Former les soignants au et par le partenariat avec le patient

RETOUR SUR LA CONFERENCE DU 13 MAI 2025

Par Léa Beaud, Equipe Interaction et Formation

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La conférence s’est intéressée à la participation des patient·es dans le domaine de la santé et notamment dans la formation des soignant·es. Dès l’ouverture, les participant·es ont été invité·es à partager leurs propres représentations du partenariat avec les patient·es dans le domaine de la santé. Plusieurs termes ont émergé comme ceux de la collaboration, de la confiance, de l’écoute, et du croisement des savoirs. A la suite de cette première activité, les conférencières ont questionné l’auditoire en demandant si les patient·es pouvaient contribuer au même titre que les professionnel·les à la formation du personnel soignant : pour certain·es la réponse était positive et pour d’autres plus mitigée, en précisant que les professionnel·les qui enseignent ont des compétences que les patients n’ont pas. Les patient·es participeraient donc à la formation davantage en complémentarité plutôt qu’au même titre que les professionnel·es.

Les conférencières ont ensuite poursuivi leur intervention en abordant les fondements théoriques du partenariat en santé. Les patient·es sont de plus en plus intégré·es dans le domaine des soins, que ce soit au niveau de la reconnaissance de leurs savoirs d’expérience par l’équipe soignante, l’intégration des patients-partenaires dans les dispositifs de formation ou dans les milieux hospitaliers directement. Ces évolutions répondent à des enjeux marqués comme l’augmentation des maladies chroniques, le faible engagement des patient·es dans l’application des traitements ou encore la montée de compétences des patient·es grâce à leurs savoirs expérientiels. L’objectif est de repenser la relation de soin, non plus comme centrée uniquement sur l’expertise biomédicale ni même centrée sur le patient lui-même, mais fondée sur une complémentarité entre les savoirs professionnels et les savoirs expérientiels. Telles sont les exigences et les spécificités du paradigme du partenariat « avec » les patients.

Les conférencières ont précisé que le partenariat dans le domaine de la santé doit rester un choix pour chaque patient·e. Si le ou la patient·e souhaite mobiliser ses savoirs d’expérience, ces derniers peuvent enrichir non seulement sa propre relation de soin avec les professionnel·les, mais également contribuer à la formation, à la recherche scientifique ou aux politiques de santé. De plus, les patient·es peuvent participer selon différents degrés de participations (information, consultation, collaboration et partenariat). Ces niveaux d’engagement vont de la simple consultation à la co-conception d’outils ou de modules pédagogiques, en passant par la participation à des activités éducatives ou évaluatives.

Un exemple concret d’intégration du partenariat dans la formation postgrade a ensuite été présenté à travers un module intitulé « Réseau et partenariat ». Ce module, proposé dans le cadre d’un CAS en coordination des soins au sein de la HES La Source (https://www.ecolelasource.ch/formations/postgrade/cas/coordination-soins-reseau/), a été co-construit avec des patient·es partenaires, impliqué·es à différentes étapes : conception du module, participation à des simulations pédagogiques en tant que patient·es simulé·es, et analyse collective des interactions avec les étudiant·es. Les objectifs pédagogiques du module visaient à renforcer la capacité des soignant·es à collaborer en réseau et à maîtriser les outils de communication et de négociation favorisant les décisions partagées.

L’évaluation qualitative du dispositif, à partir de questionnaires et d’écrits réflexifs, a montré que les étudiant·es étaient en grande partie déjà convaincu·es de l’intérêt d’impliquer les patient·es dans les soins. Néanmoins, le module leur a permis de mieux comprendre la différence entre un simple témoignage et une posture de partenariat. Du point de vue des enseignantes, l’implication des patient·es a apporté une réelle valeur ajoutée pédagogique, en enrichissant les contenus et en favorisant une posture collaborative.

Plusieurs leviers ont été identifiés pour soutenir ces démarches, notamment l’importance de la posture d’ouverture et de reconnaissance mutuelle, la dynamique de co-apprentissage, ainsi que la complémentarité des savoirs. Toutefois, des freins subsistent. Certains relèvent des contraintes organisationnelles, en particulier du manque de ressources financières et de cadres institutionnels clairs. D’autres concernent des enjeux plus structurels, comme la hiérarchie persistante des savoirs, le risque d’instrumentalisation des patient·es partenaires, ou encore l’absence de statut défini pour ces derniers, ce qui peut entraîner une forme de précarité pour celles et ceux qui souhaitent s’investir durablement dans ces fonctions.

RIFT_SC-3.jpgPour l’avenir, plusieurs perspectives se dégagent. Sur le plan pédagogique, il est souhaité que l’intégration des patient·es partenaires soit pérennisée et que leurs rôles soient diversifiés en fonction des compétences mobilisées. Sur le plan institutionnel, la professionnalisation de certains profils de patient·es partenaires pourrait permettre une implication plus stable et équitable.


Ce texte a été rédigé avec l’aide d’une IA générative, sur la base des notes prises par l’autrice pendant la conférence. Le texte a été retravaillé dans un second temps.

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L’engagement de patient·es est un levier majeur de transformation du système de santé. Cela s'applique à l'ensemble des soins, des politiques de santé, de la recherche et de l'éducation. En Suisse romande, au niveau de la formation, un nouveau dispositif a débuté en 2021 à l’Institut et Haute école de la Santé La Source à Lausanne avec la mobilisation de l’expertise des patients dans un programme de formation continue postgrade, le CAS en Coordination des Soins et Travail en Réseau[1]. Ce CAS cherche à renforcer les compétences des étudiants à :

- travailler de manière collaborative et partenariale avec les parties impliquées, en valorisant les savoirs expérientiels des patients

- à mobiliser des méthodes et des outils favorisant la prise de décision partagée et le partenariat patient.

 

A cette fin, nous avons construit une séquence pédagogique pilote pour offrir aux praticiens l’opportunité de vivre, d’observer et de réfléchir au changement de posture qu’induit l’approche partenariale des soins. La séquence elle-même a été conçue et animée en collaboration avec une patiente partenaire. Cette séquence s’inscrit dans un contexte plus large de mise en œuvre des différents niveaux d’engagement de patients en tant que partenaires[2-3] dans le CAS.

Lors de cette conférence, nous présenterons la séquence pédagogique et les bénéfices identifiés pour le développement des compétences professionnelles. Nous porterons également un regard réflexif sur l’engagement d’une patiente partenaire dans le dispositif de formation.

Evelyne Berger est professeure HES associée auprès de l’Institut et Haute Ecole de la Santé La Source et co-responsable d’un module sur le travail en réseau et en partenariat. Après une recherche doctorale et postdoctorale en linguistique appliquée dans le domaine de l’apprentissage des langues étrangères, ses activités de recherche et d’enseignement s’inscrivent aujourd’hui dans le champ de la santé. Ses intérêts portent sur la relation et la communication entre professionnel·le et patient·e, ainsi que sur la professionnalisation des infirmier·ières à travers des dispositifs d’analyse vidéo d’interactions de soin.

Titulaire d’un master en Économie Internationale et du développement, Lisa Laroussi-Libeault a travaillé au sein des organisations internationales pendant 15 ans, notamment au sein de missions de maintien de la paix en Haïti et en République Démocratique du Congo. Depuis 2021, elle s’est orientée vers le secteur de la santé et s’est formée au partenariat patient et à l’éthique de la santé. Elle intervient depuis lors comme consultante auprès d’institutions en Suisse et en France dans les domaines du soin, de la formation et de la recherche. Elle est également administratrice de l’Institut Savoir(s) Patient(s).

Séverine Schusselé Filliettaz est maître d’enseignement auprès de l’Institut et Haute Ecole de la Santé La Source et responsable d’un CAS en coordination des soins et travail en réseau. Infirmière de formation et titulaire d’un doctorat en sciences de la vie, elle a travaillé de nombreuses années en milieu hospitalier et en santé publique, de même que pour l’association genevoise PRISM - Promotion des réseaux intégrés de soins aux malades. Ses intérêts portent sur l’accompagnement des professionnel·les et des institutions vers une meilleure collaboration interprofessionnelle et coordination des parcours des personnes malades, ainsi que sur le partenariat entre les patient·es et les professionnel·les.

 

Références

  1. Schusselé Filliettaz, S., Laroussi-Libeault, L., Rochat, S. & Gaillard Desmedt, S. (2024). Retour d’expérience sur le partenariat patient.es  - professionnel·les dans la formation continue à Lausanne. Revue Française de Santé Publique.
  2. Towle, A. et al. (2010). Active patient involvement in the education of health professionals: active patient involvement in education. Medical Education 44, 64-74.
  3. Pomey, M.-P. et al. (2015). Le ‘Montreal model’ : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé. Santé Publique 1, 41-50.
4 juin 2025

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