La ReprĂ©sentation de lâespace chez lâenfant ()
Chapitre XII.
Les similitudes et les proportions 1
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Il nous est souvent arrivĂ© de rencontrer le problĂšme de la comprĂ©hension des proportions dans le dĂ©veloppement de la pensĂ©e de lâenfant. Ă propos du mouvement et de la vitesse, la notion des proportions intervient dĂšs quâil sâagit de comparer deux mouvements successifs lorsque sont diffĂ©rents les espaces parcourus et les temps employĂ©s 2 (par exemple 5 cm en 1 seconde et 10 cm en 2). Ă propos des jugements de probabilitĂ© de lâenfant, de mĂȘme, la notion de proportion est impliquĂ©e dans une prĂ©vision consistant, par exemple, Ă attribuer la mĂȘme valeur Ă deux cas favorables sur quatre possibles ou Ă trois cas favorables sur six possibles 3. Or, dans ces domaines si diffĂ©rents, la construction des proportions ne nous a paru sâachever quâau niveau des opĂ©rations formelles (stade IV), tout en Ă©tant naturellement prĂ©parĂ©e au cours des Ă©tapes antĂ©rieures, en particulier en ce qui concerne les cas simples.
Il nâen est pas moins indispensable de reprendre ici la question en ce qui concerne les proportions purement gĂ©omĂ©triques, et cela Ă plusieurs points de vue.
Tout dâabord, la construction purement gĂ©omĂ©trique des proportions (celle que lâon utilise depuis Grassmann en se fondant sur le thĂ©orĂšme de ThalĂšs) implique les notions dâangle et de similitude. Or, nous avons entrevu, au chapitre prĂ©cĂ©dent, que la construction des parallĂšles est psychologiquement complĂ©mentaire de celle des angles ; dâautre part, gĂ©omĂ©triquement, le groupe des similitudes qui conserve les angles, apparaĂźt comme un sous-groupe de celui des. affinitĂ©s qui conserve les parallĂšles. Il convient donc, aprĂšs avoir vu comment lâenfant en vient Ă conserver les parallĂšles dans les transformations du losange, dâĂ©tudier comment il reconnaĂźt la similitude de deux triangles emboĂźtĂ©s dâaprĂšs le parallĂ©lisme de leurs cĂŽtĂ©s, et comment il procĂšde de ce parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s Ă lâĂ©galitĂ© des angles. Ce cas particulier Ă©tudiĂ©, Ă titre de transition entre lâanalyse des parallĂšles et celle des angles (ou entre lâanalyse des affinitĂ©s et celle des similitudes), il convient ensuite de gĂ©nĂ©raliser lâĂ©tude des similitudes Ă dâautres comparaisons de triangles ou Ă celles dâautres figures telles que des rectangles.
Mais il est une seconde raison de consacrer une certaine attention Ă lâĂ©tude des proportions dans le domaine spatial : câest que lâanalyse des stades y est beaucoup plus aisĂ©e que sur les terrains non gĂ©omĂ©triques, car, bien avant de savoir raisonner sur des figures « semblables », lâenfant sait assurĂ©ment discerner, par la perception seule, si certaines figures de dimensions absolues distinctes, sont dans les mĂȘmes rapports. La genĂšse de lâidĂ©e de proportion est donc Ă chercher dans la perception mĂȘme des figures. Ă cet Ă©gard, la « thĂ©orie de la Forme » a notablement prĂ©cisĂ© la question, non seulement en montrant le rĂŽle des formes et des « bonnes formes » en toute perception, mais encore en faisant apercevoir que lâun des critĂšres de la « bonne forme » est prĂ©cisĂ©ment la possibilitĂ©, pour la perception, de reconnaĂźtre la mĂȘme structure lorsque lâon change les valeurs absolues de la figure. Cette rĂ©cognition perceptive des formes semblables (par exemple de deux carrĂ©s de dimensions diffĂ©rentes) est ce que lâon appelle la « transposition », et la capacitĂ© de « transposer » (non seulement une figure, mais une mĂ©lodie, etc.) apparaĂźt depuis v. Ehrenfels et les diverses thĂ©ories de la « forme », qui sont issues de ses travaux, comme lâun des pouvoirs les plus fondamentaux de la perception â ou, comme nous disions au chapitre I, section I â de lâactivitĂ© perceptive. Sâil en est ainsi, câest assurĂ©ment jusquâaux faits de transposition Ă©lĂ©mentaire quâil nous faut remonter pour chercher Ă expliquer le dĂ©veloppement de lâidĂ©e de proportion.
Seulement, bien entendu, autre chose est de savoir discerner perceptivement les figures semblables ou les figures dissemblables, et autre chose est de savoir construire, par des opĂ©rations appropriĂ©es, une figure non encore donnĂ©e et semblable Ă un modĂšle donnĂ©. Le problĂšme perceptif ne saurait donc en rien supprimer la question de psychologie de lâintelligence : il convient simplement de les mettre en relations, tout en les Ă©tudiant sĂ©parĂ©ment.
Sur le plan perceptif dĂ©jĂ , il existe dâailleurs de nombreuses nuances dans les transpositions. Un petit carrĂ© transposĂ© en un carrĂ© plus grand donnera lieu Ă une transposition qui porte simultanĂ©ment sur la forme gĂ©nĂ©rale (le carrĂ© comme tel), les valeurs des angles (qui restent droits) et les rapports dimensionnels des cĂŽtĂ©s (Ă©gaux entre eux dans chaque figure), ou des diagonales (elles aussi Ă©gales entre elles en chacune des deux figures). Si lâon prĂ©sente par contre deux rectangles Ă comparer, la forme gĂ©nĂ©rale et les angles demeurent les mĂȘmes, mais lâune des figures peut ĂȘtre plus allongĂ©e ou plus large que lâautre : la transposition de la forme englobe donc ici celle des angles, mais non pas celle des rapports de dimensions. Deux triangles ou deux losanges peuvent enfin ĂȘtre reconnus perceptivement comme ayant une mĂȘme forme gĂ©nĂ©rale (ce sont toujours des triangles ou des losanges), mais cette transposition de la forme globale nâentraĂźne ici, ni celle de la valeur des angles ni celle des rapports dimensionnels des cĂŽtĂ©s.
Il faut donc se garder de croire que la transposition perceptive entraĂźne sans plus une perception de la « similitude » au sens mathĂ©matique : si câest peut-ĂȘtre le cas en certaines figures (comme celui du carrĂ© Ă un certain Ăąge), cela nâest pas plus gĂ©nĂ©ral que ne lâest la perception des parallĂšles, dont nous venons de voir (chapitre XI, § 6) quâelle nâest exacte chez les petits que dans le cas des parallĂšles verticales ou horizontales, par opposition aux parallĂšles quelconques (par exemple entre lignes droites obliques). Il conviendra donc de distinguer soigneusement, sur le plan perceptif lui-mĂȘme, la transposition des formes gĂ©nĂ©rales, celle des rapports dimensionnels et celle des angles eux-mĂȘmes.
Le problĂšme est alors de savoir comment la perception des proportions, sous ces divers aspects trĂšs diffĂ©rents de dĂ©veloppement, se prolonge en intelligence des proportions, ou plus prĂ©cisĂ©ment comment lâintelligence Ă ses divers niveaux dâĂ©volution, utilise les rĂ©sultats de la perception des proportions (elle-mĂȘme susceptible de progrĂšs) ou se soumet Ă eux. Lâenfant saura-t-il dessiner une figure proportionnelle Ă un modĂšle donnĂ© dans la mesure oĂč il sait reconnaĂźtre perceptivement des figures semblables (quant aux angles et aux rapports dimensionnels autant quâĂ la forme) ou, au contraire, de nouvelles constructions intellectuelles seront-elles nĂ©cessaires ? En ce dernier cas quelles seront alors les relations entre lâactivitĂ© perceptive et lâactivitĂ© intelligente ?
Câest donc Ă ce second point de vue, celui des rapports entre la perception et lâintelligence autant quâau premier, celui des relations entre les angles et les parallĂšles ou entre les similitudes et les notions antĂ©rieurement Ă©tudiĂ©es, quâil nous faut analyser en ce chapitre le dĂ©veloppement des proportions. On saisit la double portĂ©e dâune telle Ă©tude pour lâinterprĂ©tation du dĂ©veloppement de lâintuition de lâespace et des opĂ©rations gĂ©omĂ©triques.
Section I. â La similitude des trianglesđ
Pour analyser la dĂ©couverte de similitudes des triangles, nous avons posĂ© aux enfants deux problĂšmes qui permettent dâĂ©tablir les rapports et de suivre les transitions entre la conscience du parallĂ©lisme (Ă©tudiĂ©e au chapitre prĂ©cĂ©dent) et les notions de lâĂ©galitĂ© ou de lâinĂ©galitĂ© des angles, essentielles Ă la construction des proportions et des similitudes. En premier lieu nous avons fait analyser ou dessiner des couples de triangles emboĂźtĂ©s, semblables ou dissemblables, de maniĂšre Ă ce que la similitude puisse ĂȘtre Ă©tablie grĂące au parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s autant que grĂące Ă lâĂ©galitĂ© des angles, et surtout de maniĂšre Ă ce que lâenfant puisse procĂ©der de ce parallĂ©lisme Ă cette Ă©galitĂ© ou vice versa. En second lieu, nous avons prĂ©sentĂ© aux sujets des triangles en carton Ă classer par familles (isocĂšles, scalĂšnes, etc.), aprĂšs manipulation libre, recouvrements, etc. : ici Ă nouveau la similitude peut ĂȘtre dĂ©gagĂ©e par comparaison, soit des angles, soit du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s. LâĂ©galitĂ© des angles se prĂ©sente donc en ces deux Ă©preuves, comme liĂ©es Ă un double ou mĂȘme triple parallĂ©lisme (celui des cĂŽtĂ©s des figures comparĂ©es deux Ă deux), de mĂȘme que la construction du parallĂ©lisme nous est apparu (chapitre XI, § 6) comme liĂ©e Ă celle de la droite elle-mĂȘme : de cette maniĂšre nous pourrons suivre plus facilement les connexions entre les trois notions de droite, de parallĂšles et dâangle.
§ 1. Techniques et rĂ©sultats gĂ©nĂ©rauxđ
Ces deux problĂšmes ont Ă©tĂ© posĂ©s aux sujets conformĂ©ment aux techniques suivantes, destinĂ©es lâune Ă insister sur le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s et lâautre sur lâĂ©galitĂ© des angles, tout en laissant dans les deux cas le sujet libre dâorienter sa recherche Ă sa maniĂšre.
I. Pour faciliter la dĂ©couverte du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s Ă titre de critĂšre de la similitude des triangles (et pour Ă©tudier les relations existant entre ce critĂšre et lâĂ©galitĂ© des angles, dâune part, ou les rapports dimensionnels des cĂŽtĂ©s, dâautre part,) nous avons simplifiĂ© les conditions de lâexpĂ©rience en ne procĂ©dant que sur des figures emboĂźtĂ©es, soit au moyen du dessin, soit par comparaisons perceptives directes :
1. Ătant donnĂ© un modĂšle triangulaire, on prie lâenfant de dessiner 4 un triangle semblable qui emboĂźte ce modĂšle. Les modĂšles consistent en triangles isocĂšles dont les cĂŽtĂ©s du premier sont de 3 ; 3 et 3 cm, les cĂŽtĂ©s du second de 3 (base) ; 1,7 et 1,7 (ou 6 de base et 3,4 de cĂŽtĂ©s) et les cĂŽtĂ©s du troisiĂšme de 3 (base) ; 6 et 6 cm. La base de chacun de ces triangles coĂŻncide avec une partie de celle du triangle qui doit lâemboĂźter (le point mĂ©dian de ces deux bases Ă©tant commun) et, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, nous donnons dâavance cette nouvelle base : pour les deux premiers de ces triangles nous dessinons ainsi des bases de 6 ; 9 ou 12 cm et pour le troisiĂšme des bases de 6 ou de 9 cm. En possession du modĂšle et de la base du nouveau triangle Ă construire, lâenfant nâa plus quâĂ dessiner les deux autres cĂŽtĂ©s et il lui est alors facile de maintenir le parallĂ©lisme entre ceux du triangle emboĂźtĂ© (donnĂ©) et ceux du triangle emboĂźtant (Ă construire) ; les bases Ă©tant centrĂ©es sur le mĂȘme point mĂ©dian, il va de soi, en outre, que la bissectrice du petit triangle (donnĂ©) coĂŻncidera avec une partie de la longueur de celle du plus grand (Ă construire). Pour faciliter les choses, nous avons mĂȘme parfois marquĂ© en pointillĂ© cette ligne mĂ©diane (mais en la prolongeant alors naturellement bien au-delĂ de la longueur de la bissectrice du triangle Ă construire). Enfin il nous est arrivĂ© de ne pas dessiner dâavance la base du triangle Ă construire, laissant ainsi Ă lâenfant le soin de trouver un triangle emboĂźtant situĂ© comme il lâentendait.
1 bis. Nous avons appliquĂ© cette mĂȘme technique de lâemboĂźtement central (central parce que les points mĂ©dians des bases coĂŻncident) Ă des triangles irrĂ©guliers de 4 et 2,5 cm de cĂŽtĂ©s et de 6,5 cm de base, de maniĂšre Ă nous assurer que la recherche du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s Ă©tait la mĂȘme quâavec les triangles isocĂšles.
2. Ătant donnĂ© un petit triangle modĂšle (Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽté ; isocĂšle aigu de 6 cm de cĂŽtĂ©s et 3 cm de base ; isocĂšle obtus de 2,5 cm de cĂŽtĂ©s et 4 cm de base et irrĂ©gulier de 6 ; 4,5 et 2,5 cm de cĂŽtĂ©s), nous en avons prolongĂ© deux cĂŽtĂ©s (la base et le cĂŽtĂ© gauche) en demandant au sujet de lâemboĂźter dans le coin gauche dâun triangle semblable agrandi (de façon quelconque, ou du double et quelquefois du triple). Il sâagit simplement alors de trouver le troisiĂšme cĂŽtĂ©, ce qui est possible qualitativement par simple parallĂ©lisme.
3. Des triangles (de mĂȘmes dimensions) Ă©tant dessinĂ©s sur une feuille, nous avons priĂ© lâenfant dâen dessiner de semblables agrandis, mais juxtaposĂ©s (et non plus emboĂźtants) ou sĂ©parĂ©s de quelques cm, sur la mĂȘme feuille (sans base commune). Lâenfant procĂšde comme il lâentend, sans suggestion (parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, mesure des cĂŽtĂ©s, de lâouverture des angles, etc.).
4. Un triangle irrĂ©gulier de 2 et 4 cm de cĂŽtĂ©s (et 5 cm de base) est prĂ©sentĂ© obliquement (base inclinĂ©e). Les deux cĂŽtĂ©s sont prolongĂ©s par des droites en pointillĂ©s. On fixe un point pour dĂ©terminer la longueur de lâun des nouveaux cĂŽtĂ©s Ă construire (par exemple une augmentation de 4 cm pour le petit cĂŽtĂ©, soit 6 cm en tout ; ou une augmentation de 8 cm pour le grand cĂŽtĂ©, soit 12 cm). AprĂšs avoir montrĂ© la figure et demandĂ© de construire un triangle semblable agrandi en partant de la nouvelle longueur assignĂ©e Ă lâun des cĂŽtĂ©s (mais sans allusion aux nombres, le sujet pouvant ne pas mesurer, ou dĂ©couvrir, par la mesure, que lâaugmentation vaut le double du cĂŽtĂ© primitif), on cache la base du modĂšle et on laisse lâenfant se dĂ©brouiller sans recourir au parallĂ©lisme des bases. Le problĂšme est de savoir si, Ă dĂ©faut de ce parallĂ©lisme, le sujet ajoutera une longueur Ă©gale de chaque cĂŽtĂ©, ou sâil prĂ©sentera, mĂȘme sans mesure, un dessin tĂ©moignant du sentiment de la proportionnalitĂ©.
5. On peut, au lieu de faire dessiner Ă lâenfant un triangle, emboĂźtant ou juxtaposĂ©, lui prĂ©senter les deux triangles emboĂźtĂ©s (ou juxtaposĂ©s) dĂ©jĂ tout construits, mais selon des dessins soit corrects soit inexacts et demander quels sont les couples semblables et les couples dissemblables. Soit, par exemple, un triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ©s, emboĂźtĂ© (avec base commune comme prĂ©cĂ©demment) dans des triangles de 6 cm de base, mais de cĂŽtĂ©s variant entre 4 et 8 cm ou plus : on prĂ©sente alors sans ordre les couples et lâon dĂ©termine le seuil dâĂ©galitĂ© calculĂ© sur la longueur des cĂŽtĂ©s des triangles considĂ©rĂ©s comme semblable au triangle emboĂźtĂ©.
6. Ă titre de comparaison, et sans insister ici sur les rectangles semblables (sur lesquels nous reviendrons dans la section II de ce chapitre) nous avons demandĂ© aux sujets, Ă©tant donnĂ© un rectangle modĂšle de 3 Ă 1,5 cm et une base de 6 ou de 12 cm (coĂŻncidant avec la base du modĂšle, mais partant de lâun des angles infĂ©rieurs de ce dernier), de dessiner un rectangle semblable, emboĂźtant le premier en utilisant la base prĂ©parĂ©e (ou sans base dĂ©terminĂ©e dâavance).
7. De mĂȘme, Ă titre de comparaison, nous avons procĂ©dĂ© par comparaisons perceptives sur des couples de rectangles, lâemboĂźtĂ© Ă©tant Ă nouveau de 3 Ă 1,5 cm et lâemboĂźtant de 4 cm de largeur et de longueur variable 5. Les erreurs sont notĂ©es comme + si la longueur du rectangle considĂ©rĂ© comme semblable est surestimĂ©e et comme â si elle est sous-estimĂ©e et le seuil dâĂ©galitĂ© est calculĂ© en cm.
8. Un rectangle Ă©tant un double triangle, nous avons cru utile, pour comparer les similitudes des triangles et des rectangles, de prĂ©senter un petit rectangle (de 3 Ă 1,5 cm Ă nouveau), mais en dessinant lâune des deux diagonales (ce qui coupe le rectangle en deux triangles) et en la prolongeant bien au-delĂ de la figure dans lâune des directions. Lâenfant est alors priĂ© de dessiner un rectangle semblable emboĂźtant ce premier (comme en 6) et la question est de savoir sâil utilisera ou non la diagonale prolongĂ©e du rectangle emboĂźtĂ© Ă titre de diagonale du rectangle emboĂźtant.
9. Nous avons enfin analysé les comparaisons perceptives possibles entre rectangles emboßtés (comme en 4), mais avec diagonale commune (ou non commune), droite (ou brisée si les rectangles ne sont pas semblables), etc.
II. Le deuxiĂšme groupe de questions porte sur les triangles Ă classer par familles aprĂšs manipulation spontanĂ©e (recouvrement, etc.). Nous prĂ©sentons Ă cet effet aux sujets des sĂ©ries de triangles dĂ©coupĂ©s (en cartons solides), tels quâil puisse les comparer soit par petits ensembles, soit (chez les grands) dans leur totalitĂ©, lâessentiel Ă©tant de noter le procĂ©dĂ© de comparaison en ajoutant ou en retranchant de nouveaux Ă©lĂ©ments au fur et Ă mesure des besoins. La collection complĂšte des triangles utilisĂ©s comporte :
SĂ©rie A. Cinq triangles isocĂšles tous semblables Ă angle supĂ©rieur trĂšs aigu (A1 = 30 cm de hauteur sur 9 cm de base ; A2 = 20 Ă 6 cm ; A3 = 15 Ă 4,5 cm ; A4 = 10 Ă 3 cm ; A5 = 7 Ă 2 cm).
SĂ©rie B. Trois triangles isocĂšles Ă angle supĂ©rieur trĂšs obtus et Ă©galement semblables entre eux (B1 = 6,5 cm de hauteur sur 50 cm de base ; B2 = 3,25 Ă 25 cm ; B3 = 1,6 Ă 10 cm).
Série C. Trois triangles isocÚles de 20 cm de hauteur mais de base variable (C1 = 5 cm de base ; C2 = 30 cm et C3 = 50 cm), donc non semblables entre eux.
Série D. Trois triangles isocÚles non semblables entre eux, de 15 cm de base et de hauteur variable (DI = 3 cm de hauteur ; D2 = 13 cm et D3 = 26 cm).
Série E. Un triangle scalÚne (E1 = 13,5 cm de base ; 4,5 cm de hauteur et angles de 43, 107 et 30°) ; un triangle isocÚle (E2 = 12 cm de base ; 6 cm de hauteur et angles de 45°, 45 et 90°) ; un triangle équilatéral (E3 = 8 cm de base ; 7 cm de hauteur et 8 cm de cÎtés ; angles de 60°) et un triangle rectangle (E4 = 16,5 cm de base ; 8,5 cm de hauteur et angles de 28, 62 et 90°).
SĂ©rie F. Huit triangles Ă©quilatĂ©raux (F1 Ă 8) plus un triangle (F9) qui a le mĂȘme angle supĂ©rieur (60°) mais dont la base a Ă©tĂ© coupĂ©e diffĂ©remment.
Les rĂ©actions obtenues au moyen de ces deux sortes de techniques (I et II) ont permis de mettre en Ă©vidence un certain nombre de stades communs, qui sâĂ©tagent entre le niveau II A et le stade IV, les sujets plus jeunes que 4 ou 5 ans (stade I) ne pouvant ĂȘtre soumis Ă aucune expĂ©rience utile (pas mĂȘme avec la technique II). Mais si les stades que nous allons dĂ©crire portent sur les rĂ©sultats des deux techniques Ă la fois, il est Ă noter que ces rĂ©sultats respectifs sont complĂ©mentaires et nullement identiques, ce qui rend dâailleurs leur mise en correspondance dâautant plus intĂ©ressante. Autre chose est, en effet, de comparer deux figures toutes construites ou mĂȘme de construire une figure par emboĂźtement dâun modĂšle dans son agrandissement, et autre chose est dâĂ©tablir la similitude de deux figures par transport actif et recouvrement : tandis que, dans les expĂ©riences de la technique I, lâenfant, ne pouvant pas faire coĂŻncider les angles, doit recourir au parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, dans lâexpĂ©rience II il fait coĂŻncider les angles par dĂ©placement et congruence et nâest pas nĂ©cessairement conduit Ă recourir au parallĂ©lisme. Il est dâautant plus frappant de constater quâavec les deux mĂ©thodes lâenfant parvient aux mĂȘmes Ăąges (Ă partir de 7 ans et demi en moyenne) Ă dĂ©couvrir, avec la technique I, le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s et, avec la technique II, lâĂ©galitĂ© des angles, donc Ă faire abstraction, dans les deux cas, de la longueur des cĂŽtĂ©s qui trompe sans cesse les petits : au niveau III A il y aurait ainsi dĂ©couverte, au moyen des deux techniques, des similitudes qualitatives avant toute comprĂ©hension de la proportionnalitĂ© des dimensions elles-mĂȘmes, celle-ci Ă©tant rĂ©servĂ©e pour les rapports simples au niveau III B et gĂ©nĂ©ralisĂ©e au stade IV.
Les stades obtenus sont donc les suivants. Au cours du sous-stade II A (de 4-5 Ă 6 ans ou 6 œ), les dessins de triangles (technique I) ne tiennent encore compte, ni du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, ni de la correspondance des angles et les comparaisons perceptives entre triangles emboĂźtĂ©s aboutissent Ă des erreurs systĂ©matiques consistant en particulier Ă surĂ©lever le triangle variable considĂ©rĂ© comme semblable Ă celui qui lui est emboĂźtĂ© (de mĂȘme les rectangles sont en gĂ©nĂ©ral surallongĂ©s et la diagonale ne joue aucun rĂŽle). Quant Ă la technique de manipulation (technique II) les comparaisons se font sans mise en correspondance directe des angles ni superposition systĂ©matique des figures.
Au cours du sous-stade II B (de 6 ans Ă 7 ans et demi), le dessin des triangles emboĂźtĂ©s aboutit Ă un parallĂ©lisme intuitif en certains cas privilĂ©giĂ©s (en particulier pour les triangles Ă sommet trĂšs obtus, donc Ă cĂŽtĂ©s peu inclinĂ©s) et perceptivement il y a progrĂšs dans lâanalyse de lâinclinaison des cĂŽtĂ©s (les erreurs demeurant plus prononcĂ©es pour les rectangles que pour les triangles, et la diagonale restant toujours sans effet). Quant Ă la technique II on observe Ă©galement un dĂ©but dâanalyse des inclinaisons, mais encore sans dĂ©couverte spontanĂ©e du procĂ©dĂ© de comparaison par superposition.
Si le stade II demeure ainsi caractĂ©risĂ© par lâabsence de comparaison systĂ©matique et opĂ©ratoire, le stade III marque, au contraire, la conquĂȘte des opĂ©rations permettant la mise en parallĂšles, lâĂ©galisation des angles et la mise en rapports dimensionnels simples. Au niveau III A, il y a dĂ©couverte du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s des triangles emboĂźtĂ©s (technique I), de mĂȘme que nous avons observĂ© la construction du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s opposĂ©s des losanges (chapitre XI). Quant aux comparaisons perceptives, le raisonnement dirige dorĂ©navant la perception (laquelle demeure dâune prĂ©cision infĂ©rieure aux comparaisons opĂ©ratoires au moyen de la rĂšgle), mais les jugements portĂ©s sur la similitude des rectangles restent plus difficiles que ceux relatifs aux triangles. Quant Ă la technique II (manipulation) elle montre un effort des sujets pour fonder la similitude des triangles sur lâĂ©galitĂ© des angles avec superposition spontanĂ©e des figures.
Au cours du sous-stade III B (Ă partir de 9 ans ou 9 ans et demi) la technique I permet dâobserver une comparaison portant Ă la fois sur le parallĂ©lisme et les rapports dimensionnels simples (1 Ă Â 2), tandis que la technique II montre un effort intĂ©ressant Ă la fois la mise en correspondance des trois angles et le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s.
Enfin le stade IV (11-12 ans) est caractérisé par la mise en proportion de tous les rapports dimensionnels, jointe aux relations précédemment conquises 6.
Pour simplifier lâexposĂ© nous dĂ©crirons successivement les rĂ©sultats de la technique I (figures emboĂźtĂ©es Ă dessiner ou Ă comparer perceptivement) et de la technique II (cartons mobiles Ă manipuler et Ă superposer).
§ 2. Les triangles emboĂźtĂ©s. Les sous-stades II A (pas de parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s) et II B (dĂ©but de parallĂ©lisme)đ
On se rappelle (chapitres I et II) quâen dessous de 4 ans, câest-Ă -dire au cours du stade I, lâenfant ne parvient point encore Ă dessiner (ou Ă structurer en perception stĂ©rĂ©ognostique) ni les triangles ni les rectangles : il nâest donc pas possible de lâinterroger utilement Ă ce niveau sur les questions de similitudes, sauf Ă demeurer sur le terrain de la perception pure.
Au niveau II A, par contre, ou du moins vers 5 ans en moyenne, les sujets arrivent facilement Ă entourer un triangle servant de modĂšle dâun autre triangle qui lâemboĂźte et qui est censĂ© reprĂ©senter son agrandissement. Mais on a beau insister sur le fait que ce triangle agrandi doit « avoir la mĂȘme forme » que le modĂšle ou lui « ressembler tout Ă fait », ĂȘtre « juste la mĂȘme chose », etc., lâenfant sâen tient Ă des analogies globales, câest-Ă -dire dessine en gros un triangle trĂšs pointu pour un modĂšle trĂšs pointu ou un triangle peu Ă©levĂ© pour un modĂšle de mĂȘme sorte, mais il ne se soucie encore nullement, ni des angles, ni du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s. Voici des exemples :
Per (5 ; 5), pour un modĂšle de 6 cm de base et 3,4 de cĂŽtĂ©s avec base donnĂ©e de 12 cm pour son dessin, construit un triangle beaucoup trop haut et non isocĂšle (Ă sommet rejetĂ© sur la gauche bien quâon ait tracĂ© dâavance la bissectrice commune) : les cĂŽtĂ©s en sont de 12 (donnĂ©), 10 et 8 cm. â Pour un modĂšle de 3 ; 6 et 6 cm de cĂŽtĂ©s, il dessine un agrandissement de 6 (= base donnĂ©e), 8 et 8,5 cm donc Ă peine plus haut que le modĂšle et sans parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s (sommet rejetĂ© sur la droite).
Un carrĂ© Ă agrandir (3 cm de cĂŽtĂ© avec base donnĂ©e de 6 cm partant du coin du modĂšle) donne lieu Ă un dessin correct ; par contre un rectangle de 3 Ă 1,5 cm (avec base donnĂ©e de 6 cm) donne lieu Ă un agrandissement de 6 (= base) Ă 9,5 cm dont Per lui-mĂȘme dit « Ăa ressemble pas ». Mais il ne peut faire mieux.
Les comparaisons perceptives donnent une erreur systématique en hauteur pour le triangle et en longueur pour le rectangle.
Cyr (5 ; 8). Triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ©s : « Quâest-ce que câest ? â Une maison dâindien. â Tu vas faire une grande maison qui ressemble tout Ă fait Ă la petite, sur cette ligne (on dessine une base commune mais sur toute la largeur de la feuille, sans longueur assignĂ©e). â (Cyr dessine un grand triangle de 15,5 cm de base et de 11 et 12 cm de cĂŽtĂ©s). â Câest juste la mĂȘme chose (il nây a donc pas de parallĂ©lisme) ? â Ah oui â Maintenant tu vas faire une maison comme ça (triangle isocĂšle de 6 cm de base et de 3,4 cm de cĂŽtĂ©s). â (Il dessine un triangle de 20 cm de base et de 13 et 12 cm de cĂŽtĂ©s). â Et comme ça (3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s) ? â Ah une trĂšs pointue (il donne dâabord un triangle de 16 cm de base. 10 et 13 cm de cĂŽtĂ©s et dit) : Câest pas assez pointu (il dessine 16 cm de base et 13 cm de cĂŽtĂ©s). Non, encore plus pointu (il dessine un troisiĂšme triangle emboĂźtant les prĂ©cĂ©dents : 19,5 cm de base, 15 et 16 cm de cĂŽtĂ©s). » Chacun de ces essais aboutit donc Ă une forme bien diffĂ©rente du modĂšle et Ă base plus longue que les cĂŽtĂ©s.
Ă titre de comparaison, on fait faire Ă Cyr quelques agrandissements Ă cĂŽtĂ© du modĂšle et ne lâemboĂźtant plus mais avec base donnĂ©e dâavance. Pour le triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ©s il arrive Ă un agrandissement de 6 et de 6,5 cm de cĂŽtĂ©s, mais pour le triangle de 3 cm de base et 1,7 cm de cĂŽtĂ©s il donne 6 cm de cĂŽtĂ©s sur 6 de base et pour celui de 3 cm de base et de 6 cm de cĂŽtĂ©s il donne un agrandissement de 6 cm de base et de 7 cm de cĂŽtĂ©s, corrigĂ©s en 8,5 cm.
Lâagrandissement des rectangles donne soit une figure trop haute (comme chez Per) soit des figures trop longues et la comparaison perceptive des figures emboĂźtĂ©es donne Ă nouveau une erreur en hauteur pour les triangles et en longueur pour les rectangles.
Vog (6 ; 9) agrandit le triangle isocĂšle de 6 cm de base de 3,4 cm de cĂŽtĂ©s sous des formes de moins en moins parallĂšles jusquâĂ un triangle irrĂ©gulier de 19 cm de base et de 11 et 15 cm de cĂŽtĂ©s. De mĂȘme pour le modĂšle de 3 cm de base et 1,7 de cĂŽtĂ©s. â Quant aux rectangles il les allonge simplement sans tenir compte de la largeur, ni de la diagonale lorsquâelle est indiquĂ©e.
Du point de vue de la comparaison perceptive, Vog semble un peu plus avancé que les cas précédents, mais continue à exagérer la hauteur des triangles emboßtants considérés comme semblables aux emboßtés.
Sil (5 ; 10). On montre Ă lâenfant le triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ© et on lui offre successivement six triangles irrĂ©guliers et un triangle Ă©quilatĂ©ral de 6 cm de cĂŽtĂ©s : « Tu vois ce petit toit. Câest pour une petite maison. Moi je dessine une maison plus grande et toi tu vas me chercher lĂ un toit qui est tout Ă fait la mĂȘme chose, mais plus grand. â (Il Ă©limine un certain nombre de triangles, en disant chaque fois.) Il est trop grand. (Puis il retient deux irrĂ©guliers et lâĂ©quilatĂ©ral). Tous les trois vont bien. â Lequel va le mieux ? â (Un irrĂ©gulier) ».
On montre ensuite un triangle isocĂšle et on en prĂ©sente un autre plus grand, parmi six irrĂ©guliers : il choisit dâabord dâaprĂšs la grandeur : « Non, ce nâest pas la mĂȘme grandeur, pas la mĂȘme chose ». Puis il en accole les deux isocĂšles par un cĂŽté : « Câest le mĂȘme, seulement pas la mĂȘme grandeur », mais il met Ă©galement le modĂšle sur un irrĂ©gulier trĂšs diffĂ©rent (Ă sommet trĂšs obtus au lieu dâĂȘtre aigu) en disant : « Il va, câest le mĂȘme, on peut faire comme ça (coĂŻncidence des bases, sans souci de la forme) ».
On demande alors de dessiner « un grand toit tout Ă fait pareil au petit », autour de triangles donnĂ©s (avec base commune prĂ©parĂ©e dâavance) : Ă©chec complet Ă la forme semblable, faute de parallĂ©lisme et dâangles Ă©gaux. Pour un triangle isocĂšle Ă cĂŽtĂ©s trĂšs peu inclinĂ©s, il donne trois lignes successives de moins en moins parallĂšles Ă lâun des cĂŽtĂ©s, et dit de la derniĂšre : « Celle-ci va trĂšs bien. » On donne ensuite des triangles Ă emboĂźter dans le coin gauche du grand triangle Ă construire semblable, avec base et cĂŽtĂ© gauche dĂ©jĂ prolongĂ©s (seul le cĂŽtĂ© droit Ă©tant Ă dessiner) ou sans les prolongations : dans le premier cas, Sil Ă©choue complĂštement au parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s et dans le second il prolonge les trois cĂŽtĂ©s sans savoir que faire, ou construit une figure toute diffĂ©rente. Les triangles Ă agrandir en juxtaposition ne tĂ©moignent pas davantage du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s.
Rectangle Ă agrandir : un est Ă peu prĂšs semblable, dâautres trop allongĂ©s.
Enfin on donne à évaluer perceptivement des triangles emboßtés de façon centrale ou le petit dans un coin du grand : Sil semble dans un cas reconnaßtre le parallélisme : « Il est le plus joli » (en montrant les cÎtés parallÚles), mais il dit de deux triangles à cÎtés non parallÚles : « Oui, aussi bien que le dernier ».
Il est inutile de multiplier ces cas pour comprendre la nature des rĂ©actions propres Ă ce niveau. Lorsquâil sâagit dâagrandir un triangle par le dessin, le sujet se borne Ă reproduire un triangle quelconque, estimant semblables tous les triangles entre eux, par opposition aux formes non triangulaires. Sans doute, lorsquâil sâagit dâagrandir le modĂšle en dessinant un triangle qui lâemboĂźte directement et avec bases communes sur une partie de leur longueur, lâenfant est-il conduit, par la situation mĂȘme, Ă dessiner une figure ayant, trĂšs en gros, la mĂȘme forme que ce modĂšle. Et encore cela nâest-il vrai que des modĂšles Ă©quilatĂ©raux ou isocĂšles Ă sommet trĂšs obtus, car le modĂšle isocĂšle trĂšs pointu (de 3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s) donne en rĂšgle gĂ©nĂ©rale une copie trĂšs diffĂ©rente (par exemple 6 cm de base et 8 Ă 8,5 cm de cĂŽtĂ©s chez Per, et 16 cm de base pour 10 et 13 cm de cĂŽtĂ©s chez Cyr !). La facilitĂ© plus grande de trouver une ressemblance globale entre lâagrandissement et le modĂšle, en cas dâemboĂźtement, ressort Ă lâĂ©vidence de la contre-Ă©preuve que nous avons frĂ©quemment tentĂ©e et qui consiste Ă faire dessiner lâagrandissement Ă cĂŽtĂ© et non pas autour du modĂšle : le cas citĂ© de Cyr montre quâainsi toute analogie disparaĂźt entre le modĂšle et la copie (sauf dans le cas du triangle Ă©quilatĂ©ral, mais il sâagit sur ce point dâune exception due sans doute Ă une influence de « bonne forme » perceptive.
Mais câest prĂ©cisĂ©ment parce que la similitude est beaucoup moins difficile Ă construire en cas dâemboĂźtement du modĂšle dans la copie, que nous nous en sommes tenus Ă ce procĂ©dĂ©, permettant alors Ă coup sĂ»r dâĂ©tablir si le sujet tient compte ou non du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s. Or, sur ce point capital, les rĂ©actions de ce niveau II A fournissent une rĂ©ponse trĂšs nette Ă la question que nous nous sommes posĂ©e : les enfants examinĂ©s ne se soucient nullement de ce parallĂ©lisme mĂȘme dans le cas oĂč le modĂšle est situĂ© dans un coin du triangle Ă agrandir et oĂč deux cĂŽtĂ©s de ce dernier sont dĂ©jĂ donnĂ©s dâavance (cf. Sil qui Ă©choue alors au parallĂ©lisme du troisiĂšme cĂŽtĂ©). Quant Ă la mise en correspondance des angles, on pourrait croire, Ă noter des rĂ©flexions comme celles de Cyr (« Ah une trĂšs pointue », « câest pas assez pointu », « encore plus pointue », etc.), quâelle constitue dĂ©jĂ une prĂ©occupation pour le sujet, mais le rĂ©sultat obtenu montre assez quâil nâen est rien, ce qui va de soi puisquâil nây a pas encore de recherche du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s de ces angles.
Lâanalyse des comparaisons perceptives fait comprendre le pourquoi de cette indiffĂ©rence aux cĂŽtĂ©s parallĂšles et aux angles. Tout se passe, en effet, comme si, en comparant deux triangles isocĂšles emboĂźtĂ©s pour juger sâils sont semblables ou non, lâenfant ne tenait compte que de lâune des dimensions (hauteur du triangle ou largeur de sa base) et non pas du rapport entre les deux. Câest en gĂ©nĂ©ral la hauteur qui lâemporte comme si lâenfant se disait « plus il est haut, mieux il va », cette erreur systĂ©matique sâaccompagnant dâailleurs de seuils trĂšs larges, câest-Ă -dire dâun grand flottement dans les estimations.
Quant Ă la similitude des rectangles, Ă©tudiĂ©e ici Ă titre de simple comparaison, et sur laquelle nous reviendrons systĂ©matiquement dans la section II, on observe le mĂȘme genre de difficultĂ©s, mais plus accentuĂ©es, car il est moins facile de faire comprendre lâemboĂźtement des rectangles que des triangles. Le dessin aboutit Ă un agrandissement, soit beaucoup trop haut, soit beaucoup trop long, et les comparaisons perceptives entre rectangles avec emboĂźtement donnent lieu Ă un seuil trĂšs large et Ă une erreur systĂ©matique consistant Ă choisir des rectangles trop allongĂ©s comme semblables au modĂšle plus petit : lâagrandissement est donc conçu surtout comme un allongement de la figure. La prĂ©sence dâune diagonale prolongĂ©e paraĂźt sans aucune influence.
Eu Ă©gard Ă ces rĂ©actions de dĂ©but, le sous-stade II B apparaĂźt, par contre, comme un niveau de transition, au cours duquel le parallĂ©lisme est Ă peu prĂšs atteint pour certaines formes de triangles, mais nullement encore pour dâautres. En voici quelques exemples :
Mus (6 ; 6) agrandit un triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ© sous une forme de 6 cm de base (donnĂ©e dâavance) et de 5,5 cm de cĂŽtĂ©s. Le triangle isocĂšle Ă sommet obtus (6 cm de base et 3,4 cm de cĂŽtĂ©s) donne avec une base de 12 cm (donnĂ©e) des cĂŽtĂ©s de 5,6 et 6,5 cm câest-Ă -dire presque entiĂšrement corrects. (« Il nâest pas tout Ă fait pointu comme le premier », dit cependant Mus). Par contre le triangle isocĂšle pointu de 3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s paraĂźt dâemblĂ©e au sujet difficile Ă agrandir : « Câest plus dur, celui-là  ». Mus avec une base donnĂ©e de 6 cm nâaboutit, en effet, quâĂ des cĂŽtĂ©s de 6,5 cm, câest-Ă -dire sans aucun parallĂ©lisme : « Il est tout Ă fait juste ? â Câest un peu plus large (il est presque Ă©quilatĂ©ral !) mais ne sais pas comment faire (Mus nâa donc pris aucune conscience du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s cependant Ă peu prĂšs respectĂ© Ă propos des figures prĂ©cĂ©dentes). â Essaie encore. â (Il arrive Ă 7 cm de cĂŽté !) ».
La comparaison perceptive ne donne pas dâerreur systĂ©matique mais un seuil assez large (2 cm sur 6). Par contre Mus commence Ă juger dâaprĂšs le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s (« pas assez prĂšs » ou « trop Ă©cartĂ©s », etc.), quoique de façon assez imprĂ©cise comme lâindique le seuil.
Les rectangles avec emboĂźtement donnent un agrandissement par allongement, la largeur Ă©tant Ă peine modifiĂ©e. La comparaison perceptive aboutit Ă une forte erreur positive (mĂȘme allongement), et la diagonale prolongĂ©e continue de ne servir Ă rien : « Ăa peut te servir, cette ligne de travers, pour voir si le rectangle a la mĂȘme forme ? â Ăa me gĂȘne plutĂŽt. â Comment fais-tu alors pour voir celui qui a la mĂȘme forme ? â Je regarde la longueur ».
Bar (6 ; 8). Triangle Ă©quilatĂ©ral (de 3 cm de cĂŽtĂ©s) : base donnĂ©e de 6 (il agrandit les cĂŽtĂ©s jusquâĂ 5 et 5 cm) puis de 9 cm (il dessine alors les cĂŽtĂ©s de 6,5 et 6,5 cm). Triangle isocĂšle obtus (6 cm de base et 3,4 cm de cĂŽtĂ©s) : il lâagrandit Ă peine (base non donnĂ©e de 7,5 cm et cĂŽtĂ©s de 3,75 cm, donc presque juste). « Fais-le encore plus grand. â VoilĂ (dâun cĂŽtĂ© il a maintenu le parallĂ©lisme sans dĂ©placer sa rĂšgle, tandis que lâautre est dessinĂ© un peu trop court et trop penchĂ©) ». IsocĂšle aigu de 3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s : une base de 6 cm Ă©tant donnĂ©e, Bar dessine des cĂŽtĂ©s non parallĂšles en surĂ©levant Ă peine la hauteur, puis se corrige en lâĂ©levant de 0,5 cm mais toujours sans parallĂ©lisme.
Comparaison perceptive comme Mus mais sans allusion explicite au parallélisme.
Rectangles emboĂźtĂ©s : dessin trop large par rapport Ă la hauteur. Comparaison perceptive : mĂȘme erreur (donc nĂ©gative) et diagonale sans signification.
Mul (7 ; 6) agrandit du double le triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ©s en conservant Ă peu prĂšs le parallĂ©lisme mais le perd au cours des agrandissements suivants (par exemple : base libre de 17,5 cm et cĂŽtĂ©s de 13,7 et de 13,2 cm) ; le conserve deux fois puis le perd Ă©galement pour lâisocĂšle obtus (jusquâĂ une base libre de 20 cm et des cĂŽtĂ©s de 13 et de 16 cm). Le triangle isocĂšle aigu donne lieu Ă une Ă©lĂ©vation trĂšs faible de la hauteur avec Ă©largissement donnĂ© puis libre de la base ; aucun parallĂ©lisme (comme Bar).
La comparaison perceptive donne une erreur nĂ©gative (agrandissement en largeur plus quâen hauteur) mais avec un seuil faible (1 cm).
Les rectangles emboßtés donnent lieu à des dessins agrandissant la figure tantÎt en largeur, tantÎt en longueur. La diagonale donnée est complÚtement négligée.
Min (7 ; 10), pour les triangles donnĂ©s dans le coin de la copie Ă agrandir (avec la base et le cĂŽtĂ© supĂ©rieur dessinĂ©s dâavance), manque chaque fois, au dĂ©but, le parallĂ©lisme des troisiĂšmes cĂŽtĂ©s, puis rĂ©ussit Ă peu prĂšs, par approximations successives. MĂȘmes rĂ©actions pour lâemboĂźtement central. Les triangles obtus sont mieux rĂ©ussis que les aigus.
On voit en quoi consiste le progrĂšs de ces rĂ©actions sur celles du sous-stade II A. En premier lieu, les agrandissements graphiques de lâenfant commencent Ă tenir compte du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s du triangle, mais par approximations successives (Min) ou en certains cas privilĂ©giĂ©s seulement, ceux-ci se ramĂšnent Ă deux types : dâune part, lorsquâil sâagit dâun lĂ©ger agrandissement seulement, et que ce parallĂ©lisme sâimpose ainsi pour des raisons surtout perceptives ; mais aussi, dâautre part, dans le cas de certaines formes de triangle par opposition Ă dâautres. Câest ainsi que le parallĂ©lisme est mieux conservĂ© pour les triangles Ă©quilatĂ©raux et surtout pour les triangles isocĂšles Ă sommet trĂšs obtus, lâinclinaison des cĂŽtĂ©s Ă©tant alors faible et par consĂ©quent plus facile Ă Ă©valuer, tandis que le triangle isocĂšle Ă sommet trĂšs pointu donne rĂ©guliĂšrement de mauvais agrandissements, comme si lâenfant hĂ©sitait Ă augmenter encore la hauteur et se croyait tenu Ă ne modifier que la largeur. Tout se passe donc comme si le sujet sâassignait une sorte de prototype idĂ©al du triangle de nature perceptive, dans lequel le parallĂ©lisme est facile Ă respecter, et comme si le triangle Ă sommet trop aigu lui paraissait sâĂ©carter de cette « bonne forme » et donnait lieu par consĂ©quent Ă des corrections inconscientes en cas dâagrandissement.
En second lieu, la comparaison perceptive des triangles emboĂźtĂ©s est plus stable en moyenne quâau niveau II A, par le fait de rĂ©gulations meilleures, et donne lieu Ă des erreurs systĂ©matiques se compensant davantage, avec rĂ©fĂ©rence implicite ou mĂȘme explicite (Mus) au parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s.
Quant aux rectangles emboĂźtĂ©s, lâerreur est beaucoup plus prononcĂ©e que pour les triangles, et en gĂ©nĂ©ral dans le sens de lâallongement excessif de la figure. Ce contraste entre lâamĂ©lioration de la similitude des triangles et le caractĂšre encore rudimentaire de lâestimation des rectangles semblables est intĂ©ressant Ă noter, en ce quâil rĂ©vĂšle un Ă©cart encore considĂ©rable entre les jugements de similitude fondĂ©s sur le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, et par consĂ©quent implicitement sur lâĂ©quivalence des angles, et les jugements (toujours inexistants) qui sâappuieraient sur la proportionnalitĂ© des dimensions. En ce qui concerne enfin la diagonale prolongĂ©e, prĂ©sentĂ©e sur certains modĂšles, le fait que ces sujets la nĂ©gligent complĂštement (voir Mus), non seulement confirme ce qui prĂ©cĂšde, mais encore dĂ©montre combien peu ils Ă©tablissent de rapport entre lâagrandissement des rectangles et celui des triangles, le rectangle sectionnĂ© par une diagonale nâĂ©tant encore nullement assimilĂ© Ă un double triangle.
§ 3. Les triangles emboĂźtĂ©s. Les sous-stades III A (mise en parallĂšle des cĂŽtĂ©s), III B (dĂ©but des rapports dimensionnels)đ
En accord avec ce que nous avons vu au chapitre XI de la dĂ©couverte du parallĂ©lisme des lignes obliques, et notamment des cĂŽtĂ©s opposĂ©s du losange, les sujets du sous-stade III A devenant capables de construire et de conserver un tel parallĂ©lisme, lâutilisent explicitement et systĂ©matiquement pour agrandir les triangles en maintenant leur forme invariante. On peut donc dire que le niveau III A marque la comprĂ©hension dâune certaine forme de la similitude des triangles, deux triangles Ă©tant dorĂ©navant tenus pour semblables lorsque leurs cĂŽtĂ©s sont parallĂšles. Quant aux angles, les sujets que nous allons Ă©tudier ici nây font gĂ©nĂ©ralement pas dâallusion explicite (contrairement Ă ceux qui sont soumis Ă la technique II et dont nous parlerons au paragraphe 5), mais il est permis de soutenir que câest parce quâils reconnaissent lâĂ©galitĂ© de ces angles au parallĂ©lisme de leurs cĂŽtĂ©s. Plus prĂ©cisĂ©ment, ils nâen parlent pas, parce que ces notions ne font quâun pour eux, tandis quâinterrogĂ©s au moyen de la technique de recouvrement (technique II) ils feront intervenir en outre lâĂ©cart entre ces cĂŽtĂ©s.
Voici des exemples de ce sous-stade III A, à commencer par deux cas encore intermédiaires entre les niveaux II B et III A :
Mic (7 ; 6). Triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ©s : « Ah, ça fait comme une maison dâIndien. â Tu feras exactement la mĂȘme maison, mais en plus grand (base commune de longueur indĂ©terminĂ©e). â (Il dessine, sans sâoccuper de la bissectrice marquĂ©e en pointillĂ© et prolongĂ©e au-dessus du modĂšle, un triangle exact de 8,7 ; 8,7 et 8,8 cm de cĂŽtĂ©s, dont le cĂŽtĂ© gauche est proche de celui du modĂšle et le cĂŽtĂ© droit Ă©loignĂ© de plus de 4 cm : il a conservĂ© visiblement le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s bien quâon nây ait naturellement fait aucune allusion dans la question). â Comment as-tu fait pour que la maison ait la mĂȘme forme que la petite ? â Je regarde si câest la mĂȘme chose penchĂ©. Si je la faisais toute plate, ça nâirait jamais. â Et avec celle-lĂ (nouveau triangle Ă©quilatĂ©ral) ? (Dessin juste). On nâa quâĂ pousser la rĂšgle, et puis câest la mĂȘme chose penchĂ©. â Et celui-lĂ (isocĂšle obtus de 6 cm de base et 3,4 cm de cĂŽtĂ©s) ? â Eh, celui-lĂ , on dirait quâil est Ă©crasĂ© (il dĂ©place soigneusement la rĂšgle pour obtenir le parallĂ©lisme). â (ĂquilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ©s mais avec une base donnĂ©e de 9 cm). Et maintenant ? â (Il dĂ©bute par un triangle quelconque). Oh il ne va pas, il a une autre forme (il fait plusieurs essais pour aboutir, au quatriĂšme seulement, Ă un agrandissement Ă peu prĂšs correct de 9 cm de base et 9,5 cm de cĂŽtĂ©s). Il nây a que celui-lĂ qui va. â Et celui-lĂ (10,5 cm de cĂŽtĂ©s, pour la mĂȘme base) ? â Il est mieux que les autres, mais quand mĂȘme pas tout Ă fait juste. »
Quant aux rectangles, Mic les allonge beaucoup trop en les agrandissant, et ne tient aucun compte de la diagonale lorsquâelle est indiquĂ©e.
Met (7 ; 9) dĂ©bute par des rĂ©actions appartenant encore nettement au niveau II B pour terminer par celles de III A. Le triangle Ă©quilatĂ©ral de 3 cm de cĂŽtĂ©s est agrandi (avec base donnĂ©e de 6 cm) par des cĂŽtĂ©s de 5,5 cm seulement, donc sans parallĂ©lisme trĂšs prĂ©cis : « Tu trouves tout Ă fait juste ? â Ăa devrait ĂȘtre un tout, tout petit peu plus haut. â Et celui-lĂ (3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s avec nouvelle base donnĂ©e de 6 cm) ? â (Elle dessine des cĂŽtĂ©s de 8,5 cm). Je ne suis pas contente. Je lâai fait trop pointu (câest le contraire). Les cĂŽtĂ©s ne sont pas la mĂȘme chose penchĂ©s. â Et ça (3 cm de base et 1,7 cm de cĂŽtĂ©s) ? â Celui-lĂ il est posĂ© en largeur (Met cherche cette fois Ă conserver le parallĂ©lisme et construit un agrandissement de 6 cm de base donnĂ©e et de 3,5 cm de cĂŽtĂ©s, puis elle place son crayon en prolongement des cĂŽtĂ©s du modĂšle pour vĂ©rifier le parallĂ©lisme avec ceux de son triangle et dit) : Câest presque juste. â Comment sait-on quand câest juste ? â Quand les lignes vont la mĂȘme chose (= dĂ©finition du parallĂ©lisme par lâidentitĂ© de direction !) » â Les rectangles agrandis sont les uns beaucoup trop longs, les autres corrects, en particulier celui construit sur la diagonale prolongĂ©e du modĂšle, mais Met ne peut justifier son utilisation : « Cette ligne qui traverse les deux rectangles peut servir Ă trouver la grandeur exacte ? â Je ne vois pas comment elle servirait ».
Mat (7 ; 2) par contre, appartient dĂ©jĂ aux cas francs du niveau III A. Il rĂ©ussit dâemblĂ©e lâagrandissement des trois modĂšles de 3 cm sur 3 de cĂŽtĂ©s, de 3 cm sur 6 et de 6 cm sur 3,4 : « On nâa quâĂ suivre les lignes », dit-il en reportant sa rĂšgle parallĂšlement au modĂšle.
Comparaisons perceptives : seuil 0, erreur 0. « Câest faux, ça devrait ĂȘtre comme ça » dit-il en posant deux crayons parallĂšlement sur la table en prĂ©sence de deux triangles non semblables.
Lâagrandissement des rectangles demeure, par contre, arbitraire, avec erreurs par excĂšs de largeur : « Il faut bien ajouter Ă la largeur, puisquâon ajoute Ă la longueur, mais pas trop », dit cependant Mat, mais il exagĂšre par excĂšs de rĂ©gulation. Il ne se soucie pas de la diagonale dans ses dessins. Par contre les comparaisons perceptives des rectangles emboĂźtĂ©s sont presque exactes, avec lĂ©gĂšre erreur nĂ©gative (largeur trop grande), mais plus prĂ©cises lorsque la diagonale est indiquĂ©e. Il dĂ©couvre alors brusquement sa signification : « Eh, la ligne traverse le grand rectangle ! Oui, maintenant je vois, câest juste quand la ligne va au coin ! » Mais il sâagit dâune loi dĂ©couverte empiriquement aprĂšs coup et non pas dâun procĂ©dĂ© de construction.
Mei (7 ; 10) dit, dĂšs le premier triangle Ă agrandir : « Je suis simplement les cĂŽtĂ©s » puis il dĂ©place sa rĂšgle parallĂšlement aux cĂŽtĂ©s du modĂšle. Pour le modĂšle de 3 cm de base et de 6 de cĂŽtĂ©s, il dit : « On peut faire la mĂȘme chose, il faut que les lignes soient la mĂȘme chose penchĂ©es » puis il rĂ©ussit aprĂšs un essai manquĂ©.
Les comparaisons perceptives donnent une légÚre erreur négative : Mei présente une certaine difficulté à « voir » le parallélisme des cÎtés des triangles tout en le recherchant intellectuellement de façon explicite !
Les rectangles Ă agrandir sont trop allongĂ©s et leur comparaison perceptive donne une erreur de mĂȘme sens. On prĂ©sente des rectangles avec diagonales parallĂšles entre elles (chaque rectangle ne comportant quâune diagonale mais orientĂ©e dans la direction inverse Ă celle de la diagonale commune aux deux rectangles emboĂźtĂ©s) : lâerreur perceptive nâen est pas affaiblie jusquâau moment oĂč Mei dĂ©couvre : « Ah, ces lignes doivent monter la mĂȘme chose, ĂȘtre la mĂȘme chose penchĂ©es ».
Bru (8 ; 1) dĂ©place immĂ©diatement sa rĂšgle de façon parallĂšle pour agrandir le premier triangle (3 cm de cĂŽtĂ©s). Le triangle de 3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s donne lieu Ă plusieurs essais successifs, dus au fait que Bru a nettement quelque peine Ă percevoir le parallĂ©lisme exact tout en dĂ©clarant : « Il faut que ce soit aussi mince (= lâĂ©cart entre les deux cĂŽtĂ©s de lâangle du sommet) et la mĂȘme chose penché ». MĂȘme rĂ©action pour le triangle de 3 cm de base et 1,7 cm de cĂŽtĂ©s, avec base donnĂ©e au quadruple : Bru rĂ©ussit son dessin, par report de la rĂšgle mais le juge inexact.
Comparaison perceptive : justifie chaque fois son jugement en invoquant le parallĂ©lisme : « Ăa devrait ĂȘtre plus raide⊠moins raide » etc. mais nâen fait pas moins un certain nombre dâerreurs dâestimation.
Les rectangles agrandis sont dessinĂ©s trop larges, tandis que lâerreur des jugements perceptifs tend Ă lâexagĂ©ration de la longueur. Ne tient compte de la diagonale prolongĂ©e ni dans un cas ni dans lâautre, et dit mĂȘme : « Celui-lĂ (qui a fait le dessin) sâest trompĂ©, il a cru que câĂ©tait juste quand la ligne va droit au coin : il sâest laissĂ© attraper ».
Lor (8 ; 2). On donne un triangle isocĂšle de 3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s en priant de lâagrandir sur une base commune de 6 cm (emboĂźtement central). Lor sâĂ©crie spontanĂ©ment : « Il faut quâil soit aussi pointu. Câest difficile », puis elle dĂ©place la rĂšgle avec beaucoup de soin et trace deux cĂŽtĂ©s parallĂšles Ă ceux du modĂšle. « à quoi voit-on que câest juste ? â Les jambes sont la mĂȘme chose penchĂ©es ». On donne ensuite le mĂȘme triangle isocĂšle Ă agrandir par juxtaposition (sur une ligne de base commune mais Ă quelques cm : « Oh ! Câest dur ! On ne peut pas avec la rĂšgle (elle essaie Ă vue dâĆil, mais Ă©choue) : on dirait quâil nâest pas la mĂȘme chose penché ». Puis elle dĂ©place la rĂšgle avec beaucoup de soin et parvient au parallĂ©lisme. « Tu pourrais mesurer pour trouver tout Ă fait juste ? â Quâest-ce quâon peut mesurer (Ă©tonnement) ? » On donne alors un triangle irrĂ©gulier (cĂŽtĂ©s 2 et 4 cm) posĂ© de façon quelconque, en prolongeant les cĂŽtĂ©s en pointillé : Lor trouve dâemblĂ©e une base parallĂšle au modĂšle, en dĂ©plaçant la rĂšgle.
On donne enfin un autre triangle irrĂ©gulier de 4 et 2 cm de cĂŽtĂ©s en prolongeant ces cĂŽtĂ©s et en fixant que celui de gauche doit avoir 8 cm (sans donner les chiffres : on marque simplement le point) : « Je te cache le bas du toit (la base). Peux-tu trouver quand mĂȘme ? â Impossible, BĂ€rbel, ce que tu me demandes de choses ! (nâarrive pas). â Et si jâĂŽte le papier (qui cache la base) ? â Ah oui, facile, câest comme tout Ă lâheure (parallĂ©lisme des bases) ! â Et si on cache, mais quâon te donne cette ligne (le cĂŽtĂ© de 8 cm) ? â Non, on ne peut pas savoir. â Et en mesurant ? â Mais quoi mesurer ? »
Nel (8 ; 3) rĂ©ussit dâemblĂ©e les trois agrandissements demandĂ©s (emboĂźtement central et dans le coin), en disant : « Je fais les lignes la mĂȘme chose penchĂ©es, câest facile, alors ça se ressemble » et « Il faut faire attention, quand on pousse la rĂšgle, de garder la bonne direction » puis il demande une seconde rĂšgle pour vĂ©rifier les parallĂ©lismes. Comparaisons perceptives : il analyse de mĂȘme soigneusement les inclinaisons, mais avec, presque chaque fois, une perception infĂ©rieure au raisonnement.
Rectangles emboßtés : erreur positive (allongement excessif) dans le dessin et dans la perception. Ne tient pas compte des diagonales.
Ino (9 ; 0) commence par comparer un triangle Ă©quilatĂ©ral avec dâautres mĂȘlĂ©s Ă une suite de triangles irrĂ©guliers quâon lui prĂ©sente tour Ă tour. La comparaison porte dâemblĂ©e et spontanĂ©ment sur les parallĂ©lismes : « Non, câest trop penché⊠LĂ câest un peu plus droit que là  » et pour lâĂ©quilatĂ©ral agrandi : « Câest la mĂȘme chose en plus grand » (il montre les cĂŽtĂ©s parallĂšles). MĂȘme expĂ©rience avec un isocĂšle comparĂ© Ă des triangles quelconques parmi lesquels un modĂšle agrandi : il Ă©limine les non semblables et retient le bon : « Tout Ă fait la mĂȘme chose : les deux lignes sont penchĂ©es de cĂŽtĂ©. » Mais, pour dâautres modĂšles il Ă©choue, jusquâĂ ce quâil ait trouvĂ© le procĂ©dĂ© de superposer les bases et dâĂ©valuer le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s : « Il faut le tourner, comme ça il va trĂšs bien ».
On lui donne un triangle Ă©quilatĂ©ral (3 cm de cĂŽtĂ©s) Ă agrandir (emboĂźtement central). Il dessine une premiĂšre figure Ă cĂŽtĂ©s quâil cherche Ă faire parallĂšles, mais la rĂšgle dĂ©vie un peu : « Ce nâest pas la mĂȘme chose. â à quoi le vois-tu ? â LĂ câest plus prĂšs quâici (= il nây a pas Ă©quidistance exacte). â Tu peux faire juste ? â Oui (il fait un agrandissement plus grand et rĂ©sout la question de parallĂ©lisme en appliquant la rĂšgle contre le modĂšle et en marquant le trait de lâautre cĂŽtĂ© de la rĂšgle elle-mĂȘme). â Et plus grand ? â (Il tourne la rĂšgle dâun, puis de deux tours sur elle-mĂȘme, de maniĂšre Ă reporter le parallĂ©lisme). MĂȘmes rĂ©actions pour les dessins suivants (isocĂšle, etc.) et en particulier pour les triangles Ă emboĂźter dans le coin de leurs agrandissements (sans donner les cĂŽtĂ©s) : il prolonge deux des cĂŽtĂ©s du modĂšle, puis trouve le troisiĂšme par parallĂ©lisme : « Ăa doit ĂȘtre la mĂȘme chose penché ». (Il rĂ©ussit ainsi un Ă©quilatĂ©ral, un isocĂšle obtus et un aigu) On donne alors (toujours par emboĂźtement dans le coin gauche) un triangle irrĂ©gulier : il prolonge les cĂŽtĂ©s inĂ©gaux en disant « Jâai fait plus petit ici et plus grand là  », puis trouve le troisiĂšme par parallĂ©lisme. Enfin un triangle isocĂšle est agrandi Ă cĂŽtĂ© du modĂšle (et sans base commune) de 1 Ă Â 5 environ, par pur parallĂ©lisme : « Jâai fait que les cĂŽtĂ©s soient la mĂȘme chose ». Il en manque un autre plus aigu (Ă©galement par juxtaposition et dit : « Il faut le faire plus raide: il nâest pas la mĂȘme chose penché ».
Le rectangle est par contre agrandi trop en hauteur, sans tenir compte de la diagonale ; mais il en découvre la signification, perceptivement : « La ligne (= la diagonale) du grand doit passer par le coin du petit ».
Enfin, on donne Ă Ino un triangle irrĂ©gulier, de 2 et 4 cm de cĂŽtĂ©s, Ă sommet aigu, placĂ© obliquement, en donnant dâavance lâagrandissement de 4 cm (sans parler de nombres) Ă ajouter au cĂŽtĂ© de 2 cm (soit 6 cm pour le petit cĂŽtĂ© du triangle Ă dessiner) : « Je peux prendre la rĂšgle ? â Pourquoi faire ? â Pour voir si câest la mĂȘme chose penchĂ©. â Non, on va cacher la base du modĂšle. Je veux voir si tu sais te dĂ©brouiller autrement. â Alors je ne sais pas. â Essaye. â Je peux mesurer ? â Si tu veux. â Ăa fait 4. Jâajoute 4 (il ajoute 4 cm des deux cĂŽtĂ©s, aboutissant ainsi Ă des cĂŽtĂ©s de 6 et de 8 cm, puis il tire la ligne servant de base. On dĂ©couvre alors la base du modĂšle et Ino voit la faute) : Ah ! Il est drĂŽle ce triangle. Je vois comment il faut faire (il tire une base parallĂšle Ă celle du modĂšle). â Mais tu aurais pu deviner sans voir la base. â Quand vous cachez, je ne peux pas savoir. â Mesure combien ça fait ? â (Il mesure 8 et 4). Je nây comprends rien ! Ah oui ! Il faut aussi que ce soit plus long de ce cĂŽtĂ© parce que lâautre est aussi plus long du mĂȘme cĂŽtĂ© (Ino prend donc conscience de la proportionnalitĂ©). â Essaie maintenant avec celui-lĂ (2 et 3 cm de cĂŽtĂ©s. MĂȘme position oblique, mais on ne donne plus dâavance lâagrandissement de lâun des cĂŽtĂ©s). Câest toi qui va tout trouver. Je ne tâindique pas les grandeurs et ce nâest pas la peine de mesurer. On va cacher la base. â (Il ajoute dâabord des longueurs Ă©gales des deux cĂŽtĂ©s, soit environ 2 cm de chaque cĂŽtĂ© et tire une ligne). Non je crois que ça ne va pas (il ajoute alors, sans mesurer le double, une longueur notablement supĂ©rieure, du cĂŽtĂ© oĂč le modĂšle a 3 cm que du cĂŽtĂ© oĂč il a 2 cm et tire une ligne de base. On dĂ©couvre alors la base du modĂšle). Oui, câest mieux (il vĂ©rifie immĂ©diatement le parallĂ©lisme des bases). Pas tout Ă fait, mais presque juste ». On voit donc que Ino, non seulement gĂ©nĂ©ralise Ă tous les triangles Ă agrandir la mĂ©thode du parallĂ©lisme mais encore en arrive ainsi Ă un sentiment net des proportions qui annonce le niveau III B.
Perceptivement, il se fonde aussi constamment sur le parallélisme, mais avec erreurs.
Ces diffĂ©rents cas reprĂ©sentatifs du sous-stade III A montrent assez quâil nâest pas exagĂ©rĂ© de parler, Ă ce niveau, dâune dĂ©couverte de la similitude des triangles emboĂźtĂ©s fondĂ©e sur le parallĂ©lisme de leurs cĂŽtĂ©s. Tandis que ce parallĂ©lisme nâĂ©tait entrevu, au niveau II B, que dans certaines situations privilĂ©giĂ©es, et surtout sans formulation explicite, ni mĂȘme prise de conscience, il est au contraire, au niveau III A, simultanĂ©ment formulĂ© de la façon la plus claire Ă titre de condition de la similitude des triangles et Ă©tendu systĂ©matiquement Ă toutes les situations (mais il va de soi seulement chez les cas francs du sous-stade, par opposition Ă Mic et Met qui marquent lâarrivĂ©e progressive Ă ce nouveau palier). Or, lâintervention rapidement gĂ©nĂ©ralisĂ©e de ce parallĂ©lisme, coĂŻncide de façon frappante avec ce que nous avons vu au chapitre XI de la mise en parallĂšle des cĂŽtĂ©s opposĂ©s du losange soumis aux transformations affines, de mĂȘme quâavec les dĂ©buts de la construction des coordonnĂ©es horizontales et verticales, comme nous le verrons au chapitre XIII. Une telle gĂ©nĂ©ralisation du parallĂ©lisme donne lieu Ă deux sortes de constatations intĂ©ressantes, tant du point de vue des rapports entre la perception et lâintelligence que de celui de la similitude elle-mĂȘme.
Du premier de ces deux points de vue, câest un fait trĂšs remarquable que presque chacun de nos sujets semble tĂ©moigner dâune intelligence du parallĂ©lisme supĂ©rieure Ă sa capacitĂ© perceptive. On pourrait admettre que câest Ă cause dâune « transposition » perceptive de plus en plus prĂ©cise de la forme des triangles sur dâautres triangles de dimensions diffĂ©rentes que lâenfant en vient Ă remarquer quâĂ lâĂ©quivalence des formes correspond le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s : la notion des parallĂšles dĂ©riverait, en ce cas, dâune perception correcte prĂ©alable du parallĂ©lisme. Or, la confrontation des conduites de lâenfant, Ă lâoccasion de ses dessins, et de ses comparaisons perceptives entre triangles emboĂźtĂ©s, dĂ©jĂ dessinĂ©s, montre au contraire que les sujets savent que deux triangles seront semblables si leurs cĂŽtĂ©s sont parallĂšles (« Je fais les lignes la mĂȘme chose penchĂ©es⊠alors ça se ressemble » dit Nel de ses deux triangles) alors quâils reconnaissent de façon encore assez inexacte, dans leur perception visuelle, lâexistence oĂč la non-existence de ce parallĂ©lisme. On rĂ©pondra peut-ĂȘtre que cette opposition intĂ©resse seulement le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s des triangles emboĂźtĂ©s, et que, de façon gĂ©nĂ©rale, la notion des parallĂšles est immĂ©diatement suggĂ©rĂ©e par la perception de deux droites Ă©quidistantes. Mais cela mĂȘme nous semble fort contestable. Câest rarement lâĂ©quidistance quâinvoquent nos sujets pour caractĂ©riser les parallĂšles (avec raison puisque sa mesure suppose dĂ©jĂ le parallĂ©lisme, et quâil sâagit en outre dâune notion mĂ©trique plus tardive que le parallĂ©lisme qualitatif ou extensif), mais bien lâidentitĂ© de direction : « Garder la bonne direction » dit Nel, et surtout « quand les lignes vont la mĂȘme chose » dit Met pour dĂ©finir deux parallĂšles. Or, conserver lâidentitĂ© dâune direction, câest le fait dâune action rĂ©versible et non pas dâune perception, comme nous lâavons vu pour la construction de la droite elle-mĂȘme au moyen des conduites de visĂ©e (chapitre VI, section 1), et câest cette opĂ©ration qui, dĂ©couverte Ă propos de la droite, donne lieu Ă cette premiĂšre composition que constitue la construction des parallĂšles. Bien plus, Ă constater les difficultĂ©s perceptives des petits, avant 7-8 ans, Ă percevoir et Ă construire des parallĂšles obliques (voir chapitre XI, § 6), on est conduit Ă admettre que câest la construction opĂ©ratoire des parallĂšles qui corrige Ă un moment donnĂ© la perception du parallĂ©lisme, et non pas cette perception qui explique sans plus la genĂšse de la notion correspondante (ce qui, par rĂ©currence, peut ĂȘtre vrai mutatis mutandis, Ă tous les niveaux prĂ©cĂ©dents, jusquâaux rapports entre lâactivitĂ© perceptive, avec ses rĂ©gulations sensori-motrices, et les perceptions initiales elles-mĂȘmes dâun parallĂ©lisme grossier).
Cela dit, il est dâautant plus intĂ©ressant de constater que les sujets interrogĂ©s au moyen de la prĂ©sente technique conçoivent la similitude des triangles en se fondant directement sur le parallĂ©lisme de leurs cĂŽtĂ©s (et sur un parallĂ©lisme opĂ©ratoire ainsi quâon vient de le montrer), sans passer explicitement par lâĂ©galitĂ© des angles : câest donc que cette Ă©galitĂ© dĂ©coule pour eux de ce parallĂ©lisme ou plutĂŽt que les deux notions ne font quâun, mais avec prise de conscience dĂ©butant par le parallĂ©lisme. Les seuls des sujets citĂ©s qui parlent spontanĂ©ment des angles, Lor et Bru, disent que, pour obtenir deux triangles semblables, « il faut que ce soit aussi mince (= intervalle entre les cĂŽtĂ©s) et la mĂȘme chose penché » ou « les jambes la mĂȘme chose Ă©cartĂ©es », mais ils ne mesurent pas lâintervalle dont il sâagit et se contentent dâassurer le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s. Nous voyons ainsi poindre la notion de lâĂ©galitĂ© des angles en fonction de la construction opĂ©ratoire qui, de la droite, mĂšne aux parallĂšles et de celles-ci Ă la similitude des triangles. Les sujets interrogĂ©s au moyen de la technique II (recouvrements) nous permettront de reprendre cette analyse.
Quant Ă la similitude des rectangles emboĂźtĂ©s, le faible progrĂšs accompli Ă ce niveau III A, par rapport au sous-stade II B, contraste de façon remarquable avec ce que nous venons de voir au sujet des triangles : câest que la similitude des rectangles suppose la comprĂ©hension des proportions dimensionnelles tandis que la similitude des triangles, reconnue au seul parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, repose sur un simple jeu dâopĂ©rations qualitatives Ă©lĂ©mentaires. Mais alors se pose la question de la diagonale, que nous avons figurĂ©e sur certains des modĂšles prĂ©sentĂ©s, dans lâidĂ©e quâelle servirait prĂ©cisĂ©ment aux sujets Ă reconnaĂźtre qualitativement la similitude des rectangles emboĂźtĂ©s, puisquâen ce cas, la diagonale des deux rectangles semblables constitue une droite, si le rectangle emboĂźtant prĂ©sente avec le rectangle emboĂźtĂ© un angle commun dâoĂč part cette diagonale. Or, il sâest trouvĂ© quâĂ ce niveau III A, ou bien la signification de la diagonale commune demeure incomprise comme prĂ©cĂ©demment (II A et B), ou bien elle est dĂ©couverte par lâenfant, mais aprĂšs coup, câest-Ă -dire Ă titre de rĂ©sultat des comparaisons dĂ©terminant la similitude et non pas de procĂ©dĂ© pour orienter cette dĂ©termination (voir les cas bien nets de Mat et de Mei, par opposition Ă Met et Ă Bru). Câest donc, Ă©videmment, que ces sujets ne dĂ©composent pas encore les rectangles emboĂźtĂ©s, comme un couple de triangles semblables, mĂȘme lorsque le dessin dâune diagonale commune semble suggĂ©rer cette maniĂšre de voir.
Quant aux rĂ©actions du sous-stade III B, elles nâajoutent rien Ă celles du niveau III A quant au parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s du triangle, mais elles y ajoutent un progrĂšs dans le sens du passage de la similitude qualitative aux proportions dimensionnelles : câest la comparaison des dimensions propres aux cĂŽtĂ©s inĂ©gaux du modĂšle, avec dĂ©but du sentiment de la proportionnalitĂ© et câest la dĂ©couverte de certains rapports mĂ©triques dans les cas simples tels que 1 Ă Â 2. Quant aux rectangles, lâintervention de ces premiers rapports mĂ©triques permet Ă©galement quelques solutions correctes dans les cas simples, tandis que la construction qualitative fondĂ©e sur le rĂŽle de la diagonale devient possible chez certains sujets. Voici quelques exemples :
Mon (9 ; 5) agrandit dâemblĂ©e correctement le triangle Ă©quilatĂ©ral en dĂ©plaçant sa rĂšgle parallĂšlement au modĂšle, puis sâĂ©crie : « Ah ! on pourrait aussi mesurer ». Il constate que la base et les cĂŽtĂ©s du modĂšle sont de 3 cm et la base donnĂ©e est de 6 cm : il vĂ©rifie alors que les cĂŽtĂ©s de son agrandissement sont aussi le double. Pour le triangle de 3 cm de base et de 1,7 cm de cĂŽtĂ©s, il procĂšde de mĂȘme, mais pour le modĂšle de 3 cm de base et de 6 cm de cĂŽtĂ©s il commence par mesurer et par doubler toutes les dimensions. Il dit alors : « Pas possible, ça monte trop haut » mais il vĂ©rifie le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s et se dĂ©clare alors satisfait.
Comparaisons perceptives : légÚres erreurs négatives et seuil de 0,5 cm.
Rectangles Ă agrandir : Mon mesure immĂ©diatement le modĂšle de 1,5 Ă 3 cm. « Pourquoi mesures-tu ? â Autrement il ne devient pas plus large ; si je garde la largeur 1,5 du petit, ça donne une autre forme (en augmentant la longueur) ». Il rĂ©ussit Ă doubler correctement les dimensions de ce modĂšle, mais fait les autres agrandissements Ă vue.
Comparaisons perceptives : lĂ©gĂšres erreurs nĂ©gatives. Deux carrĂ©s Ă comparer Ă©tant prĂ©sentĂ©s parmi les rectangles, Mon pose spontanĂ©ment son crayon en diagonale : « Je regarde si les coins vont lâun sur lâautre (= sont dans le prolongement lâun de lâautre) ». Par contre il commence par ne pas tenir compte des diagonales indiquĂ©es sur certains rectangles emboĂźtĂ©s : « Ăa sert Ă quelque chose ce trait ? â Oui, si on en faisait encore un (= lâautre diagonale) on verrait si ça donne une bonne ou une mauvaise croix ».
Urs (9 ; 11) commence Ă©galement par agrandir les triangles par la mĂ©thode de simple parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s. Mais, avec le modĂšle de 3 cm de base et 6 cm de cĂŽtĂ©s, il dĂ©clare que « câest plus difficile de voir si on a bien penchĂ© la rĂšgle » et il mesure les cĂŽtĂ©s aprĂšs avoir constatĂ© que la base donnĂ©e est le double de celle du modĂšle. Pour les rapports autres que 1 Ă Â 2 il se contente du parallĂ©lisme.
Les rectangles agrandis ne sont pas mesurĂ©s et leur largeur est exagĂ©rĂ©e, mais dans les comparaisons perceptives lâerreur est inverse. Par contre, dĂšs que lâon prĂ©sente des rectangles emboĂźtĂ©s Ă diagonale commune il dĂ©couvre : « Ah ! ça touche juste la ligne, quand câest juste⊠Maintenant câest facile, je nâai quâĂ regarder si la ligne (= la diagonale) touche le coin ».
Gui (10 ; 4). On lui prĂ©sente un triangle irrĂ©gulier de 3 et 4 cm de cĂŽtĂ©s placĂ© obliquement dans un coin de la feuille et Ă cĂŽtĂ©s prolongĂ©s avec points situĂ©s Ă 9 cm du sommet sur le prolongement du petit cĂŽtĂ© (donc un accroissement de 6 cm pour 3) : « Fais mâen un de plus grand, qui ait la mĂȘme forme que le petit. â Je mesure : le petit Ă 3 cm, le grand a 9 cm, alors il me faut aussi 9 cm de lâautre cĂŽtĂ© (il trace la ligne). â Câest bien ? â Non, ça doit ĂȘtre parallĂšle (il trace la base du grand Ă vue dâĆil). â Bien, maintenant celui-lĂ (cĂŽtĂ©s de 3 et de 4 cm, point Ă 8 cm dans le prolongement de celui de 4). â (Il mesure, 8 cm et les reporte de lâautre cĂŽtĂ©). â Câest juste ? â Non (il dessine la base parallĂšle). Tu pourrais trouver en mesurant ? â (Il mesure les deux petits cĂŽtĂ©s de 3 et 4 cm et le grand cĂŽtĂ© de 8). Oui, le petit cĂŽtĂ© fait 3 cm, alors il faut le doubler comme lâautre. â Bien. Cette fois câest juste. Alors je tâen donne un autre (3 et 4 cm de cĂŽtĂ©. Grand cĂŽtĂ© donnĂ© de 12 cm). â à gauche vous avez ajoutĂ© 8 cm, alors il faut aussi ajouter 8 cm Ă droite (il retombe donc pour la troisiĂšme fois dans la mĂȘme erreur). â Câest bien ? â Non, de nouveau faux (il mesure). Si jâajoute 3 cm au petit ça fait trop court. Alors il faut ajouter 6 cm parce que câest le double. â Bien, encore un (3 et 4 cm de cĂŽtĂ©s, grand cĂŽtĂ© donnĂ© du triangle agrandi = 10 cm). â (Il mesure). Ă gauche câest 4 cm + 6 cm, alors jâajoute 6 cm Ă droite (quatriĂšme rĂ©pĂ©tition de lâerreur !). â Câest bien juste ? â Non. Le petit fait 3 cm alors jâajoute 2 Ă 3 = 6 cm (il trace la base ainsi, mais constate quâelle nâest pas parallĂšle). Non pas encore (il tĂątonne et trouve empiriquement 3 + 3 + 1 + 0,5 cm en se guidant sur le parallĂ©lisme, faute de de proportion simple). â Et celui-ci (3 et 4 cm pour le petit, 9 cm pour le petit cĂŽtĂ© du grand). â à droite on a mis 9 cm de plus, Ă gauche le cĂŽtĂ© est plus long (4 cm) alors je mets 1 cm de plus (il met alors 10 cm pour ne pas retomber dans lâaddition de la mĂȘme quantité !) â Ăa suffit ? â Non. â Comment faire ? â (Il ne le trouve Ă nouveau que par parallĂ©lisme) ». Au total il a donc compris aprĂšs tĂątonnement la proportion 1 Ă Â 2, mais sâappuie en dĂ©finitive toujours sur le parallĂ©lisme.
Neuf (10 ; 4) parvient Ă©galement aprĂšs avoir ajoutĂ© la mĂȘme quantitĂ© Ă agrandir un triangle de 6 et 4 cm de cĂŽtĂ©s (grand cĂŽtĂ© donnĂ© de 12 cm) en un triangle de 12 et 8 cm « Bien, je vais faire le double ». Mais, dans la suite, ou bien il continue Ă doubler en cas dâautres proportions, ou bien il tĂątonne en se fondant sur le parallĂ©lisme des bases.
Ray (10 ; 7). Triangle donnĂ© de 3 et 4 cm et petit cĂŽtĂ© de lâagrandissement fixĂ© Ă 9 cm (donc augmentation de 6) : il commence par rajouter 6 cm de lâautre cĂŽtĂ© Ă©galement, puis, en regardant la figure, il a un sentiment net de la proportionnalité : « Il faut ajouter plus de ce cĂŽtĂ© (du cĂŽtĂ© 4 cm) ». Mais il nây parvient pas mĂ©triquement, sauf dans le cas du double. On donne, en effet, 3 et 4 cm de cĂŽtĂ©s du petit et 8 cm pour le grand cĂŽtĂ© de lâagrandissement : il fait dâabord les deux cĂŽtĂ©s de 8 cm, puis rajoute 4 cm de chaque cĂŽtĂ©, puis enfin trouve le double : « Les deux câest deux fois ».
Tous ces cas tĂ©moignent donc, dans le cas des triangles irrĂ©guliers ou du rectangle, dâun sentiment net de la proportionnalitĂ© fondĂ©e sur la comparaison des cĂŽtĂ©s inĂ©gaux du modĂšle, mais cela pour autant quâil nây a pas encore mesure ni calcul. DĂšs que la mesure intervient, les sujets ne rĂ©ussissent que la proportion du simple au double. Dans le cas des autres rapports, il y a contradiction entre lâidĂ©e dâajouter des parties Ă©gales de chaque cĂŽtĂ© (ou mĂȘme dâajouter un peu plus du cĂŽtĂ© le plus court par compensation comme chez Gui) et lâobservation du parallĂ©lisme des bases, qui demeure toujours le seul critĂšre fixe Ă ce niveau. Voici encore quelques constructions de rectangles fondĂ©es sur la considĂ©ration des diagonales :
Vol (9 ; 5). Triangles : comme les prĂ©cĂ©dents. Rectangles : il commence sans mesurer, puis corrige par tĂątonnements successifs, jusquâau moment oĂč on lui montre le modĂšle avec diagonale : « Il est faux, le mien, parce que la diagonale nâarrive pas au coin. Il faudrait quâelle traverse en passant par le coin du petit ».
Nie (9 ; 7). MĂȘmes rĂ©actions : « La ligne (= la diagonale) doit ĂȘtre dans le coin du grand parce que câest dans le coin du petit ». Il effectue alors les agrandissements suivants en construisant simplement les diagonales communes.
Lio (9 ; 11). Triangles : mĂȘmes rĂ©actions. Rectangles agrandis empiriquement : « Ăa peut servir cette ligne (diagonale) ? â Non, ça ne peut que nous brouiller ». Mais ensuite, aprĂšs mesures du double des dimensions, il dĂ©couvre : « Quand câest juste, ça doit arriver au coin, quand on fait le double. Si câest la mĂȘme chose (= si les deux rectangles sont semblables), il doit bien passer par lĂ (= par lâangle), le trait ».
Jea (9 ; 10). MĂȘmes rĂ©actions initiales, puis il construit le rectangle emboĂźtant en tenant compte de la diagonale : « Jâai voulu que ça arrive sur le trait (= diagonale) : le trait fait le triangle, il passe au milieu ! »
On voit ainsi que les sujets du sous-stade III B, aprĂšs avoir, comme ceux du niveau III A, utilisĂ© la mĂ©thode de la mise en parallĂšle des cĂŽtĂ©s ou des bases, pour sâassurer de la similitude des triangles emboĂźtĂ©s, en viennent Ă soupçonner les rapports proportionnels existants entre les longueurs des cĂŽtĂ©s. On peut donc dire que la proportionnalitĂ© des relations dimensionnelles est engendrĂ©e, en de tels cas, par la similitude prĂ©alablement Ă©tablie grĂące aux rapports qualitatifs. La chose est dâautant plus intĂ©ressante Ă noter que nous la retrouverons sous une autre forme, lors du passage entre la notion de lâintervalle dĂ©terminĂ© par les cĂŽtĂ©s de lâangle et les proportionnalitĂ©s liĂ©es Ă lâaccroissement de cet intervalle.
Dâautre part, les rĂ©actions Ă la diagonale des rectangles, observĂ©es au cours de ce sous-stade III B, confirment entiĂšrement ce que nous disions plus haut des rapports entre la perception et lâintelligence Ă propos des parallĂšles. Il est Ă noter en effet, que de nombreux sujets de ce niveau, parvenant aux rapports proportionnels simples, se montrent encore incapables dâutiliser la diagonale et ne voient pas, comme Jea, par exemple, que la diagonale coupe le rectangle en deux triangles tels que les rapports entre rectangles emboĂźtĂ©s semblables se rĂ©duisent, pour chacun dâeux, Ă des relations entre triangles, non seulement emboĂźtĂ©s, mais Ă cĂŽtĂ©s en partie communs. Les cas citĂ©s dâutilisation de la diagonale ne constituent donc quâune partie des cas observĂ©s, les autres rĂ©agissant comme ceux des niveaux III A ou mĂȘme II B. DâoĂč provient donc cette difficulté ? AssurĂ©ment au rĂŽle de la configuration perceptive, la forme du rectangle Ă©tant en gĂ©nĂ©ral trop « prĂ©gnante » pour quâon la dĂ©compose facilement en deux triangles accolĂ©s. Or, une fois lâenfant capable, par lâintelligence, de trouver la similitude entre deux rectangles emboĂźtĂ©s, en agrandissant simultanĂ©ment la largeur et la longueur du rectangle emboĂźtant (tout en conservant la mĂȘme forme), il sâaperçoit frĂ©quemment, mais aprĂšs coup, de la signification de la diagonale, conçue comme un moyen dâassurer la similitude de façon certaine, sans recourir aux mesures. Câest donc la comprĂ©hension opĂ©ratoire qui facilite la dĂ©composition perceptive, dans ce cas particulier, de la diagonale des rectangles comme dans celui du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s des triangles.
Quant aux proportions dimensionnelles entre les cĂŽtĂ©s des rectangles semblables, dont ces sujets dĂ©terminent Ă©galement les cas simples (le rapport de 1 Ă Â 2 comme chez Lio) nous y reviendrons Ă propos de la comparaison des rectangles sĂ©parĂ©s et non pas seulement emboĂźtĂ©s, câest-Ă -dire au cours de la section II de ce chapitre.
Il resterait Ă parler du stade IV, au cours duquel lâenfant ne se contente plus de la dĂ©termination des rapports dimensionnels dans le cas des proportions simples, mais gĂ©nĂ©ralise ce quâil a entrevu au niveau III B. Le problĂšme est dâautant plus essentiel, que si la similitude des triangles est acquise dĂšs les dĂ©buts du stade III (niveau III A) grĂące au parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, la notion des proportions proprement dites nâest systĂ©matisĂ©e quâau stade IV. Mais, pour ne pas allonger, nous reprendrons Ă©galement ce problĂšme au cours de la section II, oĂč nous le retrouverons Ă lâoccasion des rectangles.
Bornons-nous donc à un seul cas, pour fixer les idées :
Ech (12 ; 0). Triangle de 3 et 4 cm de cĂŽtĂ©s. On donne le petit cĂŽtĂ© du triangle agrandi = 9 cm (dans le prolongement du cĂŽtĂ© de 3 cm) : « Alors pour ce cĂŽtĂ© je fais aussi le double, ça fait 8 (il rajoute 8 cm au cĂŽtĂ© de 4 cm, ce qui aboutit Ă un triangle semblable de 9 et 12 cm de cĂŽtĂ©s emboĂźtant le premier). â Et comme fa (3 et 4 cm de cĂŽtĂ©s du petit, 8 cm pour le grand cĂŽtĂ© du grand). â Je double comme lâautre (il double cette fois simplement les cĂŽtĂ©s : 6 et 8 cm). â Et comme ça (3 et 4 cm ; grand cĂŽtĂ© du grand = 12 cm) ? â (Il ajoute 8 cm de chaque cĂŽtĂ© comme au niveau III B). Oh ! câest pas juste. â Alors ? â 8 cm ça fait 2 fois 4 cm, alors je rajoute aussi deux fois Ă lâautre : 2 Ă 3 = 6 cm + 3 = 9 cm. â Et celui-lĂ (3 et 4 cm avec 10 cm de grand cĂŽtĂ© du grand) ? â Je vais ajouter 7 par ce que ça fait 10. Ah non ! Euh ! 2 fois 4 = 8, reste 2 (jusquâĂ 10). Alors lĂ (petit cĂŽtĂ©), ça fait 2 Ă 3 et encore la moitiĂ© 7 œ ».
On voit quâainsi la proportionnalitĂ©, dĂ©jĂ sentie au cours du sous-stade III B, se traduit dorĂ©navant en rapports mĂ©triques et en calcul numĂ©rique. Tandis que, chez Gui (fin de lâinterrogatoire) et chez Ray, au niveau III B, et dĂ©jĂ chez Ino (Ă la limite supĂ©rieure du niveau III A), la comparaison des cĂŽtĂ©s inĂ©gaux du triangle donne lieu Ă la notion quâil faut ajouter davantage du cĂŽtĂ© le plus long pour obtenir un agrandissement semblable au modĂšle, cette notion simplement extensive de la proportionnalitĂ©, nĂ©e de la comparaison des parties entre elles, se prolonge ainsi, au stade IV, en un systĂšme de deux rapports numĂ©riques Ă©galisĂ©s entre eux. Câest ce passage de la similitude extensive, accompagnĂ©e dâune construction qualitative et graphique des rapports proportionnels, Ă la notion proprement mĂ©trique des proportions, que nous retrouverons au paragraphe 9 de ce chapitre.
§ 4. La similitude des triangles fondĂ©e sur lâĂ©galitĂ© des angles. Les sous-stades II A (absence dâanalyse) et II B (dĂ©but dâanalyse des inclinaisons)đ
La deuxiĂšme technique employĂ©e consiste, on sâen souvient, Ă prĂ©senter Ă lâenfant des cartons dĂ©coupĂ©s en triangles de diverses formes (voir la liste au § 1), Ă classer par familles, le sujet Ă©tant libre de les manipuler Ă sa guise et notamment de les recouvrir les uns au moyen des autres, de maniĂšre Ă juger de lâĂ©galitĂ© des angles, du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, des rapports dimensionnels etc. AprĂšs ce que nous venons dâapprendre des rĂ©actions de lâenfant aux triangles emboĂźtĂ©s, il vaut la peine dâexaminer briĂšvement son comportement dans lâemploi de la mĂ©thode plus spontanĂ©e dont il va ĂȘtre question.
Sans remonter au stade I pour les raisons quâon a vues, nous allons constater que, au niveau II A encore, le sujet juge des triangles de façon toute globale, sans analyse des angles et surtout sans essais spontanĂ©s de recouvrements ou de juxtapositions prĂ©cises. Bien entendu, la considĂ©ration de lâangle est implicitement comprise dans les rapports de forme envisagĂ©s syncrĂ©tiquement par lâenfant, car si par exemple deux triangles ont la mĂȘme hauteur et des bases trĂšs diffĂ©rentes, les angles sont Ă©galement trĂšs dissemblables : mais en un tel cas, câest justement sur la largeur de la base que portera le jugement de lâenfant et non pas sur les angles comme tels. Voici des exemples de ce niveau II A :
Ful (5 ; 6) : « Est-ce que A2 (20 Ă 6) 7 et C1 (20 Ă 5) ont la mĂȘme forme ? â Non. â Pourquoi ? â (Il les met lâun Ă cĂŽtĂ© de lâautre). Pas tout Ă fait la mĂȘme forme. â Pourquoi ? â ⊠â Et A3 (15 Ă 4,5) et A2 (20 Ă 6) ? â Non. â Pourquoi ? â Celui-lĂ est plus haut (A2) », etc. « Tiens. Essaie de regarder comme ça (on lui montre la superposition possible des modĂšles) et trouves-en deux de la mĂȘme forme. â (Il compare A3 et C1 puis abandonne A3 pour A2). Ceux-lĂ (A2 et C1). â Pourquoi ? â (Il montre la hauteur Ă©gale sans sâoccuper des bases inĂ©gales). â Et puis ? â (Il prend F6, E3 Ă©galement Ă©quilatĂ©ral, et tous les autres, mais rejette F9 en disant) : Non il est plus long ici. â Tu vois quâil y a un moyen pour regarder sâils vont vraiment ensemble ? â (Il montre les dimensions, le pourtour gĂ©nĂ©ral mais ne dĂ©signe pas les angles) ».
Kis (6 ; 0) reconnaĂźt Ă©galement la similitude de deux triangles Ă©quilatĂ©raux, mais il trouve que F2 et E3 (7 Ă 8) « vont mieux parce quâils sont plus gros » alors que E3 est aussi Ă©quilatĂ©ral. De mĂȘme, il rĂ©unit A2 (20 Ă 6) et C 1 (20 Ă 5) en montrant leurs cĂŽtĂ©s Ă peu prĂšs Ă©gaux : « Pourquoi vont-ils ensemble ? â à cause de ça (les cĂŽtĂ©s). â Et F2 et F9 ? â Non (montre le cĂŽtĂ©) ».
Sue (6 ; 0) de mĂȘme, compare B1 (6,5 Ă 50) et B2 (3,25 Ă 25) sans voir leur similitude : « Non, ça ne va pas. â Pourquoi ? â (Il montre les cĂŽtĂ©s inĂ©gaux) ». On lui explique le procĂ©dĂ© de la superposition, mais il ne comprend pas : il trouve par exemple que A1 (30 Ă 9,5) et C1 (20 Ă 5) vont bien ensemble, simplement parce que trĂšs pointus, sans tenir compte de lâinclinaison des cĂŽtĂ©s.
Gra (6 ; 6) forme la sĂ©rie des F (Ă©quilatĂ©raux) mais se refuse dây adjoindre E3 Ă©galement Ă©quilatĂ©ral « par ce que ces deux cĂŽtĂ©s (de lâun des F et de E3) ne sont pas la mĂȘme chose longs. »
On voit que toutes ces comparaisons sont faites soit en fonction de la forme globale soit, dans le cas dâune recherche du dĂ©tail, en termes de longueurs des cĂŽtĂ©s. Mais la comparaison perceptive dâensemble suffit parfois, comme nous lâavions remarquĂ© au paragraphe 2 (cas de Cyr), Ă la rĂ©cognition dâun type particulier de similitude : celle des triangles Ă©quilatĂ©raux : câest quâen effet, dans le cas du triangle Ă©quilatĂ©ral (comme dans celui du carrĂ©), les surestimations ou sous-estimations perceptives pouvant se produire lors de lâĂ©valuation des angles ou de la longueur des cĂŽtĂ©s se compensent, du fait de leurs Ă©galitĂ© objective, cette compensation automatique des erreurs constituant prĂ©cisĂ©ment ce qui assure Ă ces figures le caractĂšre de « bonnes formes » 8. Mais, ce cas particulier des triangles Ă©quilatĂ©raux mis Ă part, la comparaison perceptive globale dont se contentent ces sujets nâaboutit Ă aucune « transposition » prĂ©cise. Or, câest lĂ un fait digne de remarque et qui suffĂźt Ă montrer combien les « transpositions » perceptives demeurent insuffisantes, sauf dans le seul cas des « bonnes formes », Ă assurer la rĂ©cognition des similitudes. Quâil sâagisse des angles comme tels, de la longueur des cĂŽtĂ©s, de la hauteur comparĂ©e Ă la base (et, pouvons-nous ajouter, dâaprĂšs les recherches rĂ©centes, de lâestimation des inclinaisons) la perception est sujette, sur tous ces points, Ă des erreurs systĂ©matiques bien connues, et câest simplement la neutralisation statiques de ces erreurs qui rend privilĂ©giĂ© les cas du triangle Ă©quilatĂ©ral, tandis que, pour toutes les autres formes de triangles, elles donnent lieu Ă un mĂ©lange trop complexe pour permettre lâexistence de transpositions simples 9. Dâautre part, sitĂŽt dĂ©passĂ© le terrain de la perception (dont les mĂ©canismes demeurent inconnus du sujet lui-mĂȘme), lâenfant de ce niveau se rĂ©vĂšle incapable de comparaison intentionnelle portant sur le dĂ©tail des rapports, et se borne, lorsquâil cherche Ă analyser son impression globale, Ă des confrontations de dimensions absolues : hauteur, longueur des cĂŽtĂ©s, etc.
Au cours du sous-stade II B, on observe des rĂ©actions Ă©galement analogues Ă ce que nous avons vu, au niveau correspondant, dans lâanalyse des triangles emboĂźtĂ©s : le sujet commence Ă noter les diffĂ©rences dâinclinaisons (lorsque les sommets des triangles sont tous deux dirigĂ©s vers le haut), mais sans encore de prĂ©cision concernant les angles eux-mĂȘmes :
Sau (6 ; 9) met ensemble A1 ; A2 ; A4 et A5 ; D2 (13 Ă 15 donc peu pointu) et C1 puis les compare attentivement : « Comment regardes-tu ? â Je regarde si les papiers sont dĂ©coupĂ©s pareillement. â Et A2 (20 Ă 6) et D3 (26 Ă 15) vont ensemble ? â Non, parce quâici il nâa pas la mĂȘme forme. â Pourquoi pas ? â Ici (A3) câest plus penchĂ©. â Et (A1 = 30 Ă 9,5) et (C1 = 20 Ă 5) ? â (Il nâarrive pas Ă se dĂ©cider) ».
Yve (6 ; 9) rapproche F2 et D2 puis les sĂ©pare : « Non, ça ne va pas ensemble. â Pourquoi ? â Je ne peux pas le dire. â Et (F5 et F4) ? â Oui. â Et (F6 ; F7 et E3, tous trois Ă©quilatĂ©raux) ? â Non. â Comment fais-tu pour voir si ça va ? â Je regarde lĂ (montre un cĂŽtĂ©), oĂč il est penché ». On lui explique le procĂ©dĂ© de la superposition, mais il nâarrive Ă rien de systĂ©matique.
Glas (6 ; 10) rĂ©unit tous les F (Ă©quilatĂ©raux) et se refuse de leur assimiler E1 (scalĂšne) « parce que ses deux cĂŽtĂ©s ne sont pas les mĂȘmes ». « Et A1 (30 Ă 9,5) et D3 (26 Ă 15) vont ils mieux que A1 et A2 ? â Non, câest (A1 et A2), parce quâils ont la mĂȘme minceur (juste). â Et C1 (20 Ă 5) ? â Aussi (ne regarde pas lâinclinaison exacte ni la largeur des bases) ».
Bar (7 ; 11) : « Peux-tu mettre ensemble ceux qui ont la mĂȘme forme ? â Ceux qui sont plus grands ou plus petits ? â Non, ceux qui ont la mĂȘme forme. â (Il prend Al ; A2 et D3 (20 Ă 15). Ceux-lĂ (A1 et A2) vont mieux (il prend D2 et D3 puis les sĂ©pare.) Celui-lĂ (D2) est plus petit ». Il rĂ©ussit les F mais rejette F9 « parce quâil est plus large (faux) et monte moins (juste) ». On lui montre le procĂ©dĂ© de la superposition : il superpose alors les angles supĂ©rieurs mais assez inexactement. Par contre, il dĂ©couvre Ă la fin le rapport essentiel : « De B1 (6,5 Ă 50) et de C3 (20 Ă 56) lequel a les plus grands coins (angles supĂ©rieurs) ? â Celui-lĂ (B1), parce que câest plus mince, et ça fait plus long ». Il Ă©value donc la grandeur de lâangle au moyen du rapport entre la hauteur et la largeur, ce qui annonce le stade III (malgrĂ© lâinversion du sens attribuĂ© au mot « grand »).
Ces rĂ©actions tĂ©moignent ainsi de jugements tantĂŽt inexacts, tantĂŽt partiellement exacts. Ces derniers rappellent sur un point, les comparaisons observĂ©es au cours du mĂȘme sous-stade II B dans le cas des triangles emboĂźtĂ©s (§ 2) lorsque les sujets se demandent simplement si les cĂŽtĂ©s sont plus ou moins « penchĂ©s » (Sau, Yve). Mais on voit apparaĂźtre Ă©galement un autre critĂšre de similitude, qui ne se fonde plus simplement sur le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s : câest celui de la plus ou moins grande « minceur » du triangle (Glas et Bar) qui se rĂ©fĂšre non plus aux cĂŽtĂ©s comme tels, mais Ă lâintervalle compris entre eux. Ce second critĂšre conduit Ă la considĂ©ration de lâangle lui-mĂȘme, laquelle va prendre de plus en plus dâimportance avec les rĂ©sultats de cette technique II et les diffĂ©rencier de ceux obtenus avec la technique des triangles emboĂźtĂ©s (technique I). Mais, au prĂ©sent niveau, il demeure plus ou moins indiffĂ©renciĂ© du premier et conduit Ă des Ă©valuations encore trĂšs approximatives, jusquâau rapport dĂ©couvert par Bar, qui annonce le troisiĂšme stade. Lâapparition de ce second critĂšre est donc importante Ă noter, car il est appelĂ© Ă constituer le point de dĂ©part dâune nouvelle notion de la similitude des triangles, fondĂ©e sur lâĂ©galitĂ© des angles, et non plus seulement sur le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, et il annonce, par le fait mĂȘme, lâĂ©laboration dâun nouveau type dâopĂ©rations. Les notions de droites plus ou moins inclinĂ©es et de parallĂ©lisme aboutiront, tĂŽt ou tard, pour leur part, Ă la construction de coordonnĂ©es rectangulaires, nĂ©cessaires Ă titre de systĂšmes de rĂ©fĂ©rence pour lâĂ©valuation de ces inclinaisons, mais rĂ©sultant par ailleurs de la mise en parallĂšle des droites de mĂȘme direction et de leur perpendicularitĂ© par rapport Ă celles qui les coupent selon une autre dimension : ce type dâopĂ©rations, que nous Ă©tudierons systĂ©matiquement au chapitre XIII (Ă propos des systĂšmes naturels de coordonnĂ©es), constituent des mises en correspondance Ă plusieurs dimensions, câest-Ă -dire en leur point de dĂ©part des multiplications logiques par correspondance bi-univoque. Au contraire, la considĂ©ration de lâintervalle compris entre les deux cĂŽtĂ©s dâun angle, intervalle qui sâaccroĂźt progressivement Ă partir dâun intervalle nul ou point unique constituĂ© par le sommet de lâangle, conduit Ă une mise en correspondance dâun autre type, co-univoque et non plus bi-univoque. Câest ce systĂšme dâopĂ©rations spĂ©cial aux angles, qui sâesquisse intuitivement Ă propos de la « minceur » des triangles remarquĂ©e par les sujets de ce niveau et qui va se dĂ©velopper au cours du stade III.
§ 5. La similitude des triangles fondĂ©e sur lâĂ©galitĂ© des angles. Les sous-stades III A et III B (analyse progressive des angles)đ
Contrairement aux comparaisons encore intuitives et perceptives du stade II, qui demeurent Ă la fois globales et attachĂ©es aux valeurs absolues des cĂŽtĂ©s du triangle, les dĂ©buts du stade III se caractĂ©risent par deux conquĂȘtes simultanĂ©es : dâune part, lâapparition de superpositions spontanĂ©es des modĂšles prĂ©sentĂ©s, câest-Ă -dire dâune conduite dĂ©jĂ opĂ©ratoire en elle-mĂȘme consistant en actions rĂ©versibles de comparaisons par recouvrements, et, dâautre part, en consĂ©quence de ce progrĂšs dans lâactivitĂ© du sujet, la dĂ©couverte de lâĂ©galisation possible des angles indĂ©pendamment de la longueur des cĂŽtĂ©s 10. Voici des exemples du sous-stade III A, au cours duquel sâeffectue cette double transformation :
Ben (7 ; 7) est intermĂ©diaire entre les niveaux II B et III A, en ce sens quâil dĂ©couvre spontanĂ©ment le procĂ©dĂ© de la superposition et quâil lui arrive dĂ©jĂ de comparer les angles comme tels (manifestant donc les deux critĂšres du stade III A), mais il en demeure frĂ©quemment aussi Ă la simple comparaison de la longueur des cĂŽtĂ©s. On lui prĂ©sente toutes les sĂ©ries mĂ©langĂ©es en lui demandant : « Mets ensemble les triangles de mĂȘme forme. â (Il met dâemblĂ©e A1, soit 20 Ă 6, sur D3, soit 26 Ă 15). Ăa ne va pas. â Pourquoi ? â Celui-lĂ (D3) dĂ©passe (sur les cĂŽtĂ©s. Il essaie avec A1, semblable Ă A2). Il est trop long. (Il prend D2, soit 13 Ă 15 et A3 soit 15 Ă 4,5 et constate lâĂ©galitĂ© 15 = 15 entre la base du premier et la hauteur du second, mais dit) : Ils nâont pas la mĂȘme forme. â Et A2 (20 Ă 6) et A3 (15 Ă 4,5) ? â (Il juxtapose les cĂŽtĂ©s). Ils ne vont pas, parce quâils montent. â (On lui rappelle sa rĂ©action initiale de juxtaposition en mettant A3 sur A2). â Ah oui (il associe A4 puis A5 Ă A2 et Ă A3, puis ajoute D1 mais dit) : Non, celui-lĂ (D1) est moins penchĂ©. (Il compare D3 Ă B2). Non, celui-lĂ (B2) est plus droit que celui-lĂ (D3 : se rĂ©fĂšre aux bases ; puis il prend C3 et C2 et dit) : Ils nâont pas la mĂȘme forme. â Pourquoi ? â Je compare le coin du sommet. â Et D2 ? â Il ne va pas. â Et C3 et E2 ? â Ils vont ensemble. â Et C2 et C3 ? â Celui-ci (C3) est plus penchĂ©. â Faut-il toujours regarder le coin du haut ? â On peut regarder de cĂŽtĂ©. â Et C3 et A1 ? â Ils ne vont pas, celui-ci est trop pointu. â Et C1 et A1 ? â Ils vont (il superpose les angles infĂ©rieurs de droite). Non, celui-ci dĂ©passe ».
Stan (7 ; 6), en prĂ©sence de toutes les sĂ©ries mĂȘlĂ©es, prend D3 et C2 : « Ils ne vont pas (il regarde les cĂŽtĂ©s). Celui-ci (D3) nâest pas assez grand et celui-lĂ trop grand. â Et (E3 et F2) ? â Ils ont assez la mĂȘme forme. Il est petit, mais il a la mĂȘme forme que le grand. â Et (C2 et D2) ? â Oui, ils ont la mĂȘme forme (superposition spontanĂ©e). â Et (F2 et D2) vont mieux ou moins bien que (D2 et C2) ? â Ils vont mieux (F2 D2) â Et (F1 et F2) ? â Pas la mĂȘme grandeur mais la mĂȘme forme. â Et (C2 et B1). â Non, celui-lĂ (B1) est moins pointu et plus large que lâautre. â (D1 et B1) ? â Oui, la mĂȘme chose. â Et avec (E2) ? â Non, il est trop large (il met ensemble A1 ; A2 ; A3 ; A4 ; A5 et rejette D3). â Comment regardes-tu ? â Je regarde la forme pointue. â Quâest-ce que tu mesures ? â Ăa (il mesure les angles par superposition). â Et (E1 et E4), ça va ? â Non (juste). â Et (C2 et C3) ? â Pas bien. Celui-lĂ (C3) est plus large en bas (juste). â Et (B1 et B2) ? â Celui-lĂ (B2) est plus petit, mais il a la mĂȘme forme. â (D2 et B2) vont-ils aussi bien que (B1 et B2) ? â Pas tout Ă fait. Celui-lĂ (D2) est moins pointu ». Il continue ainsi et compare F5 et F7. « Oui, ça va parce que les trois coins sont les mĂȘmes. â Et (F5 et F9) ? â Non, celui-lĂ (F9) est penchĂ©. Il faut quâils soient les coins la mĂȘme chose ».
Vui (8 ; 0) : « (A1 et B3) ? â Le premier est trĂšs grand en hauteur et le second petit au sommet (= obtus). â Et (F6) Ă la mĂȘme forme que (F1) ? â Il est plus petit. â Mais il a la mĂȘme forme ? â Oui. Celui-lĂ (F4) aussi. » Il prend ensuite A2 quâil place entre A1 et A3 et vĂ©rifie les similitudes par superposition, puis essaie C1 quâil rejette « parce quâil est de la mĂȘme hauteur, mais il est plus large », etc.
Ger (8 ; 9) : « (E5 et F4) ? â Oui, ils ont la mĂȘme forme. â Pourquoi ? â Ils sont la mĂȘme chose pointus. â Et (B3 avec A2) ? â Non, la longueur (base) et la hauteur sont diffĂ©rentes. â Tu peux faire des familles avec ces figures ? â Oui (il associe les B, puis les A entre eux auxquels il adjoint D3 quâil rejette, puis C1 quâil superpose spontanĂ©ment Ă A1, etc.).
Sche (9 ; 3) fait la sĂ©rie des F, puis la sĂ©rie des B : « Je vois quâils ont la mĂȘme forme. â Pourquoi ? â Il faut quâils soient la mĂȘme chose pointus. â Et (D1) va avec ceux-lĂ Â ? â Non, il nâest pas penchĂ© la mĂȘme chose. â Et (C2 et C3) ? â Non, il faut garder la distance. â Quelle distance ? â (Il montre lâintervalle entre les cĂŽtĂ©s). â Quâest-ce qui doit ĂȘtre pareil pour que la forme soit la mĂȘme ? â Les coins ». « Et pourquoi (Al et A2) sont pareils ? â Parce quâils sont en triangle. â Quâest-ce que ça veut dire ? â La mĂȘme chose penchĂ©s des deux cĂŽtĂ©s (= isocĂšle) ».
On voit que chacun de ces sujets parvient effectivement Ă comparer les angles comme tels, indĂ©pendamment de la longueur des cĂŽtĂ©s. La question est alors de dĂ©terminer par quelle mĂ©thode ils y parviennent, puisque la durĂ©e et la complexitĂ© de lâĂ©volution qui conduit Ă ce rĂ©sultat montrent assez que, sur le seul terrain de la similitude et indĂ©pendamment de la question de la mesure mĂȘme des angles (sur laquelle nous reviendrons dans un second ouvrage), la notion dâangle nâest nullement le produit dâune aperception simple.
Chez Ben, câest le procĂ©dĂ© de la superposition, dĂ©couvert spontanĂ©ment dĂšs le dĂ©but, qui oriente lâanalyse : il dĂ©couvre alors, lorsque deux triangles sont placĂ©s lâun sur lâautre, soit que les coins dĂ©passent, soit que les inclinaisons ne sont pas pareilles, et, tout en demeurant tentĂ© Ă plusieurs reprises de mesurer simplement la longueur des cĂŽtĂ©s, il en vient alors Ă comparer les « coins » eux-mĂȘmes. Stan part de la longueur des cĂŽtĂ©s, comme au stade II, puis il dĂ©couvre la similitude des « formes » : lâintĂ©rĂȘt de sa rĂ©action est quâil tient alors compte simultanĂ©ment du caractĂšre plus ou moins « pointu » du sommet et de la largeur des bases, ce qui revient, sous une forme encore implicite, Ă souligner la nĂ©cessitĂ© dâune correspondance co-univoque, puisque les largeurs croissantes des intervalles compris entre les cĂŽtĂ©s sont ainsi mises en correspondance les unes avec les autres, jusquâĂ la base inclusivement (laquelle constitue la derniĂšre de ces lignes parallĂšles dâintervalles). Ainsi en arrive-t-il Ă la comparaison simultanĂ©e des « trois coins » respectifs des couples de triangles semblables, et, par le fait mĂȘme, Ă formuler que lâun des deux « est plus petit, mais a la mĂȘme forme » que lâautre. Vui suit une mĂ©thode analogue : câest dâabord la comparaison des angles du sommet qui lâoriente, puis sa mise en relation avec la base, dâoĂč le rapport « il est de la mĂȘme hauteur, mais il est plus large » ce qui est lâexpression dâune correspondance co-univoque. Ger, Ă©galement, part de la notion du pointu pour aboutir Ă ce mĂȘme rapport entre les longueurs (= largeur de la base et la hauteur). Sche, aprĂšs avoir dĂ©butĂ© par la comparaison des inclinaisons, en arrive Ă dire explicitement quâ« il faut garder la distance » câest-Ă -dire la largeur du triangle (ou intervalle entre ses cĂŽtĂ©s), considĂ©rĂ©e en un point dĂ©terminĂ© de sa hauteur, ce qui est lâexpression mĂȘme de la correspondance co-univoque.
On constate donc que tous ces sujets, sauf le cas intermĂ©diaire Ben, qui se borne Ă parler des coins eux-mĂȘmes, cherchent Ă exprimer la similitude des triangles superposĂ©s par la correspondance co-univoque entre les largeurs successives de lâangle Ă partir du sommet, câest-Ă -dire, en fait, par le caractĂšre plus ou moins « pointu » de ce sommet mis en relation avec la largeur de la base, ou par le rapport entre la hauteur du triangle et sa base. Câest cette mise en relation dâensemble qui oppose ce stade au prĂ©cĂ©dent et qui caractĂ©rise la dĂ©couverte de lâangle.
Quant au sous-stade III B, il marque lâĂ©tat dâĂ©quilibre auquel parviennent les rĂ©actions qui demeurent encore fluides et graduelles au cours du sous-stade III A. Ă comparer les rĂ©sultats de cette technique II (recouvrement) et de la technique I (triangles emboĂźtĂ©s), on peut donc dire que la similitude des triangles par Ă©galisation des angles nâest acquise sous sa forme stable quâau niveau III B, tandis que la mĂȘme similitude par mise en parallĂšle des cĂŽtĂ©s lâest dĂ©jĂ au niveau III A, câest-Ă -dire Ă un niveau ou lâĂ©galitĂ© des angles est simplement dĂ©couverte.
Voici des exemples de ce sous-stade III B :
Aug (9 ; 3) compare A1 et A2 en superposant les angles infĂ©rieurs de droite et en vĂ©rifiant le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s de gauche : « Il est plus petit mais il a la mĂȘme forme ». Il rĂ©unit ensuite tous les A en superposant les angles du sommet et de lâun des cĂŽtĂ©s infĂ©rieurs. Il compare de mĂȘme les F en contrĂŽlant lâĂ©galitĂ© de lâun des angles et le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s : « Tous les coins doivent aller ensemble ? â Oui. â Il faut mesurer les trois ? â Un ou deux ça suffit. â Et (F5 et F8) ? â Ils vont ensemble. â Combien de coins as-tu regardĂ©s ? â Il faut mesurer deux coins. â Et le troisiĂšme ? Pas forcĂ©ment. â Pourquoi pas ? â Si je mesure celui-ci et celui-lĂ , ça va ».
Bad (9 ; 10) : « (F5 et F4) vont-ils ensemble ? â Oui, mais lâun est plus grand que lâautre. â Comment peut-on voir exactement ? â (Il commence par appliquer la base de F4 contre un cĂŽtĂ© de F5 puis il superpose les deux triangles en faisant coĂŻncider leurs bases sur une partie de leurs longueurs et constate le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s) â Et (F4 et F9) vont ? â Non, pas du tout. â Et (A2 et A3) ? â (Il les superpose par le haut). La pointe est pareille. â Les autres coins le seront aussi ? â Oui. â Et (Al et Cl) ? â (Il superpose les angles du sommet). Non, ils ne vont pas. â Pourquoi ? â Ăa câest plus large que lĂ (= leurs bases ne sont pas parallĂšles) ».
Bol (10 ; 0) associe B1 et B2, puis les quatre premiers A, puis compare les angles du sommet de D3 et C1 et les sĂ©pare. Il associe ensuite les cinq premiers F en les superposant deux Ă deux. Il sĂ©pare D3 et C2 aprĂšs la superposition dâun angle et refait la sĂ©rie A en contrĂŽlant lâangle infĂ©rieur droit : « Il faut mesurer plusieurs angles ? â Il faut mesurer les trois, tout ce quâon peut ».
Rom (10 ; 0) au contraire, aprĂšs avoir associĂ© les A puis les F, dit « Il faut mesurer deux angles. â Et avec ceux-lĂ (Ă©quilatĂ©raux) ? â Un suffit ».
Dob (10 ; 7) classe dâabord Ă vue puis compare les angles supĂ©rieurs de D2 et D3 et dit : « Ils ne vont pas. â Pourquoi ? â Ils ne penchent pas la mĂȘme chose. (Puis il prend deux F et fait coĂŻncider les angles supĂ©rieurs en constatant le parallĂ©lisme des bases). Oui, ça va : cette bande (lâintervalle entre les deux bases quand les sommets coĂŻncident) est partout la mĂȘme chose (= de hauteur Ă©gale). Il faut avoir un angle Ă©gal et une bande Ă©gale ». Il gĂ©nĂ©ralise alors ce procĂ©dĂ© Ă tous les couples. « Il faut mesurer combien dâangles pour dire que ça va ? â Un. â Et (F5 et F9, ce dernier non isocĂšle) ? â Mais en bas ce nâest pas parallĂšle (= les bases de F5 et de F9 si leurs sommets coĂŻncident) ».
Vair (10 ; 9) part Ă©galement de la superposition des angles supĂ©rieurs pour vĂ©rifier la similitude. « Et (C2 et F7) ? â Non, parce que les deux cĂŽtĂ©s ça ne part pas la mĂȘme chose ». MĂȘme rĂ©action en rapprochant deux A « parce que les cĂŽtĂ©s vont la mĂȘme chose. â Et (F5 et F9) ? â Oui, câest la mĂȘme famille. (Il superpose les sommets, tous deux de 60° et constate lâabsence de parallĂ©lisme des bases). Non ce nâest pas pareil. â OĂč voit-on que deux triangles ont la mĂȘme forme ? â Aux trois angles. â Il faut les mesurer les trois ? â Oui, les trois ».
Hir (10 ; 11), par contre dit de A2 et A3 : « Ăa sâamincit de la mĂȘme maniĂšre et ici câest parallĂšle (les bases, avec sommets superposĂ©s). â En regardant les angles, combien faut-il en mesurer ? â Trois, non deux, parce que le troisiĂšme est forcĂ©ment Ă©gal ».
La diffĂ©rence entre ces rĂ©actions du sous-stade III B et celles du sous-stade III A est celle qui oppose un Ă©tat dâĂ©quilibre Ă lâĂ©tat qui le prĂ©pare : au lieu de grouper progressivement les rapports qui constituent les angles et qui les relient entre eux, le sujet sâattache presque immĂ©diatement au rĂ©sultat de cette systĂ©matisation, câest-Ă -dire Ă la comparaison des angles comme tels. Certains dĂ©couvrent mĂȘme (Aug, Rom, Hir) quâil suffit dâen comparer deux, le troisiĂšme Ă©tant alors « forcĂ©ment Ă©gal ».
Quant Ă la maniĂšre dont ces sujets construisent simultanĂ©ment la notion de lâangle et la similitude de deux triangles en fonction de lâĂ©galitĂ© des angles, les rĂ©actions de ce sous-stade III B confirment ce que nous ont fait entrevoir celles du niveau III A. Le procĂ©dĂ© le plus simple consiste Ă constater que les cĂŽtĂ©s des angles comparĂ©s par superposition coĂŻncident lâun avec lâautre. Or, Bad nous montre la parentĂ© entre cette opĂ©ration et la mise en parallĂšle des cĂŽtĂ©s : il vĂ©rifie dâabord la similitude de F4 et de F5 en faisant coĂŻncider la base de lâun avec une partie de celle de lâautre et en sâassurant du parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s ; mais dâautre part, il Ă©tablit la non-similitude de A1 et de C1 en faisant coĂŻncider leurs sommets et en constatant le non-parallĂ©lisme de leurs bases, ce qui revient Ă fusionner en un seul tout opĂ©ratoire les notions dâĂ©galitĂ© des angles et des parallĂ©lismes des cĂŽtĂ©s, mais en Ă©tendant celui-ci aux cĂŽtĂ©s opposĂ©s Ă lâangle mesurĂ©. Dob, qui dĂ©couvre le mĂȘme procĂ©dĂ©, en partant Ă©galement des notions de la coĂŻncidence des cĂŽtĂ©s de deux angles superposĂ©s, Ă©nonce alors explicitement cette proposition que deux triangles sont semblables lorsquâils ont un mĂȘme angle et que les cĂŽtĂ©s opposĂ©s Ă cet angle sont parallĂšles : « il faut avoir un angle Ă©gal et une bande Ă©gale », cette bande Ă©tant celle qui sĂ©pare les deux cĂŽtĂ©s opposĂ©s parallĂšles. Sans connaĂźtre le thĂ©orĂšme dit de ThalĂšs, ni lâusage qui a Ă©tĂ© fait par les gĂ©omĂštres pour dĂ©finir la proportionnalitĂ© en Ă©vitant de recourir aux rapports numĂ©riques, ces sujets appuient donc leur notion de la similitude des triangles sur une construction trĂšs voisine, enveloppant une intuition naissante de la proportionnalitĂ© des cĂŽtĂ©s, et dont il sâagit maintenant de dĂ©gager le mĂ©canisme opĂ©ratoire.
La dĂ©couverte de lâenfant est que, si les cĂŽtĂ©s A1 et A2 des premiers triangles dĂ©terminent lâexistence dâune base A, les cĂŽtĂ©s B1 (= A1 + Aâ1 oĂč Aâ1 est la diffĂ©rence entre A1 et Bâ1) et B2 (= A2 + Aâ2 oĂč Aâ2 est la diffĂ©rence entre A2 et B2) du second triangle dĂ©terminent lâexistence dâune base B parallĂšle Ă Â A si le second triangle est semblable au premier. Mais, pour comprendre cet ensemble de rapports, il faut bien quâil saisisse que les segments Aâ1 et Aâ2 sont dans le prolongement de A1 et de A2, autrement dit quâil existe une relation nĂ©cessaire entre les inclinaisons Ă©gales de A1 et de B1, de A2 et de B2 et le parallĂ©lisme des bases. Il sâagit donc de grouper les rapports qualitatifs dâinclinaison et de parallĂ©lisme en jeu dans cette construction, de façon Ă comprendre que, si les cĂŽtĂ©s de lâangle (du sommet du triangle) conservent leur inclinaison, ils dĂ©terminent par le fait mĂȘme lâaccroissement rĂ©gulier des intervalles compris entre eux : ces intervalles peuvent alors ĂȘtre reprĂ©sentĂ©s sous la forme de droites de longueur croissante, parallĂšles les unes aux autres, et dont chacune constitue la base dâun nouveau triangle semblable aux prĂ©cĂ©dents (et les emboĂźtant). La construction en question conduit ainsi Ă concevoir une proportionnalitĂ© entre Aâ1 et Aâ2 ou entre Aâ1 et A2 ainsi quâentre Aâ2 et A2 ce qui est prĂ©cisĂ©ment lâĂ©noncĂ© du thĂ©orĂšme de ThalĂšs), mais ces proportions sont senties bien avant dâĂȘtre exprimables en apports numĂ©riques. Câest cette anticipation qualitative des proportions que nous avons constatĂ©e chez les sujets du niveau III B, au § 3 de ce chapitre (voir Gui et Ray ; le double rapport est mĂȘme dĂ©jĂ aperçu par Ino au niveau III A).
La comprĂ©hension de ces rapports tĂ©moigne donc assurĂ©ment de lâintervention dâun « groupement » dâensemble 11, qui prĂ©cĂšde toute mĂ©trique et mĂȘme toute quantification extensive. Sous sa forme simplement logique ou intensive, il nâest autre que le groupement multiplicatif des correspondances co-univoques 12 : âA1 Ăâ A2 = âA et âB1 Ăâ B2 = âB ; dâoĂč si A1 est une partie de B1 et si A2 est la partie correspondante de B2, il y a correspondance entre les diffĂ©rences Aâ1 (= B1 â A1) et Aâ2 (B2 â A2) : la relation symĂ©trique dâintervalle B est alors Ă Â B1 et Ă Â B2 comme A est Ă Â A1 et Ă Â A2, ce qui constitue le schĂ©ma logique dâoĂč procĂšdent les similitudes. Mais il intervient tĂŽt ou tard une quantification extensive de ces correspondances co-univoques : câest elle qui permet Ă la correspondance de se conserver au cours de lâĂ©cartement progressif des cĂŽtĂ©s de lâangle et qui la transforme alors en proportionnalitĂ© proprement dite, laquelle est une notion mathĂ©matique et non plus simplement logique.
Mais quand la similitude ainsi fondĂ©e sur lâĂ©galitĂ© des angles autant que sur le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s non coĂŻncidant entre eux, se prolongera-t-elle en proportionnalitĂ© mĂ©trique ? Sous sa forme extensive la notion de proportions est dĂ©jĂ prĂ©sente dans la construction dont nous venons de parler. Sous sa forme mĂ©trique, elle se dessine Ă©galement au prĂ©sent niveau pour ce qui est des cas simples (voir § 3), mais ce nâest quâau stade IV quâelle se gĂ©nĂ©ralisera 13. Câest ce que nous allons constater au cours de la section II.
Section II. â La similitude des rectanglesđ
Lâanalyse des rapports Ă©tablis par lâenfant entre les triangles nous a surtout permis de remplir la premiĂšre partie de notre programme, câest-Ă -dire dâĂ©tudier comment le sujet, parvenu au niveau III A Ă la possession de la notion de parallĂšles, dĂ©couvre dâabord la similitude des triangles fondĂ©es sur le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s, puis procĂšde de ce parallĂ©lisme Ă lâĂ©galitĂ© des angles et finalement aux proportions. Une recherche correspondante peut ĂȘtre conduite en ce qui concerne les rectangles semblables et nous allons nous y livrer. Mais cette seconde section servira moins Ă confirmer ce qui prĂ©cĂšde quâĂ remplir la seconde partie du programme annoncĂ© au dĂ©but de ce chapitre : lâĂ©tude des relations entre la « transposition perceptive » et la similitude opĂ©ratoire.
En soumettant les sujets interrogĂ©s sur les triangles emboĂźtĂ©s (§ 2 et 3) Ă des Ă©preuves perceptives aussi bien que graphiques, nous avons dĂ©jĂ constatĂ©, il est vrai, une certaine corrĂ©lation entre les jugements perceptifs des enfants et leur construction graphique. Mais quelle est la nature de cette corrĂ©lation ? Est-ce le progrĂšs de la transposition perceptive qui commande celui de la comprĂ©hension intellectuelle de la similitude, ou lâinverse, ou encore les deux dĂ©veloppements sont-ils simplement indĂ©pendants ? Il vaut la peine, pour trancher cette question, dâĂ©tudier la similitude des rectangles eux-mĂȘmes, car elle est Ă la fois plus simple que celle des triangles, puisque tous les angles de la figure sont droits, et plus complexe, puisquâil sâagit alors de juger des rapports de longueur et de largeur sans pouvoir sâappuyer sur la transformation des angles. Il est vrai que nous avons dĂ©jĂ rĂ©uni quelques matĂ©riaux concernant les rectangles emboĂźtĂ©s et les avons consignĂ©s dans la section I en les discutant en mĂȘme temps que les rĂ©sultats obtenus sur les triangles emboĂźtĂ©s. Mais le problĂšme dont il va sâagir maintenant est plus gĂ©nĂ©ral et concerne les rectangles sĂ©parĂ©s et non plus emboĂźtĂ©s : câest de la comparaison entre ces nouveaux matĂ©riaux et lâensemble des prĂ©cĂ©dents que nous espĂ©rons tirer la solution de la question des rapports entre la transposition perceptive et la similitude opĂ©ratoire.
§ 6. La technique et les rĂ©sultats gĂ©nĂ©rauxđ
La technique adoptée a été la plus simple possible et a porté sur les deux points suivants :
1. Comparaison perceptive. On prĂ©sente sur des feuilles blanches sĂ©parĂ©es (toutes de mĂȘme grandeur : format cahier dâĂ©colier) un rectangle modĂšle de 1,5 cm de largeur et de 3 cm de longueur (couchĂ© horizontalement) et des rectangles agrandis (Ă©galement couchĂ©s, dont la largeur demeure constante (4 cm), mais dont la longueur varie de 6 Ă 15 cm. On prĂ©sente toujours deux feuilles simultanĂ©ment : le modĂšle de 1,5 Ă 3 cm et un rectangle agrandi (sans suivre dâordre rĂ©gulier et en procĂ©dant par une mĂ©thode concentrique en procĂ©dant des extrĂȘmes aux termes moyens jugĂ©s semblables par le sujet). On demande simplement si le grand « ressemble » oui ou non (et plus ou moins) au petit et surtout sâil « a la mĂȘme forme en plus grand ». Pour les plus jeunes sujets on demande « lequel est le papa du petit » et lui ressemble le plus? Pour mieux faire comprendre la consigne on peut se servir dâune loupe qui agrandit une figure donnĂ©e sans en changer la forme. Il sâagit surtout dâĂ©viter, dans la consigne, lâidĂ©e dâune augmentation unidimensionnelle tout en ne suggĂ©rant pas verbalement que lâaugmentation doit porter sur les deux dimensions Ă la fois. On se heurte sur ce point Ă une grande difficultĂ© chez les petits enfants, mais instructive en elle-mĂȘme. Nous avons souvent prĂ©sentĂ©, Ă cet Ă©gard, pour faciliter au sujet lâanalyse des cĂŽtĂ©s, des figures formĂ©es de deux lignes seulement, se coupant Ă angle droit (â), de mĂȘmes dimensions que les rectangles. Nous les appellerons des « demi-rectangles ». Mais, mĂȘme si lâenfant ne paraĂźt pas toujours comprendre la question de la similitude comme telle, il y a avantage Ă en rester Ă des formules assez souples, dont la comprĂ©hension progressive avec lâĂąge constitue dĂ©jĂ Ă elle seule un indice.
On note en chaque cas le seuil (calculĂ© en cm) et les erreurs calculĂ©es en cm sur la longueur proportionnelle de 8 cm : erreur positive si lâestimation de lâenfant dĂ©passe 8 cm et nĂ©gative dans le cas inverse.
2. Construction graphique. On prĂ©sente le mĂȘme modĂšle de 1,5 Ă 3 cm et on fait dessiner sur une autre feuille le mĂȘme rectangle (= « boĂźte », « carré », etc. selon la terminologie, mĂȘme inexacte de lâenfant) en plus grand. On peut demander lâagrandissement sans proposer de base (câest-Ă -dire de longueur) fixe, ou avec une base assignĂ©e dâavance (double, triple ou rapport quelconque).
Il nous est, en outre, souvent arrivĂ© de donner, Ă titre dâintroduction Ă ces deux questions, des grands et petits losanges Ă classer par couples dâun petit et dâun grand dâaprĂšs leurs ressemblances de forme, les uns de largeur voisine de la hauteur et les autres trĂšs hauts et trĂšs Ă©troits (ou lâinverse). Lorsque les diffĂ©rences de formes sont suffisantes, le classement est facile Ă tout Ăąge et fait bien comprendre aux sujets la question de similitude. Nous nous sommes demandĂ©, dans la suite, si la similitude des losanges de dimensions diffĂ©rentes Ă©tait plus aisĂ©e Ă trouver que celle des rectangles et nous avons fait quelques expĂ©riences systĂ©matiques Ă cet Ă©gard. Mais, pour ne pas allonger, nous nâen parlerons quâen passant.
Les rĂ©sultats obtenus se sont rĂ©vĂ©lĂ©s instructifs quant Ă la rĂ©action perceptive aux modĂšles tout dessinĂ©s et la conduite intelligente consistant Ă agrandir un modĂšle donnĂ©. Mais il faut dâemblĂ©e prĂ©ciser quâen ces deux comportements on trouve, Ă la fois, de la perception et de lâintelligence. Le problĂšme des rapports entre la perception des proportions et leur reconstruction opĂ©ratoire ne saurait donc ĂȘtre rĂ©solu simplement comme si le choix des figures dessinĂ©es exprimait de façon pure et exclusive la capacitĂ© perceptive du sujet, et comme si sa construction graphique exprimait sans plus sa comprĂ©hension intelligente. Il faut simplement dire que, en la premiĂšre de ces deux conduites, le facteur perceptif lâemporte Ă des degrĂ©s divers et quâen la seconde lâintelligence prĂ©domine, mais aussi Ă des degrĂ©s divers.
Lorsque lâon fait sur lâenfant une expĂ©rience de pure perception, telle que dâĂ©valuer des grandeurs, le sujet traduit assurĂ©ment sa rĂ©action perceptive par des mots ou des concepts, mais tous deux expriment assez fidĂšlement la perception elle-mĂȘme, car les mots « plus grand » ou « plus petit » ont Ă peu prĂšs le mĂȘme sens pour lâexpĂ©rimentateur et pour lâenfant (le jugement dâĂ©galitĂ© « la mĂȘme chose » est dĂ©jĂ plus sujet Ă caution). Au contraire, lorsquâon prĂ©sence de deux figures comparables, lâenfant dit « Câest la mĂȘme forme » ou « Ăa va », etc., il ne traduit pas seulement sa perception par un jugement, mais il porte dĂ©jĂ un jugement sur sa perception, et qui la dĂ©passe bien davantage que dans le cas prĂ©cĂ©dent : en effet, le concept de « mĂȘme forme » constitue dĂ©jĂ une interprĂ©tation complexe de la perception brute, donc un acte dâintelligence susceptible de variations dans la signification, beaucoup plus grandes avec lâĂąge.
Cependant il est clair que, dans le choix Ă effectuer parmi les dessins tout prĂ©parĂ©s, la perception dirige lâintelligence, bien que celle-ci interprĂšte donc celle-lĂ selon une traduction libre et non pas littĂ©rale. Nous dirons alors quâil y a jugement perceptif. Au contraire, dans le cas du dessin Ă construire en se servant des procĂ©dĂ©s de mesure ou de comparaison jugĂ©s propres Ă conserver la forme au cours de lâagrandissement, câest lâintelligence qui dirige et utilise Ă son grĂ© la perception. Il y a donc construction intellectuelle. Câest le rapport entre le jugement perceptif et la construction intellectuelle que les faits Ă©tudiĂ©s vont nous fournir Ă lâĂ©tat brut et câest de ce rapport quâil sâagira de tirer la relation entre la perception et lâintelligence, Ă©tant entendu que cette relation intervient sous des formes diffĂ©rentes, mais dans lâune et lâautre des deux situations analysĂ©es.
Cela dit, les stades observĂ©s ont Ă©tĂ© au nombre de trois (en omettant Ă nouveau le stade I au cours duquel lâexpĂ©rience nâest pas encore possible), caractĂ©risĂ©s par trois formes distinctes dâinteraction entre le jugement perceptif et la construction intellectuelle.
Au cours du stade II, il y a Ă©quivalence de rĂ©action entre les jugements perceptifs et les constructions intellectuelles ou graphiques : en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, chez les sujets de ce niveau, plus est allongĂ© le grand rectangle prĂ©sentĂ© comme variable, et plus il est considĂ©rĂ© comme correspondant au petit modĂšle constant. En dâautres termes, lâerreur positive calculĂ©e sur la longueur du rectangle, prĂ©domine notablement sur lâerreur nĂ©gative : lâenfant juge que la figure constitue dâautant plus un rectangle quâelle est plus allongĂ©e. Il y a ainsi transposition, pour ainsi dire corrigĂ©e, de la forme dâensemble, et non pas transposition exacte des rapports dimensionnels, ce qui va de pair avec une perception encore syncrĂ©tique ou globale, lâanalyse demeurant incomplĂšte et ne portant que sur une seule dimension privilĂ©giĂ©e : la longueur 14. Quant aux raisonnements intervenant dans les constructions de ce stade II, lâenfant cherche aussi ordinairement Ă reproduire ce que, pour lui, signifie un rectangle, câest-Ă -dire un carrĂ© allongĂ©. Son dessin exagĂšre donc la longueur du rectangle Ă agrandir et, lorsquâon le met en prĂ©sence du rectangle Ă dimensions proportionnelles Ă celles du modĂšle, il demande Ă retrancher de sa largeur (disposĂ©e en hauteur). Il nâexiste naturellement aucun besoin spontanĂ© de mesure, et la mesure provoquĂ©e Ă©choue entiĂšrement. La notion mĂȘme de proportionnalitĂ© semble dĂ©nuĂ©e de signification pour le sujet, qui a beaucoup de peine Ă comprendre la consigne, tout en sachant fort bien trier les losanges suffisamment diffĂ©rents les uns des autres.
Le stade III dĂ©bute avec les essais spontanĂ©s de mesure, câest-Ă -dire vers 7-8 ans. Mais, chose intĂ©ressante et Ă©videmment due aux difficultĂ©s particuliĂšres de la proportionnalitĂ©, le jugement perceptif est, durant ce stade, en avance sur la construction graphique et semble orienter celle-ci ou du moins lui servir de point dâappui le plus sĂ»r (ce qui ne signifie pas, rĂ©pĂ©tons-le, quâil sâagisse dâune action simple de la perception sur lâintelligence). On constate, en effet, dans les jugements perceptifs, que les erreurs nĂ©gatives (calculĂ©es sur la longueur) deviennent aussi frĂ©quentes que les positives, ou du moins acquiĂšrent une importance notable. Autrement dit, il se constitue un systĂšme de rĂ©gulations concernant les rapports dimensionnels et non plus seulement la forme qualitative gĂ©nĂ©rale, la centration dâabord exclusive sur la longueur Ă©tant tempĂ©rĂ©e par une dĂ©centration relative Ă la largeur. On peut distinguer dâailleurs, dans les grandes lignes, deux sous-stades, qui sont affaire de degrĂ© plus que dâopposition tranchĂ©e, mais dont les extrĂȘmes sont bien diffĂ©rents : au cours dâun sous-stade III A, il y aurait centration alternative sur la longueur et la largeur, et par consĂ©quent dĂ©centration ou rĂ©gulation inconsciente, tandis quâil y aurait considĂ©ration simultanĂ©e des deux dimensions et par consĂ©quent mise en relation intentionnelle. Quant au raisonnement intervenant dans les constructions graphiques, le stade III dĂ©bute donc avec les essais de mesure (Ă noter des cas de transitions, dans lesquels le sujet estime dĂ©jĂ que la mesure serait utile, mais ne sait que mesurer). Seulement cette mesure Ă©choue faute prĂ©cisĂ©ment de comprendre quâil sâagit de proportions et non pas dâaugmentations absolues. Au cours du stade III A il y a toujours exagĂ©ration de la longueur, comme au stade II. Au cours du sous-stade III B, lâaugmentation porte sur les deux cĂŽtĂ©s avec recherche de leurs rapports, mais en gĂ©nĂ©ral avec quantitĂ©s Ă©gales ou voisines ajoutĂ©es selon les deux dimensions (par exemple 2 cm en plus en largeur et en longueur). En ce cas lâenfant corrige ensuite son dessin dâaprĂšs les impressions perceptives, avec conflit entre le jugement perceptif et les mĂ©thodes de calcul. Seules les proportions simples (de rapport 1 Ă Â 2) donnent des rĂ©sultats corrects.
Au cours du stade IV enfin, il y a renversement des influences entre le jugement perceptif et le raisonnement constructif, ce dernier se libérant du premier et parvenant à une compréhension de la proportionnalité qui rejaillit sur lui.
§ 7. Le stade II (4-5 Ă 7-8 ans) : comparaisons globales avec exagĂ©ration de la longueurđ
Le stade II est donc caractĂ©risĂ© par des rĂ©actions semblables dans les domaines du jugement perceptif et du raisonnement constructif : transposition de la forme qualitative gĂ©nĂ©rale et non pas des rapports dimensionnels et accent portĂ© presque exclusivement sur les longueurs (nous avons vĂ©rifiĂ© quâil en est de mĂȘme lorsque le rectangle est prĂ©sentĂ© verticalement) :
Gen (5 ; 1) regarde la sĂ©rie des grands et des petits losanges mĂ©langĂ©s : « Ils sont tous mĂ©langĂ©s. Tu vas mettre ensemble un grand et un petit chaque fois, mais qui soient pareils. â (Il construit des couples de grands et de petits quelconques). â Tu peux faire mieux (on les mĂ©lange Ă nouveau) ? â (Gen place sans erreur aucune chaque grand en regard du petit correspondant). â Pourquoi tu les mets comme ça ? â Parce quâils ont la mĂȘme forme ».
Le rectangle modĂšle (1,5 Ă 3 cm) est placĂ© sur la table. On prĂ©sente lâagrandissement 4 Ă 6 : « Câest la mĂȘme forme ? â Non, ça ne va pas. Câest pas la mĂȘme forme. â Et ça (4 Ă 12) ? â Câest un peu la mĂȘme forme, mais câest plus grand. â Et (4 Ă 7)? â Câest presque carrĂ©, alors câest pas du tout la mĂȘme forme. â (4 Ă 11) ? â Ăa va un peu. â Pas tout Ă fait ? â (Gen regarde le modĂšle qui demeure naturellement prĂ©sent). Non pas tout Ă fait. â Pourquoi ? Il doit ĂȘtre un peu comme ça (il montre 4 Ă 12). â Et ça (4 Ă 20), ça irait ? â Oui ».
On prĂ©sente alors le modĂšle du « demi-rectangle » Ă deux cĂŽtĂ©s de 1,5 et 3 cm de longueurs : « Câest la mĂȘme forme ça (4 Ă 6 cm) ? â Non, câest plus haut (dĂ©signe le petit cĂŽtĂ©). â Et ça (4 Ă 10) ? â Il irait un peu. Câest un peu beaucoup, ça (dĂ©signe Ă nouveau le petit cĂŽtĂ© et enlĂšve la moitiĂ© de sa hauteur). Comme ça (2 Ă 10) mais ce serait encore plus grand que sur le modĂšle (2 > 1,5). â Et ça (4 Ă 17) ? â Il irait un peu mais il est plus grand encore (il montre de nouveau le petit cĂŽtĂ©). Câest la mĂȘme forme, qui irait bien. â (4 Ă 9) ? â Non, lĂ câest plus haut (il montre le petit cĂŽtĂ© et le ramĂšne Ă environ 2 Ă 9). Comme ça il irait ».
On passe alors aux dessins des rectangles (entiers) : « Dessine-moi un rectangle de la mĂȘme forme que celui-lĂ (1,5 Ă 3) mais plus grand. â (Il dessine 2 Ă 14). Câest un peu trop grand (il corrige en Ă peu prĂšs 1,5 Ă 14 en Ă©galisant donc la largeur avec celle du modĂšle). Maintenant câest assez grand. â Câest juste ? Tout Ă fait la mĂȘme forme ? â Oui, la mĂȘme forme en plus grand ». On donne une base de 7,5 cm : Gen dessine 7,5 x 1,5. « Jâai fait les deux de la mĂȘme grandeur ».
Pie (5 ; 3) fait correspondre les losanges de façon exacte, aprÚs avoir commencé également par une correspondance quelconque.
Pour ce qui est des rectangles, il commence par trouver que les dessins de (4 Ă 6), de (4 Ă 12) et de (4 Ă 7) vont tous « bien ». â Lequel va le mieux de ces deux (4 Ă 8 et 4 Ă 12, le modĂšle de 1,5 Ă 3 Ă©tant toujours prĂ©sent) ? â Celui-lĂ (4 Ă 12) par ce quâil est plus grand. â Et celui-lĂ (4 Ă 4) ? â Non, parce quâil est carrĂ©. Il doit ĂȘtre comme ça (il montre le modĂšle de 1,5 Ă 3). â Et ça (4 Ă 11,5) ? â Il va bien aussi. â Et de ces deux (4 Ă 8 et 4 Ă 10,5) lequel va le mieux ? â Celui-lĂ (4 Ă 10,5), parce quâil est plus long. â Et de (4 Ă 8,5 et 4 Ă 10) ? â Celui-lĂ (4 Ă 10) â Et de (4 Ă 9 et 4 Ă 9,5) ? â Celui-lĂ (4 Ă 9,5). â Pourquoi pas lâautre ? â Parce quâil est trop haut (il montre la largeur de 4 cm !). â Et de (4 Ă 9,5 et 4 Ă 10,5) ? â Celui-lĂ va (10,5). Lâautre est trop haut. â Et de (4 Ă 6 et 4 Ă 8) ? â Celui-lĂ (4 Ă 8) va bien (donc exceptionnellement la juste proportion). Lâautre est trop haut. â Est-ce quâils nâont pas la mĂȘme hauteur ? â Celui-lĂ (4 Ă 8) va mieux. â Et ça (4 Ă 8 et 4 Ă 12) ? â Celui-lĂ (4 Ă 12) va mieux parce quâil est moins haut que celui-ci ».
Demi-rectangles: (4 Ă 8) « va bien » (4 Ă 10) « est trop haut ». Le meilleur paraĂźt Ă Pie celui de (2,5 Ă 8,5) « parce quâil faut quâils soient la mĂȘme chose quâici (1,5 Ă 3) ».
Dessins du rectangle : il commence par des rectangles quelconques, puis, aprĂšs avoir admis que le modĂšle de 1,5 Ă 3 est le « bĂ©bé » et quâil doit dessiner un « papa » de mĂȘme forme, il construit un rectangle de 4,5 Ă 13 avec donc 4 cm de trop en longueur.
Ber (5Â ; 5) classe ses losanges dĂšs le premier essai.
Rectangles : modĂšle de 1,5 Ă 3 et premiĂšre comparaison avec 4 Ă 8 : « Oui, il va bien (mais il aperçoit dans la collection prĂ©parĂ©e le dessin de 4 Ă 12 et dit spontanĂ©ment) : Câest celui-lĂ qui va. â Et çà (4 Ă 8,5) ? â Il ne va pas, il est trop large » mais (4 Ă 11,5) et (4 Ă 10,5) sont « la mĂȘme chose » que le modĂšle. De (4 Ă 10) et de (4 Ă 12), câest le second qui est juste. « Lâautre va aussi un petit peu. Mais il est un peu haut â Et (4 Ă 20) ? â Il va mieux que lâautre (12) ». Demi-rectangles : mĂȘmes rĂ©actions.
Dessins du rectangle : Ber double Ă peu prĂšs la hauteur du modĂšle (1,5) puis construit une longueur dâenviron 17 cm en disant : « On met la mĂȘme grandeur ici (en largeur, donc environ 3 cm) et on fait plus grand ça (la longueur) ».
Mar (6 ; 6) classe correctement les losanges dĂšs le premier essai : « Pourquoi vont-ils ensemble ? â Parce quâils se ressemblent ». Mais, pour un rectangle de (1,5 Ă 3) il prĂ©fĂšre (4 Ă 12) Ă (4 Ă 6 « parce quâil est plus long ». Lâagrandissement proportionnel de (4 Ă 8) « va bien, mais il est un peu court ». Mar accepte jusquâĂ (4 Ă 20) mais au-delà « il serait trop long ».
Son dessin donne (2 Ă 20 : « Câest la mĂȘme chose en plus grand. Câest la mĂȘme grandeur ».
Il est inutile de multiplier ces exemples dont nous avons recueilli des quantitĂ©s entre 5 et 7 ans et parfois jusquâĂ 8 ; 2 et 8 ; 6 (exceptionnellement 9 ; 1). Les rĂ©actions de ce niveau sont, en effet, extrĂȘmement claires : la transposition en jeu dans le jugement perceptif ne porte que sur la forme qualitative du rectangle, par opposition aux rapports dimensionnels, et encore sur une forme conceptualisĂ©e quâil est facile de comprendre Ă lâanalyse. Tout se passe, en effet, comme si lâenfant distinguait deux classes de figures parentes : celle des rectangles, Ă cĂŽtĂ©s nettement inĂ©gaux et celle des carrĂ©s, Ă cĂŽtĂ©s Ă©gaux ou approximativement Ă©gaux. Câest ainsi que Gen refuse les rectangles Ă longueurs trop faibles (4 Ă 7 cm) en disant : « Câest presque carrĂ©, alors câest pas du tout la mĂȘme forme » que le modĂšle de 1,5 Ă 3 cm. Lorsquâil sâagit de transposer ce modĂšle en une figure agrandie, lâenfant semble alors chercher, sous la dĂ©signation verbale de « la mĂȘme forme », une forme qui soit Ă la fois de la mĂȘme classe, câest-Ă -dire rectangulaire et non pas carrĂ©e, mais qui soit en mĂȘme temps « meilleure », du point de vue de lâidĂ©e quâil se fait du rectangle, câest-Ă -dire plus typique quant Ă la diffĂ©rence de la longueur et de la largeur.
Il est donc Ă©vident quâil ne sâagit pas lĂ dâun phĂ©nomĂšne simplement perceptif. Il est vrai que, si nous comparons la similitude des rectangles Ă celle des triangles emboĂźtĂ©s (au cours du prĂ©sent stade II : voir le paragraphe 2 de ce chapitre), les Ă©valuations perceptives de cette similitude des triangles, mĂȘme avec la facilitĂ© en plus que reprĂ©sente lâemboĂźtement du modĂšle Ă©talon dans la variable agrandie, demeurent trĂšs imprĂ©cises au dĂ©but de ce stade et ne sâamĂ©liorent, assez relativement dâailleurs, quâau cours du sous-stade II B. Il est vrai Ă©galement que les rectangles emboĂźtĂ©s (avec ou sans diagonales), Ă©tudiĂ©s en passant au cours du mĂȘme paragraphe 2, donnent lieu Ă des erreurs comparables Ă celles que nous observons ici (sauf quelques cas dâexagĂ©ration de la largeur et non pas de la longueur), et Ă des erreurs qui ne semblent pas diminuer notablement Ă la fin du stade (niveau II B), par opposition aux triangles. Dâautre part, la similitude des rectangles emboĂźtĂ©s et a fortiori sĂ©parĂ©s, prĂ©sente assurĂ©ment cette difficultĂ© particuliĂšre que les angles de tous les rectangles demeurent les mĂȘmes et quâil sâagit donc dâanalyser uniquement les rapports dimensionnels, câest-Ă -dire de comparer une hauteur h1 Ă une longueur l1 et de reporter ce rapport h1/l1 sur deux nouvelles grandeurs h2/l2 de façon Ă obtenir h1/l1 = h2/l2. Il est donc clair quâil intervient aussi, en plus des facteurs dâordre conceptuel, un Ă©lĂ©ment perceptif dans les erreurs observĂ©es, et que, si lâon pouvait dissocier ce phĂ©nomĂšne perceptif de la conceptualisation dont nous venons de parler, il se prĂ©senterait mĂȘme, sans doute, un seuil plus large dâestimation câest-Ă -dire une imprĂ©cision plus grande dans le cas des rectangles que dans celui des triangles. Seulement il est difficile dâadmettre que ce seuil, pour une transposition de rectangle de 1,5 Ă 3 cm sâĂ©tende Ă des fluctuations allant jusquâĂ 3 Ă 20 cm et quelquefois plus. Câest pourquoi nous sommes obligĂ©s dâadmettre que les jugements perceptifs des sujets citĂ©s Ă lâinstant ne relĂšvent pas de la perception seule. Ce quâil faut donc dire, câest que la transposition des rapports dimensionnels Ă©tant malaisĂ©e Ă ce niveau, sur le plan perceptif lui-mĂȘme, elle est complĂ©tĂ©e et mĂȘme en partie remplacĂ©e par une transposition de la forme qualitative seule, et dâune forme conceptualisĂ©e dans le sens indiquĂ© au dĂ©but de cette discussion. On comprend alors la rĂ©action de lâenfant qui cherche Ă agrandir la longueur, mais en oubliant dâaugmenter proportionnellement la largeur.
Il faut dâailleurs noter quâen bien dâautres domaines les transpositions perceptives un peu complexes donnent lieu Ă de grandes difficultĂ©s chez lâenfant. Câest ainsi que la transposition dâune diffĂ©rence de hauteur B â A = D â C, si C = B et que les deux couples dâĂ©lĂ©ments AB et CD sont Ă©loignĂ©s de quelques cm, est Ă peu prĂšs impossible Ă obtenir de lâenfant de 5 ans faute de comprĂ©hension des rapports en jeu. De 6 Ă 8 ans on observe une dĂ©valuation considĂ©rable de la diffĂ©rence au cours de la transposition, lorsque les Ă©talons marquant cette diffĂ©rence (A et B) sont laissĂ©s inchangĂ©s, tandis que si lâon enlĂšve chaque fois les Ă©lĂ©ments A et B pour les remettre tels quels (sans que le sujet sache que ce sont les mĂȘmes), la transposition devient bien meilleure 15. Il y a donc lĂ quelque chose dâanalogue au cas de nos rectangles, en ce sens que lâenfant ne semble pas incapable de transposer perceptivement des rapports dimensionnels (avec des erreurs systĂ©matiques bien plus grandes que lâadulte), mais que ses perceptions sont subordonnĂ©es Ă une activitĂ© perceptive encore mal rĂ©glĂ©e par lâintelligence (parce quâinfluencĂ©e par une classification trop discontinue des rectangles et des carrĂ©s).
Notons encore que ces jugements perceptifs procĂšdent non pas par raisonnements logiques, mais par simples rĂ©gulations : lorsque le sujet exagĂšre la longueur du rectangle (en vertu dâune centration dâailleurs plus intuitive que perceptive, sinon cette longueur serait simplement surestimĂ©e perceptivement et lâerreur serait nĂ©gative), il ne corrige pas cette erreur comme on Ă©limine une faute de raisonnement, en lâannulant ou en lâinversant, mais il la freine en vertu de son exagĂ©ration mĂȘme, comme dans le domaine des illusions purement perceptives : le rectangle trop long (au-delĂ de 15 ou de 20 cm) apparaĂźt en effet par trop mince, et alors il y a rĂ©gulation par compensation partielle.
Il nâest pas Ă©tonnant, dĂšs lors, que le raisonnement constructif intervenant dans le dessin de lâenfant aboutisse au mĂȘme rĂ©sultat. Dâune part, les Ă©lĂ©ments conceptuels intervenant dĂ©jĂ dans le jugement perceptif de lâenfant en dirigeant, de la façon que lâon vient de voir, son activitĂ© perceptive, se manifestent dans la construction graphique elle-mĂȘme sans restrictions et en toute indĂ©pendance. Dâautre part, le dessin une fois construit, son contrĂŽle perceptif obĂ©it aux mĂȘmes lois que le jugement perceptif portĂ© sur les dessins tout faits prĂ©sentĂ©s au cours de la technique prĂ©cĂ©dente. Dans les deux cas lâenfant est donc influencĂ© par ce qui lui paraĂźt ĂȘtre lâexemplaire type du rectangle (distinct du carrĂ© par son allongement mĂȘme), et câest la figure la plus allongĂ©e possible que cherche Ă construire le sujet pour agrandir le modĂšle. Il y a donc la simple rĂ©pĂ©tition en termes de construction intellectuelle, de ce que nous venons de voir en termes de jugements perceptifs (par opposition Ă la perception mĂȘme).
Pour vĂ©rifier que lâexagĂ©ration de la longueur du rectangle, chez les petits, nâĂ©tait pas due Ă une simple erreur perceptive, et que la perception pure, ayant pour effet de surĂ©valuer la longueur des rectangles dans la mesure oĂč ils sont Ă©troits, aboutirait au contraire Ă des dessins qui diminueraient cette longueur (parce que surestimĂ©e dans la vision du dessin mĂȘme), nous avons procĂ©dĂ© aux expĂ©riences de contrĂŽle suivantes. Mlle Prinzhorn a prĂ©sentĂ© Ă 17 enfants de 5 Ă 7 ans, Ă 14 enfants de 9 Ă 11 ans et Ă 10 adultes des rectangles de mĂȘme longueur (6 cm) et de hauteur distincte (1,5 Ă 2,5 cm), ou de mĂȘme hauteur (2 cm) et de longueur distincte (4,5 Ă 7,5 cm), en faisant Ă©valuer la longueur relative des premiers et la hauteur relative des seconds. ConformĂ©ment aux effets habituels de contraste, tous les sujets ont vu le rectangle de 1,5 Ă 6 cm plus long que celui de 2,5 Ă 6 cm et ont vu le rectangle de 4,5 Ă 2 cm plus haut que celui de 7,5 Ă 2 cm. Lâerreur est dâautant plus forte en moyenne que le sujet est plus jeune. Dâautre part, plusieurs sujets dâun niveau antĂ©rieur Ă 7 ans ont fort bien perçu le rapport entre les dimensions visuelles : Er (4 ; 6) dit aussi : « Celui-lĂ est plus long, parce quâil est plus mince » et Den (5 ; 6) dĂ©clare « Le plus gros, il nâest pas long et le plus mince est plus long », etc., ce qui ne signifie naturellement pas quâils auraient conservĂ© la conscience de ce rapport en cas de transposition perceptive.
Ces rĂ©sultats montrent ainsi Ă lâĂ©vidence que la perception nâest pas seule en jeu dans lâexagĂ©ration de la longueur des rectangles Ă agrandir, sans quoi lâopposition entre les petits, qui procĂšdent ainsi, et les grands, qui respectent la proportionnalitĂ©, se marquerait par des rĂ©actions perceptives diffĂ©rentes dans lâestimation des figures de dimensions voisines. Ce quâil faut simplement dire, câest que, beaucoup moins aptes Ă la transposition perceptive que les grands, les petits complĂštent lâemploi de ce mĂ©canisme, propre Ă lâ« activitĂ© perceptive », par une construction procĂ©dant au moyen des conceptualisations illusoires (jugement perceptif), dont nous avons dĂ©crit tout Ă lâheure les effets.
LâintĂ©rĂȘt des rĂ©actions de ce stade est donc le synchronisme du niveau de jugement perceptif et du niveau de la construction intellectuelle. En dâautres domaines, comme celui de la mesure spontanĂ©e (voir notre prochain ouvrage sur la GĂ©omĂ©trie spontanĂ©e de lâenfant), la perception est, dĂšs le dĂ©part, en avance sur lâintelligence : elle la dirige mĂȘme, jusquâau moment oĂč se produit un rejaillissement de lâintellect sur lâactivitĂ© perceptive. Dans le prĂ©sent domaine, au contraire, le problĂšme des proportions dimensionnelles exigeant une mise en relations qui nĂ©cessiterait un secours immĂ©diat prĂȘtĂ© par lâintelligence Ă lâactivitĂ© perceptive, les comparaisons directes et les constructions graphiques demeurent au mĂȘme niveau durant ce second stade encore.
Nous avons constatĂ©, Ă cet Ă©gard, que la comparaison perceptive des similitudes ainsi que lâagrandissement graphique Ă©taient un peu plus faciles dans le cas des triangles que dans celui des rectangles : la forme qualitative dâensemble est plus aisĂ©e Ă reconnaĂźtre lorsque les angles et les inclinaisons varient entre trois cĂŽtĂ©s que lorsque, les angles et les inclinaisons demeurant invariants, toute la comparaison porte sur les seuls rapports dimensionnels entre quatre cĂŽtĂ©s Ă©gaux deux Ă deux. La question peut se poser, Ă cet Ă©gard, de comparer les losanges aux rectangles, puisque les losanges prĂ©sentent eux aussi quatre cĂŽtĂ©s Ă©gaux deux Ă deux, mais avec variation des angles et des inclinaisons. Or, nous avons vu que les sujets prĂ©cĂ©dents sont tous capables, dans les Ă©preuves dâintroduction, dâaccoupler un petit et un grand losanges de formes semblables, lorsque lâon choisit des diffĂ©rences trĂšs grandes de couple Ă couple. Par contre, si les diffĂ©rences sont moins accentuĂ©es, et que lâon applique systĂ©matiquement aux losanges les expĂ©riences prĂ©sentĂ©es ici au sujet du rectangle, on dĂ©couvre que ce nâest pas avant le niveau III A que lâenfant est capable de reconnaĂźtre la similitude des losanges, en tenant compte des inclinaisons en jeu (ce qui est en accord avec ce que nous avons vu, au chapitre XI, de la mise en parallĂšle des cĂŽtĂ©s opposĂ©s de cette figure). Le lecteur nous pardonnera sans doute de ne pas insister ici sur cette nouvelle sĂ©rie dâexpĂ©riences possibles, bien que nous les ayons faites Ă titre de contre-Ă©preuve.
§ 8. Le stade III : transpositions intuitives des rapports dimensionnels, mais Ă©chec de la construction graphiqueđ
La proportionnalitĂ© apparaĂźt, au cours de ce stade III, dans le domaine des comparaisons perceptives, pour des raisons quâil sâagira dâanalyser et qui ne tiennent sans doute pas exclusivement Ă la seule perception. Sur le plan de la construction graphique et raisonnĂ©e, par contre, ou bien le sujet exagĂšre encore systĂ©matiquement la longueur des rectangles agrandis (sous-stade III A), ou bien il cherche Ă tenir compte des deux dimensions, mais sans solution correcte sauf en ce qui concerne les rapports simples (1 Ă Â 2), faute de schĂšme multiplicatif (sous stade III B).
Voici des exemples du niveau III A :
Dia (7 ; 3). On prĂ©sente le rectangle modĂšle (1,5 Ă 3 cm) ainsi que lâagrandissement (4 Ă 8 cm) : « Câest tout Ă fait la mĂȘme chose, en plus grand. â Et ça (4 Ă 12) ? â Il va pas. Il est plus long. â (4 Ă 6) ? â Il va. â (9 Ă 7) ? â Il va aussi. â (4 Ă 11) ? â Il est trop grand, trop long. â (4 Ă 8,5) ? â Il va bien. â (4 x 10,5) ? â Il est trop long. â Et ça (4 Ă 9) ? â Il va bien. â Et (4 Ă 10) ? â Un petit peu trop long. â (4 Ă 9,5) ? â Aussi ». Il accepte donc de (4 Ă 6) Ă (4 Ă 9), câest-Ă -dire avec un seuil de 3 cm et une erreur systĂ©matique (mĂ©dian du seuil) nĂ©gative de 0,5 cm, ce qui signifie une erreur perceptive et non plus intuitive due Ă la surestimation usuelle de la longueur. Dans la suite le seuil se resserre encore.
Demi-rectangle : accepte dâabord (4 Ă 10), puis, aprĂšs rĂ©gulations, de (4 Ă 7) Ă (4 Ă 8,5) seulement.
Dessin du rectangle : « Tu vas le dessiner (1,5 Ă 3) en plus grand ? â Oui (il dessine 2,5 Ă 8 cm). â Câest juste ? â Oui. â Tout Ă fait ? â Oui. Je te donne un trait (base de 7 cm). Finis-le. â (Il construit une largeur de 1,5 Ă 2 cm comme celle du modĂšle) ». Sur du papier quadrillĂ©, il compte (6 Ă 21) toujours pour un modĂšle de (1,5 Ă 3). â Pourquoi 6 ? â Comme ça ! â Et pourquoi 21 ? â Comme ça ! â Et si tu avais pris 20 ? â Ăa aurait Ă©tĂ© plus juste, parce que çâaurait Ă©tĂ© plus carrĂ©. â Alors recommence. â (Il construit 6 Ă 12 puis rajoute 2, donc 6 Ă 14). â Pourquoi tu as rajoutĂ© 2 ? â Pour que ce soit plus grand ».
Ere (8 ; 0). Perception : accepte de (4 Ă 6) Ă (4 Ă 8,5) mais refuse au-delĂ .
Dessin : il construit (sans mesure) un rectangle de 3 Ă 8 cm environ. Sur papier quadrillĂ©, il dessine un rectangle de 6 Ă 20. On lui donne une base de 24 carreaux : il en met 4 en hauteur.
Sim (9 ; 7). Perception : il accepte de (4 Ă 7) Ă (4 Ă 9) donc avec un seuil de 2 cm sans erreur systĂ©matique.
Dessin : avec une rĂšgle, mais sans mesures prĂ©cises, il met 3 cm en largeur et 17 en longueur. « Et si on prend comme longueur toute la rĂšgle ? â Il faut mettre plus en hauteur : 4 ou 5 cm, plutĂŽt 4 ».
Ren (10 ; 6). Perception : seuil de 1 cm, sans erreur systématique.
Dessin : il mesure correctement la largeur et la reporte telle quelle, puis allonge la longueur de 3 cm
Voici maintenant des cas du niveau III B :
Mar (7 ; 6). Perception : seuil de 1 compris entre (4 Ă 7,5) et (4 Ă 8,5) ; il refuse tout le reste parce que « trop long » ou « trop haut ».
Dessin : il construit dâabord sans mesurer un rectangle de (5 Ă 11,5), donc en lâallongeant comme au niveau III A. On lui prĂ©sente ensuite un modĂšle de (2 Ă 4) sur papier quadrillé : il compte les carreaux dans les deux dimensions, puis les double et aboutit Ă (4 Ă 8). On lui donne alors un modĂšle de (4 Ă 6) : il donne (6 Ă 8) en disant : « Jâai comptĂ© les carreaux de votre dessin et pour le faire plus grand et juste jâai mis 2 carreaux de plus en haut et de cĂŽtĂ©. â Pourquoi 2 ? â (Il montre que 6 â 4 = 2).
Clau (9 ; 6). Perception : seuil de 1,5 avec lĂ©gĂšre erreur nĂ©gative (â 0,25. Pour la variable de (4 Ă 8) il dit : « Câest la mĂȘme chose en plus grand. Je regarde la hauteur du grand, puis la hauteur du petit puis la longueur du grand et du petit : ça fait la mĂȘme chose en plus grand ».
Dessin : il prend un double-dĂ©cimĂštre et pose 8 cm de base, aprĂšs quoi il hĂ©site entre 3,5 et 4 cm pour la largeur. Il compare plusieurs fois de suite perceptivement avec lâĂ©talon, sans mesurer, et pose 4. Puis il prend conscience : « 4 câest la œ de 8 : ça fait juste ». On donne alors un modĂšle de (1,5 Ă 4) : il mesure et pose (1,5 Ă 8) : Jâai mesurĂ© celui-lĂ , jâai trouvĂ© 4 et puis jâai additionnĂ© 4 + 4. Puis jâai mesurĂ© la hauteur 1,5 et jâai mis ici ». AprĂšs quoi il double aussi la hauteur : « Et maintenant si tu faisais deux fois plus grand que 4 Ă 8) ? â (Il dessine 1,5 Ă 16, en retombant dans la mĂȘme erreur, puis corrige perceptivement).
Ger (9 ; 8). MĂȘmes rĂ©actions perceptives. Dessin (1,5 Ă 3) : « Je veux faire le double en longueur et en hauteur (il fait 3 Ă 6) ». On donne une base de 10 : il mesure la moitiĂ© et donne (5 Ă 10) : « Jâai comptĂ© la moitiĂ© en hauteur, parce quâau modĂšle câest la mĂȘme chose ». Mais pour un modĂšle de (3 Ă 5) il donne aussi une proportion de 1 Ă 2 entre la hauteur et la longueur (5 Ă 10) puis il mesure la diffĂ©rence absolue entre la longueur et la hauteur (5 â 3 = 2) et lâajoute des deux cĂŽtĂ©s, dâoĂč (5 Ă 7). Enfin il corrige perceptivement.
Jem (10 ; 2). Jugement perceptif pas trÚs exact au début, mais contrÎlé ensuite selon les deux dimensions à la fois : « Un peu plus long et un peu plus haut », « moins long mais plus haut », etc., et, pour le demi-rectangle, il arrive à une grande précision (seuil < 0,5).
Dessin : il double (1,5 Ă 3) en (3 Ă 6). « On ne pourrait pas faire autrement ? â Oui, le tripler (il pose 4,5 Ă 9). â Et avec ça (base donnĂ©e de 10) ? â Alors il faut voir ce quâil y a de trop (il prend deux fois la base du modĂšle, donc 6). Mais il y a un reste : il faut quâil soit triple ou quadruple ». Il retombe alors dans le procĂ©dĂ© de lâaddition des parties Ă©gales et ajoute 4 de chaque cĂŽtĂ©.
Ber (10 ; 5). Comparaisons perceptives analogues. Dessin : « Je veux mettre le double (de 1,5 Ă 3 : il pose 3 Ă 6). â On aurait pu le faire plus grand ! â Oui, autant de fois (quâon veut) plus grand que le petit : on pourrait le tripler (il dessine 6 Ă 12). Je lâai fait quatre fois plus grand. â Et celui-ci (4 Ă 7) ? (Il rajoute 1 cm en chaque dimension). â Tu ne trouves pas quâil est un peu large ? â Quand il est plus grand il fait cet effet. â Et (2 Ă 5) ? â (Il ajoute aussi de chaque cĂŽtĂ© la mĂȘme longueur). Câest embĂȘtant⊠essayons de mettre 2 cm⊠il paraĂźt un peu plat (le modĂšle). Il faudrait que je puisse le dĂ©couper pour pouvoir le mettre dans mon dessin. Il faudrait quâil soit au milieu et quâon voie les petits bouts de chaque cĂŽté ».
Ces cas du troisiÚme stade (III A ou III B) soulÚvent une série de problÚmes intéressants quant aux rapports entre la perception de la proportionnalité (transposition perceptive) et la genÚse intellectuelle de la notion de proportions.
Du point de vue du jugement perceptif, tout dâabord, on ne peut quâĂȘtre frappĂ© de lâopposition entre ces sujets et ceux du deuxiĂšme stade : alors que ces derniers agrandissaient le petit rectangle en lâallongeant dĂ©mesurĂ©ment, faute de mĂ©canisme suffisant de transposition et sous lâinfluence dâune conceptualisation erronĂ©e, les sujets du niveau III A sont capables de transposer en tenant compte des rapports dimensionnels avec une exactitude relative. Les seuils diminuent de façon absolue et surtout diminuent en cours mĂȘme dâexpĂ©rience (voir Dia pour les rectangles eux-mĂȘmes et ensuite pour lâeffet de lâexpĂ©rience acquise sur lâestimation de la similitude entre les demi-rectangles), ce qui atteste lâinfluence croissante des rĂ©gulations perceptives. Et surtout lâerreur nĂ©gative (calculĂ©e sur la longueur) devient frĂ©quente, ce qui prouve lâintervention dâune surestimation perceptive et non plus intuitive. En effet, en vertu de la loi des centrations relatives 16 qui explique les illusions de contraste, la longueur dâun rectangle dĂ©valorise la largeur et est donc surestimĂ©e : il sâensuit que, dans la mesure oĂč le sujet voit la longueur plus grande quâelle nâest, il choisit les modĂšles Ă longueur trop courte (puis quâil la surĂ©value), dâoĂč lâerreur nĂ©gative due Ă la centration privilĂ©giĂ©e sur cette longueur. Au contraire, au cours du stade II, la centration sur la longueur Ă©tait dâordre intuitif plus que perceptif, câest-Ă -dire quâil sâagissait dâun prĂ©jugĂ© en faveur de lâaccroissement nĂ©cessaire de la longueur et non pas dâun phĂ©nomĂšne de simple perception. Lâapparition dâerreurs nĂ©gatives frĂ©quentes montre donc Ă elle seule que les jugements perceptifs de ces sujets du troisiĂšme stade sont moins faussĂ©s par la conceptualisation (dans le sens de la centration intuitive) et plus prĂšs de la transposition perceptive elle-mĂȘme. Mais il reste Ă comprendre le pourquoi de ce progrĂšs perceptif, qui, par le fait mĂȘme quâil est nouveau et marque une inversion de sens par rapport au stade II, est Ă©videmment dĂ» Ă un affinement de lâactivitĂ© perceptive comme telle, par consĂ©quent Ă un rejaillissement dâune intelligence plus dĂ©veloppĂ©e sur la capacitĂ© de transposer objectivement.
Au niveau III B, les rĂ©actions rĂ©gulatrices sont qualitativement les mĂȘmes, mais avec deux nouveautĂ©s en plus : une prĂ©cision lĂ©gĂšrement supĂ©rieure et surtout une conscience de comparer selon les deux dimensions Ă la fois (si le sujet Mar est en retard sur ce point, les propos de Clau, de Jem et de Ber sont significatifs Ă cet Ă©gard). Ici encore, il est Ă©vident que lâintelligence joue son rĂŽle, et que la transposition perceptive sâaccompagne dâune vĂ©ritable mise en relation opĂ©ratoire.
Or, du point de vue du raisonnement intervenant dans la construction graphique des mĂȘmes sujets, ceux-ci sont tous nettement en retard sur leur jugement perceptif. Les cas citĂ©s du niveau III A sont unanimes Ă construire leur dessin arbitrairement, en allongeant la longueur du rectangle exagĂ©rĂ©ment, comme au stade II (voir en particulier les propos de Dia). Câest le jugement perceptif portĂ© aprĂšs coup sur leurs dessins qui leur permet de les corriger, et non pas le raisonnement sur les relations en jeu. Au niveau III B, on trouve encore cette rĂ©action chez Mar (au dĂ©but) mais les sujets savent vite doubler, tripler, etc. les valeurs mesurĂ©es sur le modĂšle, ou bien reporter le rapport 1 Ă 2 ; mais, pour le reste, ils sont perdus et se bornent Ă rajouter aux deux cĂŽtĂ©s du rectangle une grandeur Ă©gale, comme si par exemple (1,5 + 2) Ă (3 + 2) Ă©tait proportionnel Ă (1,5 Ă 3). Câest Ă nouveau le jugement perceptif sur la construction obtenue qui aide aprĂšs coup Ă corriger ces erreurs.
La question qui se pose est donc de comprendre pourquoi le jugement perceptif est en avance sur le raisonnement constructif, au cours de tout ce stade III (donc de 7 Ă 10 ans environ), tandis que les deux sortes de rĂ©actions Ă©taient de niveau Ă©quivalent au cours du stade II. Un tel rĂ©sultat nâest-il pas contradictoire avec ce que nous avons vu Ă propos des parallĂšles (chapitre XI, § 3-4) et de la droite elle-mĂȘme (chapitre VI, section I), Ă savoir que la perception est Ă un moment donnĂ© (et justement pour ces deux cas, au cours du stade III, dĂšs le niveau III A) dirigĂ©e par lâopĂ©ration au lieu de la conduire ?
Il nâen est rien, car câest sur le plan du jugement perceptif lui-mĂȘme que dĂ©bute lâorganisation opĂ©ratoire de la proportionnalitĂ©, avant quâelle soit possible sur celui du raisonnement constructif, beaucoup plus difficile en tant que discursif. Sur le premier de ces deux terrains, en effet, la mise en relations intelligentes peut sâappuyer directement sur les donnĂ©es perceptives, dâoĂč sa rĂ©ussite, tandis que, sur le terrain de la construction graphique, elle doit se contenter dâune imagination de rĂ©sultats non encore atteints, dâoĂč la difficultĂ© supĂ©rieure quâelle rencontre alors.
Il faut bien comprendre, en effet, quâil existe, entre lâestimation ou la comparaison perceptives simples de deux grandeurs (comme câest le cas dans les prĂ©ludes Ă la mesure spontanĂ©e de lâenfant) et la proportionnalitĂ© ou double comparaison entre les quatre grandeurs h1/l1 = h2/l2 (h et l Ă©tant la hauteur ou largeur et la longueur des rectangles proportionnels), toute la diffĂ©rence entre un simple « transport » visuel et une « transposition » de rapports dimensionnels. Or, le transport, dĂ» au dĂ©placement du regard, est une rĂ©action perceptive relativement Ă©lĂ©mentaire, tandis que la transposition relĂšve dâune « activitĂ© perceptive » (voir chapitre I, section I) complexe et dĂ©jĂ supĂ©rieure, lorsquâil sâagit, du moins, des rapports dimensionnels ou proportions gĂ©omĂ©triques 17, et non pas de la forme globale seule. Il est donc normal quâau stade II encore la transposition perceptive demeure insuffisante, et ne porte que sur cette forme globale dans le cas du rectangle. Si cette transposition rudimentaire et dĂ©formante du stade II devient relativement prĂ©cise au cours du stade III, câest donc quâau syncrĂ©tisme des jugements perceptifs du premier de ces deux niveaux succĂšde une analyse proprement dite, câest-Ă -dire une mise en relation intelligente entre les deux dimensions (mĂȘme si la rĂ©flexion du sujet ne porte que sur lâune ou lâautre alternativement). En dâautres termes, le progrĂšs perceptif marquant le passage du stade II au stade III ne peut ĂȘtre dĂ» quâĂ un affinement de lâ« activitĂ© perceptive » par opposition Ă la perception Ă©lĂ©mentaire, autrement dit Ă une intervention des mĂ©canismes opĂ©ratoires propres Ă ce niveau III.
La transposition dimensionnelle, source de la proportionnalitĂ© perceptive, serait donc dĂ©jĂ , dans le cas du rectangle, lâeffet dâun rejaillissement, sur lâactivitĂ© perceptive, de lâintelligence elle-mĂȘme, devenue opĂ©ratoire et susceptible dâun dĂ©but de mise en relation selon les deux dimensions. Or, si cette situation est complexe, elle nâa rien de contradictoire avec le fait que, dans son raisonnement constructif, lâenfant ne puisse encore parvenir Ă des dessins tĂ©moignant de la comprĂ©hension intellectuelle de la proportionnalitĂ© en gĂ©nĂ©ral. Sur le terrain du jugement perceptif, en effet, il suffit dâadmettre, pour expliquer le dĂ©but de mise en relations intelligente qui oriente ainsi lâ« activitĂ© perceptive », que, parvenu au niveau des opĂ©rations concrĂštes Ă©lĂ©mentaires, lâenfant ne puisse plus percevoir deux rectangles h1 Ă l1 et h2 Ă l2, Ă la fois sans les comparer selon leurs deux dimensions simultanĂ©ment h et l, mĂȘme sâil ne possĂšde pas encore dâinstrument opĂ©ratoire susceptible dâexprimer ce double rapport de façon quantitative. Ătant donnĂ© que lâun des cĂŽtĂ©s opposĂ©s du rectangle (h) est vu plus petit que lâautre (l), lâaccroissement de ce cĂŽtĂ© sur le rectangle agrandi (soit hâ = h2 â h1) est mis en correspondance avec lâaccroissement de lâautre (soit lâ = l2 â l1) selon le mĂȘme rapport : la diversitĂ© des modĂšles perceptifs offerts au choix de lâenfant lui permet, en effet, de constater que, parmi les rectangles agrandis il en est un de cĂŽtĂ©s h2 Ă l2, tel que, comparĂ© au petit rectangle h1 Ă l1, la diffĂ©rence hâ entre leurs hauteurs et la diffĂ©rence lâ de leurs longueurs soit hâ < lâ de la mĂȘme maniĂšre que h1 < l1 et h2 < l2 : câest ce rectangle-lĂ quâil considĂ©rera alors comme Ă©tant de mĂȘme forme. Au contraire lorsquâil sâagit dâagrandir graphiquement un rectangle donnĂ©, le mĂȘme sujet nâĂ©tant plus orientĂ© par aucun appui perceptif, ne peut trouver entre les accroissements hâ et lâ de rapport convenable, nâayant plus dâavance sous les yeux un agrandissement Ă choix en mĂȘme temps que le modĂšle : il a beau pressentir que hâ < lâ est comme h1 < l1 il ne peut calculer de combien lâ est plus grand que hâ et perd ainsi le sentiment de lâinĂ©galitĂ© de ces accroissements, ou sâimagine que des accroissements Ă©gaux Ă©tant ajoutĂ©s Ă des dimensions inĂ©gales Ă©quivalent Ă des accroissements proportionnels.
Ă cet Ă©gard lâexamen des mĂ©thodes adoptĂ©es par lâenfant pour agrandir le modĂšle se rĂ©vĂšle, extrĂȘmement instructif quant Ă la genĂšse de lâidĂ©e de proportions et Ă sa filiation par rapport aux transpositions perceptives. Au cours du sous-stade III A les accroissements hâ et lâ sont encore arbitraires (« comme ça » dit simplement Dia) avec un accroissement lâ beaucoup plus grand que hâ. Mais au cours du sous-stade III B, on observe en fait quatre solutions distinctes : 1. Lâenfant ajoute la mĂȘme quantitĂ© absolue (hâ = lâ) aux deux cĂŽtĂ©s h et Z : par exemple, Jem (Ă la fin), et Ber (qui ajoute 1 cm Ă chaque dimension). 2. Lâenfant mesure la diffĂ©rence l â h et la reporte sur les deux cĂŽtĂ©s : par exemple Mar pour 4 Ă 6 ajoute 2 cm Ă 4 et Ă 6 parce que 6 â 4 = 2 et Ger pour 5 Ă 3 aboutit Ă 7 Ă 5 aprĂšs avoir reportĂ© 5 â 3 = 2). 3. Lâenfant dĂ©couvre que h/l = œ dans le premier modĂšle (1,5 Ă 3) et cherche Ă retrouver toujours ce rapport 1 Ă Â 2, bien que cette solution ne vaille plus pour les autres modĂšles (Clau et Ger). 4. Pour dâautres, il suffit de doubler, tripler, etc. les deux cĂŽtĂ©s du modĂšle pour obtenir un agrandissement proportionnel. Cette solution est exacte, mais ne permet pas au sujet de trouver la solution quand la base (l) est donnĂ©e. Dâautre part, ceux qui la dĂ©couvrent quand le rapport h/l = œ ne la gĂ©nĂ©ralisent pas toujours Ă dâautres rapports (cf. Ber pour âŽââ). Enfin tous les sujets corrigent perceptivement leurs essais ou souhaitent une confrontation perceptive, comme Ber qui voudrait « mettre (le modĂšle) dans son dessin ».
On voit le processus conduisant de la premiĂšre Ă la quatriĂšme de ces solutions. Chacun de ces enfants part de la constatation perceptive que la longueur l du petit rectangle modĂšle est plus grande que sa largeur h1 soit h1 < l1. DâoĂč trois termes : h1 ; l1 et la diffĂ©rence D (h1 l1). Au cours du stade II et encore (pour ce qui est des constructions graphiques) au cours du sous-stade III A, agrandir le rectangle h1 Ă l1 consiste sans plus Ă agrandir cette diffĂ©rence D (h1 l1), ce qui revient Ă agrandir exclusivement la longueur l1 (dĂ©but du stade II) ou Ă lâagrandir bien davantage que la largeur Il nây a donc pas alors de comprĂ©hension de la proportionnalitĂ©. Cette comprĂ©hension dĂ©bute (ce qui est le cas au niveau III A sur le terrain des jugements perceptifs et au niveau III B pour la construction graphique) lorsque le sujet comprend que h et l varient ensemble et que câest la diffĂ©rence D (h l) qui doit demeurer constante ou conserver une forme invariante. Mais alors le sujet commence par la considĂ©rer comme constante dans un sens absolu avant de la concevoir comme constante relativement, câest-Ă -dire Ă titre de rapport invariant. DâoĂč les Ă©tranges solutions (1) et (2) qui consistent soit Ă ajouter Ă h1 et Ă l1 un mĂȘme accroissement hâ1 pour h1 et lâ1 pour l1 mais tels que hâ1 = lâ1, soit Ă ajouter Ă h1 et Ă l1 leur diffĂ©rence elle-mĂȘme D (h1 l1). Ces deux premiĂšres solutions reviennent donc lâune et lâautre Ă considĂ©rer la diffĂ©rence D (h1 l1) comme constante absolument parlant. Quant Ă la solution (3) elle procĂšde de la solution (2) lorsque, sur le modĂšle (1,5 Ă 3 cm) lâenfant sâaperçoit que la diffĂ©rence D (h1 l1) est Ă©gale Ă la largeur h1 autrement dit que la longueur l1 est le double de cette largeur l1 = 2h, ou h1=l1/2. Câest alors, dans ce cas simple du rapport de 1 Ă 2 entre h et l, que lâenfant parvient Ă cette dĂ©couverte dĂ©cisive que la diffĂ©rence D (hl) se conserve non pas en tant que valeur absolue, mais en tant que rapport D (hl) = h / l, câest-Ă -dire quâen construisant le rectangle agrandi h2 Ă l2 il pose h2 + h1+h1 et l2 = l1 + l1. Mais cette dĂ©couverte reste si fragile que, pour des modĂšles tels que h > l/2, lâenfant ou bien pose Ă©galement l2 = 2l1 et h2 = 2h1 ou bien retombe dans la solution (2) comme Ger. Par contre, cette solution (3) donne lieu dĂ©jĂ Ă des gĂ©nĂ©ralisations telles que h2 = 3h1 et l2 = 3l1 ou h2 = 4h1 et l2 = 4l1 (solution 4), mais ici Ă nouveau, ces gĂ©nĂ©ralisations demeurent insuffisantes durant le sous-stade et quand la longueur l nâest plus un multiple simple de la hauteur h le sujet retombe dans les solutions (1) ou (2) comme Ber.
Bref, ce qui caractĂ©rise les solutions graphiques du niveau III B, câest la dĂ©couverte que la diffĂ©rence D (hl) est constante, cette constante Ă©tant dâabord prise dans un sens absolu D = l â h considĂ©rĂ© comme invariant, puis, dans les cas simples ou h = l/2, l/3 ou l/4, dans un sens relatif D (hl) = h/l, mais sans gĂ©nĂ©ralisation aux autres cas.
On comprend alors pourquoi la transposition perceptive est, durant ce stade III, en avance sur la construction graphique et le raisonnement opĂ©ratoire. Lorsque le progrĂšs de la mise en relation intellectuelle pousse lâenfant Ă comparer les hauteurs h1 et h2 et les longueurs l1 et l2 (« Je regarde, dit Clau, la hauteur du grand, puis la hauteur du petit, puis la longueur du grand et du petit »), le « transport » perceptif conduit Ă voir simultanĂ©ment h1 h2 et lâaccroissement (ou diffĂ©rence) hâ ainsi que l1 ; l2 et lâaccroissement lâ. Or, la perception obĂ©issant elle-mĂȘme toujours Ă des lois de proportionnalitĂ© (loi de Weber, centrations relatives, etc.) il suffĂźt que le regard, dirigĂ© par lâintelligence analyse les deux dimensions Ă la fois (et non plus une seule comme au stade II oĂč lâenfant ne sâoccupe que de la longueur) pour que lâĂ©quilibre soit trouvĂ© dĂšs que les accroissements hâ et lâ sont perçus selon le mĂȘme rapport hâ/lâ que les cĂŽtĂ©s eux-mĂȘmes h1/l1 et h2/l2. DâoĂč une prise de conscience de la proportionnalitĂ© sâeffectuant dĂšs le niveau III A sur le plan du jugement perceptif, alors quâil faut attendre le niveau III B pour que les mĂȘmes rapports puissent ĂȘtre construits opĂ©ratoirement (et encore seulement dans les cas simples).
§ 9. Le stade IV : gĂ©nĂ©ralisation de la proportionnalitĂ© opĂ©ratoiređ
AprĂšs ĂȘtre parvenus, au cours du sous-stade III B, Ă la dĂ©couverte que le rectangle agrandi h2 Ă l2 doit ĂȘtre dans le mĂȘme rapport que le petit modĂšle h1/l1, quand la longueur l1 est le double de la hauteur h1 (soit l1 = 2h1) ou le triple et le quadruple, les sujets du stade IV gĂ©nĂ©ralisent cette proportionnalitĂ© naissante Ă des fractions plus compliquĂ©es, en concevant donc la diffĂ©rence entre la longueur et la largeur D (hl) comme un rapport invariant D = h/l, et non plus comme une diffĂ©rence de grandeur absolue constante :
Pir (10Â ; 11), aprĂšs des comparaisons perceptives dâun seuil de 2Â cm, en arrive Ă nâaccepter pour le modĂšle de 1,5Â ĂÂ 3Â cm que des agrandissements de 4Â ĂÂ 7,5 Ă 4Â ĂÂ 8,5.
Dessin : il mesure dâemblĂ©e les cĂŽtĂ©s de 1,5 et 3 cm et les double en un rectangle de 3 Ă 6 cm. On donne alors un modĂšle de 2 Ă5 cm et une base de 10 cm : « On ne peut pas partager (la longueur) en deux (moitiĂ©s Ă©gales), parce que câest 5⊠Mais lĂ (l1) câest 5 et lĂ (l2) câest 10, alors lĂ (h2) câest 2 Ă 2 = 4 ». Pour une nouvelle base donnĂ©e de l2, il dit : « Si on avait mis 12,5 cm ça aurait fait 2,5 Ă 5 (= l1) et jâaurais mis aussi 2,5 Ă 2 (= h2). Je mets 5 mm en moins, ça fait 12 de longueur et 5 mm en moins (sur la hauteur), ça fait 4,5 cm de hauteur ». (Il raisonne donc ici par multiplication dâun facteur proportionnel, mais avec soustraction de parties Ă©gales comme au niveau III B).
Dan (11 ; 0). RĂ©gulations perceptives graduelles. Dessin immĂ©diat de 2,5 Ă 5 cm (pour 1,5 Ă 3 cm) : « Pourquoi ? â Jâai pris la moitiĂ© parce que jâai vu que câest la moitiĂ©. â Si la longueur est de 10 ? â Je mets 5. â Et avec ça (3 Ă 5 cm) ? â (Il met 6 Ă 8 cm puis 5 Ă 8 cm). â Comment as-tu fait ? â Dâabord jâai cru que la largeur câĂ©tait les % de la longueur, mais alors jâai vu que câĂ©tait trop et jâai enlevé 1 [donc approximation simple]. â (On donne une base de 10 cm). â (Il met 6 en hauteur et dit) : Il y a 3 sur le modĂšle. De 3 aller Ă 5, ça fait 2. De 6 aller Ă 10, ça fait le double (il double donc la diffĂ©rence D (hl) parce que l2 est le double de l1). â Et avec 15 que ferais-tu ? â Je prendrais le triple 15 et 9 parce quâentre 15 et 9 ça fait 6 et entre 5 et 3 ça fait 2. Et 6 câest le triple de 2 ». Dan raisonne donc sur la diffĂ©rence D (h1l1) mais en le concevant comme constante Ă titre de rapport D (h1l1) = h/l.
And (12 ; 1). Perception : rĂ©gulations progressives. Dessin : (1,5 Ă 3 cm) : il donne 3 Ă 6 cm. « Jâai doublĂ©. â Et avec ce modĂšle (2 Ă 4 et base donnĂ©e de 10) ? â La hauteur doit ĂȘtre 5 parce que câest la moitiĂ© de 10. â Mais comment as-tu fait ? â Jâai pris 4 : ça fait 2 fois (dans la longueur l2 de 10 cm) et il reste 2. Jâai pris 2 (= h1) et ça fait 2 fois et un reste de 1, ça fait 5. LĂ -aussi (modĂšle) 2 (= h1) câest la moitiĂ© de 4 (= l1) et 1 câest la moitiĂ© de 2 (= 1 et 2 sont les deux restes dont il vient de parler). Câest juste parce que 1 câest la moitiĂ© de 2. â Pourquoi faut-il la moitié ? â Autrement les restes ne seraient pas la mĂȘme chose ». Donc les restes R sont dĂ©finis comme R1 = l2 â 2l1 et R1 = h2 â 2h1 et And admet que R1/Rl = l/h !
ModĂšle 3 Ă 5 cm. Base donnĂ©e : 12 cm. Il calcule 12 / 5 = 2,4 puis, aprĂšs hĂ©sitation, multiplie 3 Ă 2,4 = 7,2.
Ces cas intĂ©ressants dâarrivĂ©e Ă la rĂ©ponse juste montrent, dâabord, la gĂ©nĂ©ralisation de la mĂ©thode dĂ©jĂ trouvĂ©e, au niveau III B, dans le cas du rapport 1 Ă Â 2 (voir par exemple le sujet Pir qui a bien compris le principe de cette mĂ©thode, malgrĂ© ses rĂ©sidus des procĂ©dĂ©s hĂ©ritĂ©s du sous-stade III B). Mais on remarque surtout la marche suivie par Dan et And, qui consiste, chez Dan, Ă multiplier la diffĂ©rence D (hl) entre la hauteur h1 du modĂšle et sa longueur l1 par le rapport h1/l1 et chez And Ă multiplier par le rapport l1/h1 le « reste » dĂ©fini par Rl = l2 â 2l1 et Rh = h2 â 2h1. Ce sont donc lĂ deux cas illustrant admirablement le passage entre la mĂ©thode erronĂ©e du niveau III B fondĂ©e sur lâanalyse de la diffĂ©rence absolue D (hl) = l â h et la mĂ©thode revenant Ă rendre relative cette diffĂ©rence D (hl) en fonction du rapport h/l. En fin dâinterrogatoire And parvient, Ă la suite de ce progrĂšs, Ă la mĂ©thode gĂ©nĂ©rale h1/l1 = n, dâoĂč lâagrandissement proportionnel h2 = nh1 et l2 = nl1, ce qui ne constitue plus seulement une conception extensive, mais bien mĂ©trique de la proportionnalitĂ©.
§ 10. Conclusionđ
Ă vouloir rĂ©sumer lâensemble de ce dĂ©veloppement, du stade II au stade IV, il se prĂ©sente au total sous une forme extrĂȘmement simple et instructive : pour agrandir un rectangle h1 Ă l1 en un autre rectangle jugĂ© semblable h2 Ă l2 lâenfant commence (au stade II) par ne se soucier que de la longueur l2, quâil accroĂźt dĂ©mesurĂ©ment sans modifier h2 ou en lâaugmentant dâune petite diffĂ©rence arbitraire. Au cours du stade III, dâabord perceptivement (niveau III A) puis graphiquement (niveau III B), lâenfant dĂ©couvre le rapport entre la longueur l1 et la largeur h1, dâabord sous la forme dâune diffĂ©rence D (hl) quâil conserve constante absolument parlant, D(hl) = h1/l1, puis sous la forme dâun rapport invariant D (hl) =h1/l1. Parvenu Ă ce point dâabord pour les rapports simples (1 Ă 2, etc.), il gĂ©nĂ©ralise ensuite (au stade IV) sa dĂ©couverte en comprenant la proportionnalitĂ© h1/l1 = h2/l2 dans tous les cas y compris les rapports non entiers entre h et l.
Comment donc expliquer le passage de la proportionnalitĂ© naissante sous la forme du rapport D (hl), conçu comme invariant, aux proportions gĂ©nĂ©ralisĂ©es ? Appelons (comme au paragraphe prĂ©cĂ©dent) hâ la diffĂ©rence entre h1 et h2 (câest-Ă -dire entre les hauteurs du modĂšle et du rectangle agrandis et lâ la diffĂ©rence entre l1 et l2 (longueurs du modĂšle et de lâagrandissement). On a alors hâ + h1 = h2, et lâ + l1 = l2. Mais ce ne sont lĂ que des rapports qualitatifs, par simple emboĂźtement logique de la partie dans le tout : si h1 + hâ = h2 le sujet sait uniquement que h1 < h2 sans connaĂźtre le rapport entre h1 et hâ et si l1 + lâ = l2 il ne sait que l1 < l2 sans connaĂźtre le rapport entre l1 et lâ. Sans doute peut-il dĂ©jĂ dire « h1 est Ă h2 comme l1 est Ă l2 » ou « hâ est Ă h2 comme lâ Ă l2 », mais Ă la maniĂšre dâune simple correspondance logique (et non mathĂ©matique), telle que « Marseille est Ă la France comme Naples Ă lâItalie » câest-Ă -dire par double comparaison dâune partie et de son tout. Mais la dĂ©couverte propre au stade III est que la diffĂ©rence D (l1h1) demeure constante, cette constance Ă©tant dâemblĂ©e conçue comme un rapport invariant sur le plan du jugement perceptif, et Ă©tant dâabord considĂ©rĂ©e absolument sur le plan de la construction graphique avant de devenir Ă©galement un rapport constant. Or, câest cette dĂ©couverte de lâinvariance du rapport qui permet de quantifier la correspondance logique de partie Ă tout et dâen faire une proportion mathĂ©matique : si hâ est Ă h1 comme lâ Ă l1 et si h1 est Ă h2 comme l1 Ă l2 selon un rapport constant D (l1h1) = D (l2h2), cela signifie en effet, que h1 est une partie de h2 de mĂȘme ordre que l1 de l2, câest-Ă -dire que h1 devient une fraction de h2 complĂ©mentaire de hâ ; que l1 devient une fraction de l2 complĂ©mentaire de lâ et que ces deux fractions sont Ă©gales h1/h2 = l1/l2, dâoĂč les proportions h1/l1 = hâ/lâ = h2/l2. La construction des proportions nâest donc pas autre chose que le passage de la correspondance qualitative entre deux emboĂźtements logiques de mĂȘmes « types » Ă lâĂ©galitĂ© entre deux emboĂźtements quantitatifs de mĂȘme ordre (ou valeur mĂ©trique).
Or, le grand intĂ©rĂȘt de cette marche suivie dans la construction psychologique des proportions mĂ©triques, en ce domaine des rapports dimensionnels entre les rectangles 18 est quâelle est complĂštement parallĂšle Ă ce que nous avons vu au cours de la section I de ce chapitre, Ă propos de la similitude entre les triangles. Nous avons constatĂ©, en effet, quâau niveau IIIB (le mĂȘme oĂč la proportion mathĂ©matique Ă©merge de la correspondance entre emboĂźtements logiques), lâenfant dĂ©couvre que deux triangles de cĂŽtĂ©s A1A2 et B1B2, tels que B1 = A1 + Aâ1 Ă©tant donc la diffĂ©rence entre un cĂŽtĂ© du petit triangle et le cĂŽtĂ© correspondant du grand) et que B2 = A2 + Aâ2 est la diffĂ©rence entre les deux autres cĂŽtĂ©s), sont semblables si les bases A (reliant les extrĂ©mitĂ©s de A1 et de A2) et B (reliant les extrĂ©mitĂ©s de B1 et de B2) sont parallĂšles. Il semble au premier abord quâil nây ait pas de rapport entre cette construction purement graphique et la construction mĂ©trique que nous venons de dĂ©crire Ă propos des rectangles, mais il est clair, au contraire, quâelles reviennent au mĂȘme.
Notons dâabord que les cĂŽtĂ©s h1 et l1 du rectangle modĂšle pourraient ĂȘtre conçus comme les cĂŽtĂ©s A1 et A2 dâun triangle (si lâon envisage que deux des quatre cĂŽtĂ©s du rectangle, sans sâoccuper des cĂŽtĂ©s opposĂ©s (symĂ©triques et Ă©gaux aux deux premiers). De mĂȘme les cĂŽtĂ©s h2 et l2 du rectangle agrandi sont comparables aux cĂŽtĂ©s B1 et B2 du triangle agrandi, les diffĂ©rences Aâ1 et Aâ2 Ă©tant alors assimilables aux diffĂ©rences hâ et lâ. Cela dit, la dĂ©couverte mĂ©trique due aux raisonnements concernant le rectangle consiste Ă poser que hâ et lâ sont dans le mĂȘme rapport que h1 et l1 et que h2 et l2, soit hâ/lâ = h1/l1 = h2/l2. Or, du point de vue purement graphique ou figurai, dire que deux droites issues dâun mĂȘme point prĂ©sentent un certain rapport signifie quâon peut relier leurs extrĂ©mitĂ©s par une troisiĂšme droite : le rapport entre A1 et A2 est donc la droite A servant de base au premier triangle ; de mĂȘme le rapport entre B1 et B2 est la droite B servant de base au second triangle. Dire enfin que le rapport entre A1 et A2 est le mĂȘme quâentre B1 et B2 revient Ă affirmer que les deux droites A et B sont parallĂšles, le parallĂ©lisme marquant prĂ©cisĂ©ment lâidentitĂ© de direction, donc de rapport. Ainsi la relation de parallĂ©lisme entre les bases A et B revient Ă exprimer que A1 / A2 = B1 / B2 = A / B, ce qui correspond exactement aux proportions hâ/lâ = h2/l2 = h1/l1. Cette correspondance entre la notion spatiale ou graphique des proportions et la notion mĂ©trique ou numĂ©rique des rapports proportionnels est bien connue des mathĂ©maticiens : il nâen est que plus intĂ©ressant de constater quâelle se retrouve au mĂȘme niveau III B entre deux aspects trĂšs diffĂ©rents en apparence, de la construction psychologique des similitudes et des proportions. Il y a lĂ un nouvel exemple de lâĂ©troite parentĂ© qui unit, dâune part, la construction psychologique de lâespace et, dâautre part, la construction dĂ©ductive et axiomatique de la science gĂ©omĂ©trique.
Il nâen reste pas moins que la notion mĂ©trique des proportions ne trouve son Ă©quilibre quâau niveau du stade IV, bien quâesquissĂ©e dĂšs le sous-stade III B tandis que la similitude des triangles fondĂ©e sur lâĂ©galitĂ© des angles trouve son Ă©quilibre au niveau III B, bien quâesquissĂ©e dĂšs le sous-stade III A, et que cette mĂȘme similitude fondĂ©e sur le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s trouve son Ă©quilibre dĂšs le niveau III A : parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s du triangle, Ă©galisation des angles et proportions mĂ©triques semblent ainsi constituer les trois paliers successifs, correspondant aux niveaux III A, III B et IV, de lâĂ©laboration des similitudes et des proportions.
Au total, nous avons cherchĂ© Ă montrer, dans la section I de ce chapitre, que la construction des similitudes entre triangles Ă©tait due Ă un groupement dâopĂ©rations dâabord qualitatives, puis susceptibles de quantification extensive, fondĂ©e sur la correspondance co-univoque entre les diffĂ©rents intervalles compris parallĂšlement entre les cĂŽtĂ©s dâun angle Ă partir du sommet jusquâĂ la droite choisie comme base du triangle. Câest cette mĂȘme correspondance co-univoque qui, venons-nous de voir en cette section II, permet de mettre en rapport une partie et son tout et de relier deux rapports de ce genre sous forme dâemboĂźtements logiques correspondants, puis de proportions. DâoĂč la parentĂ© Ă©troite entre les constructions opĂ©ratoires de lâenfant dans les domaines de la similitude des triangles et de la proportionnalitĂ© des rapports dimensionnels en gĂ©nĂ©ral. Or, si la mise en correspondance co-univoque joue ainsi un rĂŽle fondamental dans lâĂ©laboration des notions dâangles, et par consĂ©quent de similitude et de proportions, câest au contraire la mise en correspondance bi-univoque qui interviendra dans la construction des systĂšmes de rĂ©fĂ©rence et de coordonnĂ©es. Câest ce que nous allons voir dans les deux chapitres quâil nous reste Ă prĂ©senter pour terminer cette Ă©tude du passage entre les notions projectives, y compris la droite, et les notions inhĂ©rentes Ă la mĂ©trique euclidienne, par lâintermĂ©diaire des parallĂšles et des angles.
Note additionnelle : les proportions entre figures ouvertesđ
Pour ne pas allonger ce chapitre dĂ©jĂ trop copieux, nous ne pouvons dĂ©crire en dĂ©tail le rĂ©sultat dâune expĂ©rience de contrĂŽle faite sur la dĂ©couverte des proportions dans lâagrandissement dâune figure ouverte. Pour Ă©viter le rĂŽle des « bonnes formes » perceptives du triangle et du rectangle et voir si la proportionnalitĂ© se dĂ©velopperait de la mĂȘme façon quâĂ propos de ces figures fermĂ©es nous avons prĂ©sentĂ© aux sujets une structure composĂ©e dâune droite horizontale a de 6 cm et dâune droite perpendiculaire Ă de 3 cm dressĂ©e Ă une distance c = 1,5 cm de lâextrĂ©mitĂ© gauche de la premiĂšre. Nous avons, comme prĂ©cĂ©demment. procĂ©dĂ© par comparaisons perceptives et par agrandissement graphique.
Les comparaisons perceptives ont portĂ© sur des agrandissements de a = 10 cm ; b = 5 cm et c = 2,5 cm en faisant varier les longueurs b et c, mais en laissant a inchangĂ©. Quant Ă la construction graphique, elle sâest faite selon la mĂȘme technique que prĂ©cĂ©demment.
On constate que ce nouveau problĂšme diffĂšre de celui des rectangles et des triangles en ce que lâenfant doit tenir compte de trois grandeurs (a, b et c) sans lâaide de parallĂ©lismes, et surtout que les transpositions perceptives ou agrandissements graphiques ne peuvent ĂȘtre influencĂ©s de façon gĂ©nĂ©rale par une conceptualisation de la figure comme dans le cas des triangles rendus plus pointus ou des rectangles allongĂ©s pour mieux rĂ©pondre Ă leur type ou « modĂšle interne ».
Or, les stades obtenus dans la dĂ©couverte des rapports proportionnels se sont montrĂ©s suivre le mĂȘme ordre de succession que ceux dĂ©crits Ă propos des rectangles, sans cependant pouvoir leur ĂȘtre assimilĂ©s complĂštement. Au cours du stade I, lâexpĂ©rience est encore moins possible quâavec les figures fermĂ©es. Le stade II, de son cĂŽtĂ©, paraĂźt dĂ©buter un peu plus tard, les petits ayant grand-peine Ă comprendre ce que peut ĂȘtre lâagrandissement dâune telle figure (Ă laquelle il ne donne dâailleurs pas de nom) : ou bien lâenfant compare le modĂšle et ses agrandissements dâune maniĂšre toute globale (il voit deux lignes avec intersection perpendiculaire, mais sans comparaison des dimensions, ou mĂȘme trois droites partant du mĂȘme point dans trois directions quelconques), ou bien, dĂšs quâil analyse la figure, il « transporte » une grandeur absolue. On obtient ainsi, dans les comparaisons perceptives, soit un seuil trĂšs large, lâenfant acceptant toutes les figures, soit un seuil trĂšs Ă©troit, mais avec erreurs dues au fait que lâenfant sâen tient Ă lâune des grandeurs absolues. La construction graphique donne lieu Ă des rĂ©actions analogues. Par exemple Lil (5 ; 8) accepte toutes ces figures pourvu que les lignes b et c ne soient pas plus petites que celles du modĂšle, tandis que Jac (6 ; 6) compare uniquement des grandeurs absolues isolĂ©es.
Vers 7 ans on observe les dĂ©buts dâun sous-stade III A, marquant le commencement encore modeste dâune mise en relation des longueurs, avec, cependant, accroissement exagĂ©rĂ© soit de a soit de b (c Ă©tant en gĂ©nĂ©ral conservĂ© dans sa longueur absolue). Mais chaque sujet dĂ©bute, avant dâen venir Ă lâanalyse, par des comparaisons encore globales ou par des augmentations portant sur lâune seulement des deux dimensions. Par exemple Dan (6 ; 10) dĂ©bute par un seuil trĂšs grand et des b beaucoup trop larges, mais, lorsquâon les prĂ©sente trop petits il commence Ă analyser. Le dessin donne un c constant et b plus long que a. Tea (7 ; 0) fait lâinverse, etc. On ne retrouve guĂšre Ă ce niveau le dĂ©calage entre les comparaisons perceptives et la construction graphique, la figure ouverte ne donnant pas lieu Ă la mĂȘme conceptualisation et lâanalyse prĂ©sentant Ă peu prĂšs les mĂȘmes difficultĂ©s dans la comparaison perceptive et dans le dessin (sauf certaines exagĂ©rations dâune seule longueur plus poussĂ©es dans ce dernier).
Vers 8 ; 5 Ă 9 ans apparaĂźt un sous-stade III B avec comparaisons plus prĂ©cises de deux longueurs, mais pas de trois. En outre le sujet parvient aux proportions mĂ©triques dans les cas simples (1 Ă Â 2) et gĂ©nĂ©ralise la duplication au troisiĂšme Ă©lĂ©ment. Par exemple Ber (8 ; 6) arrive Ă un rapport Ă peu prĂšs exact entre a et b lorsquâil dessine sans mesures, mais reporte c absolument. Lorsquâil mesure il parvient Ă un rapport correct entre a et c, mais b demeure inexact. Enfin il double systĂ©matiquement les trois longueurs mais sans parvenir Ă dâautres agrandissements que par duplication. Job (8 ; 11) en arrive, aprĂšs ne sâĂȘtre occupĂ© que de deux longueurs sur trois, Ă ajouter des quantitĂ©s Ă©gales aux trois droites, etc.
Enfin vers 11 ans apparaßt le stade IV, avec ses mises en proportions métriques généralisées à tous les rapports.
Au total lâĂ©volution de ces rĂ©actions est donc comparable Ă celle des comparaisons perceptives et graphiques du rectangle, moins les complications dues Ă la conceptualisation subjective de forme dâensemble et plus celles dues Ă lâintervention dâune troisiĂšme longueur Ă comparer aux deux autres.
N. B. â Notons encore, pour terminer, que tout ce qui a Ă©tĂ© dit, en cette sect. II, de lâexagĂ©ration de la longueur des rectangles, se retrouve, Ă des degrĂ©s divers, lorsque le rectangle est prĂ©sentĂ© verticalement et non plus horizontalement.