Postdigital : Les images du numérique (Prof. Béatrice Joyeux-Prunel)

Postdigital 2020-2021. Images et numérique - Déluge, Contagions

Séminaire organisée par la Professeure Béatrice Joyeux-Prunel, chaire des Humanités numériques, dans le cadre d'un partenariat entre le projf FNS VISUAL CONTAGIONS et le Centre d'Excellence européen Jean Monnet IMAGO, Ecole normale supérieure de Paris, dédié à l'enseignement et la recherche sur les images qui ont fait et font l'Europe. Avec le soutien du programme Erasmus+ de l'Union européenne.

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Le séminaire a désormais lieu sur Zoom. Les personnes extérieures peuvent demander le code d'accès à la Pr. Joyeux-Prunel.

Jeudi, 10h-12h ; si retour au présentiel : Phil 211 – 50 places ( bâtiment Philosophes : 22 bd des Philosophes, Genève)

Codes 32M7125 et 32M7126. Moodle : https://moodle.unige.ch/course/view.php?id=6578

1er semestre. Le déluge des images

Depuis une vingtaine d’années, un déluge d’images nous submerge — images fixes et animées circulant sur internet, sur les réseaux sociaux, sur nos écrans personnels comme ceux des espaces publics. Ce déferlement s’avère sans comparaison avec celui, déjà puissant, de la circulation imprimée et matérielle des images. Comment les sciences humaines doivent-elles l’aborder ? Nous prendrons la question de manière méthodique – en examinant ce qu’est une image numérique, ce qu’on peut en faire, et comment étudier des images en masse, à la lumière des méthodes déployées jusqu’ici pour étudier les images imprimées, comme à celle des humanités numériques. Nous confronterons cette approche à ce que les images elles-mêmes nous disent de leur déluge, notamment dans l’art contemporain. Programme du 1er semestre  ici.

2e semestre. Contagions

L’image numérique abonde et circule à une vitesse qui nous dépasse. Cette circulation favorise des diffusions inédites – qu’il s‘agisse d’images anciennes, reproduites, retravaillées et réinterprétées à loisir, ou d’images nouvelles, diffusées en quelques minutes jusqu’aux confins de la planète, qui peuvent transporter de manière très efficace ces Fake news dont notre époque a si peur.  Elle nous pousse aussi à renouveler nos méthodes pour étudier la circulation passée des images, partant de corpus numérisés dont nous connaissons les dates et les lieux de diffusion. Le séminaire aborde le phénomène des contagions visuelles au passé comme au présent, en faisant place à toutes les méthodes envisageables pour le faire: histoire de l’art par études de cas, méthode iconographique, iconologie, visual studies, transferts culturels et resémantisations, point de vue plus systématiques et massifs des humanités numériques, statistique appliquée aux banques de données visuelles, traitement algorithmique des images, cartographie… Certaines séances prendront la question par le biais plus distant et critique de l’art contemporain. Programme du 2e semestre ici.

Ce séminaire est ouvert à tou-te-s. Il s’inscrit dans un programme d’étude des cultures numériques, « Postdigital », organisé en partenariat avec le l’Ecole normale supérieure et l’École des beaux-arts de Paris dans le cadre du Centre IMAGO (Centre européen d’excellence Jean Monnet), et dans le projet de recherches Visual Contagions porté à l’UNIGE par Béatrice Joyeux-Prunel. Un ordinateur portable sera utile, avec accès internet et droits d’administration sur la machine. La validation se fait par la présentation orale d’un exposé, ou par un exercice écrit défini avec l’enseignante. Ce séminaire peut être suivi sans avoir suivi le 1er semestre (« Déluges d’images »).

  • Programme du 1er semestre

  • 24 septembre 2020. Introduction. Le déluge des images, un impensé ?

  • Références de la séance :
  • 1er octobre. "Iconomie"

    Une discussion collective sur le travail de Peter Szendy, autour de son ouvrage Le Supermarché du visible. Essai d'iconomie (Paris, Les Editions de MInuit, 2017).
     
    - Podcast à écouter avant la séance :

    https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/le-supermarche-du-visible-de-peter-szendy.

    - Chaque étudiant.e prépare 5 minutes de discussion du texte sur l'un des axes suivants :

    • En quoi le cinéma peut-il nous aider à penser les phénomènes de saturation visuelle?
    • Le déluge des images peut-il être interprété de manière économique (au sens d'économie financière)?
    • Le déluge des images comme échange incessant
    • "L'image produit de la dette". Comment appliquer cette remarque à l'image en régime diluvien ?
    • "Le monde devient cinéma" : le phénomène de saturation visuelle que nous vivons à l'ère du numérique est-il nécessairement lié à une économie de l'attention ?
    -
  • 8 octobre. l'Iconomie au prisme des oeuvres.

    Discussion collective autour de l'exposition Le Supermarché des images (Paris, Jeu de Paume) et son interface virtuelle : 

    - présentation de l'exposition : http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=3288

    - visite virtuelle : http://www.jeudepaume.org/index2014.php?page=article&idArt=3597

    Chaque étudiant.e est invité.e à choisir une oeuvre qu'il.elle commentera pendant 5 à 10 minutes pendant la séance.

  • 15 octobre. Matt Mullican, une ontologie visuelle pour organiser le chaos des images

    - Vidéo à regarder pour préparer la séance : https://www.youtube.com/watch?v=klACEKfRfhw&t=65s (Covid-time interview, juin 2020, avec Marie-José Burki et Béatrice Joyeux-Prunel) - 37 minutes

    - Exposé d'étudiant.e.

  • 22 octobre. Un dispositif et ses effets : le déluge des mèmes, entre appropriations et individuations. Thibaut Vaillancourt (Uni. Konstanz et université de Paris Nanterre)

    Depuis bientôt dix ans, les productions couramment subsumées sous l’appellation mème intègrent le champ des études académiques. Celles-ci portent principalement sur des enjeux liés à la communication en un sens large (sciences de la communication, analyse de discours, culture populaire, linguistique), mais font également appel à la sociologie ou à la biologie – le terme lui-même ayant émergé dans le domaine de la culture internet d’après la théorie mémétique du biologiste R. Dawkins. Si les études de cas s’accumulent comme les typologies du mème, il est notable qu’aucune théorisation transversale n’ait encore été proposée, qui tienne compte d’aspects plus généraux mais également plus précis des enjeux liés à la production des mèmes par les usagers d’internet. C’est dans cette perspective que nous nous situerons, pour esquisser quelques traits de ce qui pourrait être nommé une esthétique processuelle du mème.

    Thibaut Vaillancourt prépare une thèse doctorat en cotutelle entre Medienwissenschaft (Université de Konstanz) et esthétique (Université Paris Nanterre). Celle-ci porte sur une adaptation de l'œuvre théorique de Pierre Klossowski aux études médiales, en opérant des croisements avec les pensées de Simondon, de Deleuze & Guattari et de Benjamin parmi d’autres. Après des recherches en intermédialité et en esthétique des jeux vidéo, son premier article consacré aux mèmes paraîtra dans le n° 181 de la revue Ligeia, « Le Net. art, Hybridation et pratiques cybernétiques ».

    Lectures pour préparer la séance :

    - WIGGINS, Bradley & BOWERS, Bret, « Memes as genre: A structurational analysis of the memescape », New Media & Society, vol. 17, 2014, p. 1886-1906. Lien: https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/1461444814535194

    -  - WOCH, Agnieszka & NAPIERALSKI Andrzej, « La “norme’’ et les échanges en ligne : une étude des mèmes politiques des internautes polonais » , La linguistique, 2016/1, p. 151-172. Lien: https://www.cairn.info/revue-la-linguistique-2016-1-page-151.html#

  • 29 octobre. Ce que le déluge fait aux images (exposés/ lecture collective)

    Exposés autour du texte et du travail de Hito Steyerl, In Defense of the Poor Image.

    https://www.e-flux.com/journal/10/61362/in-defense-of-the-poor-image/

  • 12 novembre. Jacques Rancière: "L'image pensive" (exposés / lecture collective)

    Lecture : Jacques Rancière, « L’image pensive », dans : , Le spectateur émancipé. sous la direction de Rancière Jacques. Paris, La Fabrique Editions, « Hors collection », 2008, p. 115-140. URL : https://www.cairn.info/le-spectateur-emancipe--9782913372801-page-115.htm (se connecter au portail de l'UNIGE pour accéder au chapitre).

    Quelques axes de lecture pour préparer la séance :

    1.     « La pensivité de la photographie serait alors la tension entre plusieurs modes de représentation » Expliquer.

    2.     « 

    La pensivité de l’image, c’est alors la présence latente d’un régime d’expression dans un autre ». Expliquer

    3.       Pourquoi le besoin de régler ses comptes avec Roland Barthes ?

    4.       Pourquoi le besoin de régler ses comptes avec Walter Benjamin ?

    5.       L’image pensive : un phénomène moderne ?

    6.       L’image pensive implique un spectateur. Y-a-t-il encore un spectateur dans le régime numérique diluvien des images? Quel est -il ?  

    7.       L’image numérique en grand nombre peut-elle et comment, créer un espace mental, un espace mémoriel, si elle n’entre pas dans le champ de l'art ?

  • 19 novembre. W.J.T. Mitchell: Que veulent réellement les images? (exposés / lecture collective)

    Exposé autour du texte de W.J.T. Mitchell, "Que veulent réellement les images?", in Emmnauel Alloa (ed.), Penser l'image, vol. 1, Dijon, Les Presses du Réel, 2010, p. 211-247.
     
    Questions pour préparer la lecture :
    1. Que pense Mitchell sur le "pouvoir des images"?
    2. Quel est l'intérêt de déplacer la question de ce que font les images vers ce qu'elles veulent ?
    3. Quelles pourraient être les conséquences d'un raisonnement sur le "déluge des images" qui partent de l'affirmation provocante de Mitchell selon laquelle "leur position par défaut est féminine"?
    4. Quel peut être l'apport d'un raisonnement de type subalterniste pour penser les images en grand nombre ? 
    5. "Comme les personnes, les images peuvent en pas savoir ce qu'elles veulent". Commenter.
    6. Quelle est la place des conditions techniques concrètes de circulation des images dans le raisonnement de Mitchell?
    7. La conclusion du texte sur "ce que veulent les images" vous paraît-elle convaincante ? pourquoi ?
     
    • Fichier disponible sur l'espace Moodle du séminaire
  • 26 novembre. Walter Benjamin face au régime moderne de circulation des images (lecture collective / Exposé)

    - Exposé et lecture collective de Walter Benjamin, L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, 1935 / 1939

    https://archive.org/details/BENJAMINWalterLoeuvreDartALeppoqueDeSaReproductiniliteTechnique/page/n30/mode/1up (version, semble-t-il, de 1935 - à vérifier)

     

  • 3 décembre. Grégory Chatonsky (artiste). Hyperproduction : les machines à réalisme.

     

    L'accumulation hypermnésique des données sur le Web nourrit à présent les réseaux de neurones artificiels. Ceux-ci génèrent des médias ressemblants mais qui n'ont pourtant jamais eu lieu. Cette automatisation de la ressemblance produit peut être un tournant dans l'histoire des images que nous pourrions désigner comme des images d'images ou des médias de médias et accélère jusqu'à l'étourdissement le déluge médiatique auquel nous sommes confrontés. S'agit-il d'un nouveau réalisme qui prendrait le pas sur le photoréalisme industriel? Quelles sont les conséquences formelles et esthétiques de celui-ci?

    Dans le débat entre la croissance et la décroissance, entre la production et l'improduction, auquel l'art est habituellement destiné, je tenterai de défendre une autre voie, celle de l'hyperproduction et d'un accélérationnisme paradoxal signe avant-coureur de notre extinction. Je défendrais aussi l'hypothèse d'une possible sortie de l'art contemporain, c'est-à-dire d'un présent rendu à sa présence, vers un art postcontemporain renouvelant l'articulation entre le passé, présent, futur.

     Grégory Chatonsky, artiste franco-canadien, travaille entre Paris et Montréal. Considéré comme l'un des pionniers du net art, il s'intéresse à la question des flux, à l'imagination artificielle (notamment par la fiction générative), et aux liens entre existence et réseaux. Son travail croise simultanément la question de l'extinction, celle de notre rapport aux machines et à ce que nous imaginons qu'elles imaginent, et celle de l'hyperproduction contemporaine.

    Site personnel : http://chatonsky.net/

    Sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A9gory_Chatonsky

  • 10 décembre. Theodor Adorno et l'industrie culturelle (lecture collective / exposé)

    • Confrontez le point de vue d'Adorno à celui d'une génération qui - paradoxalement - se pensait comme son héritière : celle de Mai 68.  Un exemple : André Gunthert, "Les images ont-elles un pouvoir?". L'image sociale (blog d'André GUnthert), 2 octobre 2018. http://imagesociale.fr/6509.
     
    • Exposé préparé par Rui-Long Monico.
  • 17 décembre. Conclusion du semestre. Autour de Jean-Luc Godard, Histoire(s) du cinéma. (exposé)

    Extrait (première partie) : https://www.dailymotion.com/video/x206cg7

Programme du 2e semestre

  • 25 février 2021. Béatrice Joyeux-Prunel: Introduction au 2e semestre : CONTAGIONS VISUELLES

    Comment les circulations d'images sont-elles abordées à l'heure du numérique? Les modalités de diffusion des contenues visuels ont-elles radicalement changé avec les technologies du web? Faut-il étudier les viralités numériques autrement que lorsqu'on aborde les circulations d'images, les diffusions de styles et le succès de certains motifs visuels dans le passé? Et réciproquement, les phénomènes de viralité dans la circulation numérique des images nous incitent-ils à regarder autrement les circulations d'images du passé? Nous poserons ces questions dans une double perspective : celle d'une meilleure compréhension du phénomène numérique contemporain, et celle d'une étude plus générale de la mondialisation culturelle par l'image - laquelle a largement précédé l'apparition du numérique, mais semble s'être accélérée avec lui.

    Vidéo à regarder pour préparer la séance :

    • André Gunthert, "La viralité révolutionne la visibilité", Casino Luxembourg, 12 novembre 2020 : https://www.facebook.com/casinoluxembourg/videos/672223610164371/. 
     

    Références utilisées pour cette introduction :

    • Arjun Appadurai, Modernity at large. Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1996.
    • Didier Gazagnadou, La Diffusion des techniques et les cultures: Essai, Editions Kimé, coll. Anthropologie, en ligne sur Cairn: https://www.cairn.info/la-diffusion-des-techniques-et-les-cultures--9782841744466.htm.
    • Jussi Parikka, Digital Contagions: A Media Archaeology of Computer Viruses, Londres, SAGE Publications, 2007.
    • Dan Sperber, La contagion des idées : théorie naturaliste de la culture, Paris, Odile Jacob, 1996.
    • Paul Valéry, “La Conquête de l’ubiquité” [1928], Œuvres (éd. J. Hytier), Paris, Gallimard, coll. “La Pléiade”, 1960, t. II, p. 1284-1285. Version électronique ici
    • William Uricchio, The History of Spreadable Media, http://spreadablemedia.org/essays/shahani/index.html.
  • 4 mars 2021. Antonio Somaini: Machine Vision. Qu'est-ce qu'une image à l'âge du machine learning ?

    Texte à lire en préparation : Antonio Somaini, "Qu'est-ce qu'un écran à l'époque de la Machine Vision ?", paru dans le livre Mauro Carbone et al.(dir.), L'avenir des écrans, Paris, Memesis, 2020 (téléchargeable à partir de Moodle, ou sur demande auprès de la Prof. Joyeux-Prunel)
    Présentation de la séance :
     
    Lhistoire des cultures visuelles est régulièrement marquée par le surgissement de nouvelles images et de nouvelles technologies de la vision. Ces images introduisent de nouvelles formes de représentation et ces technologies de la vision renouvellent les manières de voir, grâce à lextension et à la réorganisation du champ du visible, redessinant ainsi les frontières entre ce qui peut et ne peut pas être vu.  

    Depuis quelques années, cela a été le cas de trois phénomènes étroitement reliés entre eux :

    1. les nouvelles technologies dites de machine vision (vision par ordinateur ou vision artificielle), fondées sur des processus de machine learning (apprentissage automatique) ;
    2. la présence sur Internet de milliards dimages numériques qui sont machine-readable (lisibles par machine), au sens où elles peuvent être « vues» et analysées grâce à ces systèmes de machine vision ;
    3. les nouvelles images que les processus de machine learning peuvent générer.

    L'intervention d'Antonio Somaini abordera ces trois phénomènes, en se focalisant sur la manière dont ils sont interrogés par des artistes contemporains comme Trevor Paglen, Grégory Chatonsky et Hito Steyerl.

    Antonio SOMAINI est Professeur en études cinématographiques, études visuelles et théorie des médias à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, où il dirige le Département Cinéma et Audiovisuel (CAV).
    Ses recherches se développent dans les domaines des études cinématographiques, des études visuelles et de la théorie des médias selon une double perspective: les théories du cinéma et des médias des années 1920 et 1930, en relation avec des questions qui traversent la théorie contemporaine du cinéma, des images et des médias ; et la culture visuelle contemporaine, en abordant et en situant dans une perspective historique des sujets comme les nouvelles formes de « machine vision » ou les enjeux esthétiques, épistémologiques et politiques de la distinction entre la haute et la basse définition des images.
    Parmi ses publications principales, les livres Cultura visuale. Immagini, sguardi, media, dispositivi [Culture visuelle. Images, regards, médias, dispositifs] (avec Andrea Pinotti, Turin, 2016, tr. fr. à paraître en 2021 avec les Presses du réel) et Ejzenštejn. Il cinema, le arti, il montaggio [Eisenstein. Cinema, histoire de l'art, montage] (Turin, Einaudi, 2011, tr. fr. à paraître en 2021 avec Mimésis. Il a dirigé des éditions en français, en anglais et en italien de textes de Walter Benjamin, Serguéi Eisenstein, László Moholy-Nagy et Dziga Vertov, et il a co-dirigé plusieurs volumes collectifs, dont La haute et la basse définition des images. Photographie, cinéma, art contemporain, culture visuelle (avec Francesco Casetti, Milan, Mimesis, à paraître en 2021), Repenser le médium. Matière et technique dans l'art contemporain et le cinéma (avec Larisa Dryansky et Riccardo Venturi, Dijon, les Presses du réel, à paraître en 2021), et Pandemic Media (avec Philipp Dominik Keidl, Laliv Melamed, Vinzenz Hediger, Berlin, Meson Press, 2020).
    Antonio Somaini a été aussi le commissaire principal des expositions Time Machine: Cinematic Temporalities (Parma, 12 janvier - 3 mai 2020, catalogue publié par Skira en 2020, site web www.timemachineexhibition.com) et Il dono / The Gift (Siena, New York, Chicago, Scottsdale [AZ] 2001-03, catalogue publié par Charta en 2001) et le commissaire associé d'expositions qui ont eu lieu à la Fondazione Prada de Venise (The Small Utopia. Ars Multiplicata, 2012)  et à la Triennale de Milan (Arts & Foods, 2015, à l'occasion de Expo 2015

  • 11 mars 2021: Economie et politique des images virales (Exposés et discussion)

    Nous discuterons des travaux suivants:


    • Camille Paloque-Bergès et Barbara Turquier, « Pour une archéologie des virus. Entretien avec Jussi Parikka », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 21 | 2011, mis en ligne le 01 décembre 2013, consulté le 06 février 2021. URL : http://journals.openedition.org/traces/5230 ; DOI : https://doi.org/10.4000/traces.523

    • Un travail artistique : Disnovation.org, Online Culture Wars (2018-2019) : http://disnovation.org/ocw.php
  • 18 mars 2021. Rompre les contagions artistiques du passé vers le présent. Quand l'art eut besoin des machines (Béatrice Joyeux-Prunel)

    En art, les images ont circulé du passé vers le présent parce que les artistes s'inspiraient de leurs prédécesseurs pour leurs propres créations. Si la querelle des Anciens et des Modernes n'est pas une chose nouvelle, il reste que certains mouvements ont prétendu plus que d'autres rompre la généalogie des images - et non seulement refuser les legs du passer, mais propulser leurs propres images vers l'avenir. Tout cela commence avec le futurisme, il y a un peu plus d'un siècle. Il faut en faire l'histoire au prisme de la technique ; car c'est pour mieux briser les généalogies des images que les artistes en sont venus à confier la fabrication des images à des machines. Aujourd'hui, où l'art contemporain recourt plus encore aux machines, que nous dit-il des généalogies visuelles ou créatives ? Les contagions du passé vers le présent sont-elles chose morte, pour l'art contemporain?

     Pour préparer la séance :
  • F. T. Marinetti, Manifeste du futurisme, 1909. Version originale française : https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2019/02/19/26010-20190219ARTFIG00263--le-figaro-publie-en-une-le-manifeste-du-futurisme-le-20-fevrier-1909.php 
  • Stress. "Vite ! Vite ! C'est la rentrée, il faut accélérer ! Grand entretien avec Hartmut Rosa". Le Monde, Journalisme pensif - blog de Frédéric Joignot, 27 Août 2010. https://www.lemonde.fr/blog/fredericjoignot/2010/08/27/139/
  • 25 mars 2021. Marie-Laure Delaporte : Contagion artistique et fièvre vidéoludique


    En 2019-2020, l’exposition Open World: Video Games & Contemporary Art interrogeait la manipulation et le détournement des jeux vidéo par certains artistes contemporains afin de produire de nouvelles images et d’expérimenter à la fois le potentiel interprétatif et critique du médium vidéoludique, dans une dynamique pouvant être qualifiée de « contagion visuelle ».

    En partant de trois points théoriques: la notion de gamification renouvelé par l’artiste Hito Steyerl, celle d’« artification » développé par les sociologues Roberta Shapiro et Nathalie Heinich et le principe de « ne rien faire » théorisé par l’artiste et auteure Jenny Odell (Certains jeux vidéo catégorisés comme des open worlds (mondes ouverts) sont conçus pour que le « joueur » puisse effectuer d’autres activités en dehors du gameplay comme tout simplement se balader ou explorer), il s’agira d’étudier la circulation, la diffusion et le déplacement des images vidéoludiques dans la sphère de la pratique artistique, à la fois en tant que médium, mais aussi en tant que processus de réflexion.

    Dans sa conférence intitulée « Why Games ? Can an Art Professional Think ? », Steyerl explicitait le nouveau paradigme visuel, créé par le jeu vidéo et la virtualisation du réel, comme symbole de la globalisation. À l’ère de l’hyper-circulation des images et des données, l’artiste dénonce entre autres l’omniprésence et la banalisation de la vidéo-surveillance, mais surtout certains dispositifs à l’oeuvre dans le jeu vidéo et qui transparaissent au quotidien: « Le jeu possède une certaine forme d’organisation. Il comporte différents niveaux et un sens de la participation. L’accomplissement est très important. On est constamment jugé en fonction des points que l’on gagne […] Je pense que
    c’est une façon d’après laquelle certaines personnes ont appris à appréhender le monde. » Ainsi le jeu vidéo a subi ce que Shapiro et Heinich définissent comme un processus d’artification qui « désigne le processus de transformation du non-art en art, résultat d’un travail complexe qui engendre un changement de définition et de statut des personnes, des objets, et des activités. » (Heinich et Shapiro, p. 20-21).
    Mais encore le jeu vidéo dans son appréhension socio-culturelle permet de questionner ce qui est perçu comme productif comme le suggère le titre de l’essai d’Odell, How to Do Nothing (2019), dans l’optique de proposer une alternative à la rhétorique de la croissance et de la productivité.

    Au sein du corpus étudié, nous nous intéresserons notamment à certains des artistes ayant participé à l’exposition Open World: Video Games & Contemporary Art, mais aussi à Game Video/Art. A Survey8 (2016) organisée par Matteo Bittanti et Vincenzo Trione, ou encore au projet numérique entre exposition et visite d’atelier virtuelle Screenwalks (2020). Selon une stratégie de (ré)appropriation, Alan Butler a notamment créé plusieurs oeuvres à partir de la série Grand Theft Auto afin de tester les limites du code dans la vidéo Haifish (2016), ou encore de réaliser un remake du film de Godfrey Reggio KOYAANISQATSI (1982) dans l’installation audiovisuelle ON EXACTITUDE IN SCIENCE (2017). Analysant les modalités de circulation des images, l’oeuvre de Joana Moll AZ: Move and Get Shot (2011), qui évoque l’univers vidéoludique, dresse des parallèles évidents entre la réalité et la simulation numérique, en exposant les images prises de façon automatique par des caméras de surveillance, déclenchées par des détecteurs de mouvement, installées à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

    À la fois médium artistique, cadre de réflexion et pratique interdisciplinaire, le jeu vidéo participe donc à la contagion et à la remédiation des images contemporaines.

    Marie-Laure Delaporte est docteure en histoire de l’art contemporain, diplômée de l’Université Paris Nanterre, et auteure d’une thèse intitulée « L’artiste à la caméra : hybridités et transversalités artistiques (1962-2015) », soutenue en décembre 2016. Ancienne chercheuse postdoctorale au Centre allemand d’histoire de l’art-Paris (2019/2020), elle a récemment publié l’article « Le déplacement du réel à travers l’esthétique du found footage et du remake dans les installations audiovisuelles de Candice Breitz », dans Copies et réemplois : la
    réactualisation des pratiques d’appropriation par les arts
    , ed. Céline Cadaureille et Anne Favier (Paris, Éditions Hermann, 2020, p.126-137). Elle est également enseignante vacataire en histoire de l’art à l’Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne et Université Paris Nanterre, et en anglais à l’Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines.

    Références :

    • Open World: Video Games & Contemporary ArtExposition organisée du 19 octobre 2019 au 2 février 2020 au Akron Art Museum (Ohio).
    • Nathalie Heinich et Roberta Shapiro (dir.), De l'artification : enquêtes sur le passage à l'art, Paris, EHESS, 2013.
    • Conférence d’Hito Steyerl, « Why Games ? Can an Art Professional Think ? », 8 juin 2016, Fondation Antoni Tapies, Barcelone, dans le cadre de l’exposition Harun Farocki. Empathy. https://www.gamescenes.org/2016/08/talk-hitosteyerls-why-games-can-an-art-professional-think-june-2016.html
    • Sue Carter, « You can look at Hito Steyerl’s art, but don’t get too comfortable », The Star, 28 octobre 2019, https://www.thestar.com/entertainment/visualarts/2019/10/28/you-can-look-at-hito-steyerls-art-but-dont-get-comfortable.html : « Gaming has a certain form in which it is organized. It has different levels and a sense of participation. Achievement is very important. You are constantly judged in relation to earning points [...] I think that’s a way many people have learned to understand the world ».
    • Jenny Odell, How to Do Nothing, Brooklyn, Melville House Publishing, 2019.
    • http://www.gamevideoart.org
  • 1er avril 2021. Images, viralité, postvérité

    Exposés et discussions.

    Textes à lire :

     

  • 15 avril 2021. Imitation, circulation culturelle. Autour de Bruno Latour (exposés + discussion)

    Textes à lire et préparer :

      • Bruno Latour, « Le tout est toujours plus petit que les parties. Une expérimentation numérique des monades de Gabriel Tarde », Réseaux, Vol. 31, 177, pp. 199-233, 2013 (traduction de l'anglais par par Barbara Binder) avec Pablo Jensen, Tommaso Venturini, Sébastian Grauwin and Dominique Boullier. http://www.bruno-latour.fr/fr/node/499.html.
      • Gabriel Tarde, Les Lois de l’imitation : étude sociologique, Paris,- Félix Alcan, 1890, accessible sur Gallica: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k77173k.
      • (une présentation claire de la théorie de l'imitation: Faridah Djellal, Faïz Gallouj , « Les lois de l’imitation et de l’invention : Gabriel Tarde et l’économie évolutionniste de l’innovation », Revue économique, 2017/4 (Vol. 68), p. 643-671. DOI : 10.3917/reco.684.0643. URL : https://www.cairn.info/revue-economique-2017-4-page-643.htm)
  • 22 avril 2021. Emmanuel Alloa. L’esthétique de l’opacité. Obfuscation, invisibilité et camouflage.

    En octobre 2019, les autorités politiques de Hong Kong ont invoqué l'état d’urgence afin d'interdire l'utilisation de masques lors de rassemblements publics. Même l’épidémie du Covid-19 n’y a rien changé. Le port du masque reste interdit, afin d’assurer le bon fonctionnement des caméras de reconnaissance faciale. Le risque de contagion médicale reste inférieur, il faut croire, au risque d’une contagion d’idées. Le discours sanitaire autour des masques a fait oublié que celui-ci fut de tout temps un outil pour se soustraire à l’assignation à identité. Dès lors que la place publique devient un espace de plus en plus contrôlé et contrôlable par les pouvoirs en place, activistes et artistes s’emploient à détourner les machines de capture. Par la data-désobéissance et le cypherpunk, les objectifs sont d'échapper à la reconnaissance et à l'identification automatisées. La communication portera sur un certain nombre de pratiques artistiques contemporaines qui mettent en œuvre des stratégies d’opacification et de « décorrélation » des identités (Zach Blas, Gregory Chatonsky, Hito Steyerl, Shu Lea Cheang/Paul Preciado). Dans un monde où le fait même d’« apparaître » en public risque de compromettre toute intervention politique future, l'équation initiale que Hannah Arendt établissait entre la visibilité et la politisation doit être remise en question. Quand on pense au prix fort que paient les dissidents, les opposants ou les lanceurs d’alertes, les tactiques de camouflage et d’invisibilisation prennent une importance majeure. En faisant une petite archéologie du camouflage et de ses origines biotechniques et militaires, on s’interrogera sur la place croissante de cette esthétique de l’opacité dans la production contemporaine. Une esthétique paradoxale bien sûr, puisqu’elle donne bien à voir quelque chose, mais quoi ? Plus qu’une invisibilité totale, il s’agirait plutôt d’une visibilité de la diversion, faisant écran au désir de transparence totale.

     

    Emmanuel Alloa est professeur ordinaire en esthétique et philosophie de l’art à l’Université de Fribourg. Il a travaillé comme chercheur au Pôle national suisse de Critique de l’image (Eikones) et a enseigné l’esthétique au département d’Arts plastiques de Paris 8. Ses recherches portent notamment sur la pensée contemporaine, l’esthétique et la théorie du visuel, la phénoménologie française et allemande, la philosophie sociale, la théorie des médias et l’histoire des techniques. Lauréat du prix Latsis 2016 et du Prix Scientifique Aby Warburg 2019, il a été commissaire adjoint de l’exposition Le Supermarché des images (Jeu de Paume, 2020). Parmi ses dernières publications : Penser l’image (3 vols), dir. (Presses du réel 2010-2017), Transparency, Society, Subjectivity. Critical Perspectives (codir. avec D. Thomä, Palgrave, 2018), Partages de la perspective (Fayard, 2020), Looking Through Images. A Phenomenology of Visual Media (Columbia UP, sous presse).
  • 29 avril 2021. Contagions visuelles, images fantômes. Autour d'Aby Warburg

    Exposé. Pour préparer la séance :

    • Aby Warburg (Warburg Institute), Online BilderArtlas Mnemosyne, https://warburg.sas.ac.uk/library-collections/warburg-institute-archive/online-bilderatlas-mnemosyne
    • Georges Didi-Huberman, L'Image survivante. histoire de l'art et temps des fantômes selon Aby Warburg, Paris, Editions de Minuit, 2002. Extraits : "Lebensfähige Reste: la survivance anachronise l'histoire" (pp. 82-90) et "Les images aussi souffrent de réminiscences" (pp. 307-314).
  • 6 mai 2021. Comment décrire des viralités ?

    • Thomas Beauvisage, Jean-Samuel Beuscart, Thomas Couronné et Kevin Mellet, « Le succès sur Internet repose-t-il sur la contagion ? Une analyse des recherches sur la viralité », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 21 | 2011, mis en ligne le 01 décembre 2013, consulté le 06 février 2021. URL : http://journals.openedition.org/traces/5194 ; DOI : https://doi.org/10.4000/traces.5194
    • Lev Manovich et Jeremy Douglass, “Visualizing Temporal Patterns in Visual Media”, en ligne : http://manovich.net/index.php/projects/article-2009.pdf
  • 20 mai 2021. Représenter les contagions. Courts exposés et discussion; conclusion du semestre

    Contagion Design: Labour, Economy, Habits, Data. International Symposium (octobre-novembre 2020). Institute for Culture and Society, Western Sydney University , organisé par Gay Hawkins et Ned Rossiter. Enregistrements:  https://www.westernsydney.edu.au/ics/events/contagion_design

    Chaque participant.e au séminaire est invité.e à choisir une vidéo parmi les parties 3 et 4 de ce congrès, à la présenter quelques minutes. Une discussion collective suivra sur la manière dont nous mettons en images les contagions.

    • 3e partie :"Habits of Contagion".
    • 4e partie : "Data Contagion". https://www.westernsydney.edu.au/ics/events/contagion_desig
  • Et quelques dates à retenir  :

    Colloque "IA et Fiction" (3-5 mai 2021)
    Colloque Visual Contagions and Intermediality (UNIGE, 13-15 septembre 2021)