Journal n°163 - du 28 sept au 10 oct 2019

Flânerie botanique au cœur des symboles et des sentiments

image-10.jpgC’est dans la douce fraîcheur des premiers matins d’automne que Didier Roguet, conservateur aux Conservatoire et jardin botaniques de Genève (CJBG), débute la visite de l’exposition-promenade qu’il a mise sur pied: «Le monde végétal illumine nos existences de ses symboles et des émotions qu’il dégage. Nous ne savons malheureusement pas toujours les déceler, nous en imprégner et en bénéficier.» L’exposition, à voir jusqu’au 13 octobre aux CJBG, vise à les dévoiler et à les illustrer. Le parcours, qui traverse tout le jardin, est articulé autour de 16 thématiques, allant de la peur au plaisir, en passant par le langage des fleurs, la fonction des couleurs dans le monde végétal ou le rôle ambassadeur des plantes nationales. Pour compléter les présentations, près de la moitié des modules sont accompagnés de textes des chercheurs et chercheuses du Centre interfacultaire en sciences affectives (CISA), réunissant les regards de neuroscientifiques, de psychologues ou de philosophes sur ces questions.

Départ pour la forêt, lieu qui symbolise et évoque nos terreurs primales les plus profondes. Ici et là, cachés dans l’arboretum de conifères, des masques du Lötschental renforcent encore l’impression. La peur est au cœur de nombreux travaux menés au CISA. «Les régions amygdaliennes cérébrales au sein de nos lobes temporaux s’activent particulièrement en contexte inconnu, explique le professeur Didier Grandjean. Le phénomène de stress ainsi engendré va nous mettre en état d’hypervigilance afin de pouvoir prévenir la menace.»

L’exposition raconte comment le fameux géranium rouge s’est popularisé en Suisse comme symbole de la joie de vivre.

Déplacement ensuite vers le jardin alpin à la découverte des symboles floraux de l’identité helvète. On y trouve l’edelweiss, le rhododendron et la gentiane, mais aussi le fameux géranium rouge. Originaire d’Afrique du Sud, il s’agit en réalité d’une variété du genre Pélargonium.
L’exposition raconte comment la plante s’est popularisée en Suisse comme symbole de la joie de vivre. Si le CISA a déjà publié des travaux sur les liens entre l’identité suisse et le chocolat, il livre ici les réflexions du philosophe Florian Cova sur notre amour de la montagne, lieu pourtant dangereux et hostile à l’homme.

La visite se poursuit enfin derrière le parc à biches, en Terre de Pregny, toute dédiée à la partie sensorielle. Sentier pieds nus et mur olfactif attendent le visiteur. «L’odorat est le seul sens qui se projette directement, sans relais, sur des structures sous-corticales et corticales impliquées dans les émotions, précise Didier Grandjean. C’est pourquoi nos réactions aux odeurs sont extrêmement fortes.»

«S’appuyer sur les émotions permet de transmettre plus facilement un message de conservation et de protection de l’environnement», assure Didier Roguet, qui se réjouit à la lecture de l’une des phrases inscrites dans le livre d’or de l’exposition: «Merci d’avoir ravivé nos sens dans un monde insensé.» Le pari est gagné. —

| Jusqu’au 13 octobre |
Symboles & sentiments
Conservatoire et jardin botaniques
www.cjb-geneve.ch