéressants pour la conception de REALITY, un dispositif de sensibilisation à l’inclusivité. Céline Hoffert les a présentés succinctement. Premièrement, l’apprenance (Carré, 2005) met en exergue les facteurs endogènes (affects, motivations, cognitions) et les facteurs exogènes (ouverture, individualisation, rapprochement formation-travail) à considérer conjointement pour développer l’agentivité des apprenant-es. Deuxièmement, l’apprentissage comme construction de l’expérience (Barbier, 2013) propose d’articuler au vécu (l’expérience immédiate) l’élaboration et la communication de l’expérience. REALITY a été conçu en s’appuyant sur ces approches.
Exploitant les caractéristiques de la RVI pour favoriser le sentiment d’immersion, l’empathie et les comportements prosociaux, le dispositif REALITY a été conçu avec l’ambition de mettre au travail les dispositions individuelles à apprendre, à des fins de sensibilisation à l’autisme et aux pratiques inclusives.
Johanna Despax a ensuite présenté les trois études prévues dans le cadre du projet REALITY. La première, déjà réalisée, visait à définir les besoins et à valider les contenus. Elle s’est appuyée sur une analyse fine des besoins et des difficultés des personnes concernées, menée auprès de 15 étudiant-es autistes et de 26 membres du personnel universitaire. Cette phase a permis d’identifier plusieurs enjeux majeurs : un risque accru de décrochage, des difficultés organisationnelles importantes, des obstacles dans les démarches de demande d’aide, une forte réticence à révéler le diagnostic, ainsi qu’un besoin marqué de ressources, d’outils, d’un intermédiaire institutionnel et de temps pour s’adapter aux exigences du cadre universitaire.
À partir de ces constats, le contenu du dispositif a été développé à travers plusieurs volets complémentaires : des apports théoriques, des contenus illustratifs reposant sur des films de réalité virtuelle à 360°, ainsi que la création d’un manuel d’aide à l’utilisation. Un prototype a ensuite été conçu afin de vérifier la faisabilité technique du dispositif, dans une démarche participative menée en collaboration avec douze étudiant-es autistes. Cette co-construction s’est également traduite par la conception participative* des scénarios, portant sur des thématiques centrales de la vie universitaire telles que l’implicite, les fonctions exécutives, la cohérence, les codes sociaux, la gestion de l’imprévu, ou encore les malentendus communicationnels.
La deuxième étude, à venir, prendra la forme d’une étude pilote visant à évaluer la faisabilité du dispositif ainsi que ses premiers effets auprès d’un échantillon restreint. Enfin, une troisième étude, de plus grande envergure, reposera sur un essai contrôlé randomisé afin d’évaluer rigoureusement l’efficacité de l’intervention sur un large échantillon.
La conférence s’est terminée par des échanges fort variés et éclairants avec le public, que ce soit au sujet de la prise en compte du spectre autistique et de la diversité des manifestations des troubles dans la conception du dispositif, des prémisses épistémologiques interdisciplinaires de la démarche, ou encore des inflexions méthodologiques nécessaires au déploiement de la démarche en milieu scolaire.
*Pour en savoir plus sur la conception participative, voir par exemple ces travaux conduits dans le RIFT :
- https://link.springer.com/article/10.1186/s12909-025-07110-0
- https://journals.openedition.org/activites/11399
Références
Barbier, J. M. (2013). Expérience, apprentissage, éducation. In Expérience, activité, apprentissage (pp. 65-92). Presses Universitaires de France.
Carré, P. (2005). L'apprenance: vers un nouveau rapport au savoir. Paris: Dunod.
