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1948-11-01, Denis de Rougemont à Alexandre Marc

Cher Alexandre,

Ta lettre me désole. Je ne puis rien t’offrir de sérieux pour le moment, et n’ose pas engager l’avenir immédiat. Londres ne m’a pas envoyé le mandat promis. Le seul résultat de leur discussion à Bruxelles a été l’annonce d’une nouvelle visite de Beddington-Behrens — que je ne pourrai voir, partant après-demain pour Rome. Les fonds suisses n’affluent pas du tout comme on me le faisait prévoir. Donc, rien de solide ne se fera avant quelques mois, et ce n’est pas une solution pour toi…

Comme je voudrais faire un Centre fédéraliste, avec l’UEF, sans Londres, — j’y aurais le cœur. Je ne l’ai guère pour « travailler » (?) avec eux…

Reçu les papiers de Hytte. Je suis d’accord. Mais il fait trop bon marché de centaines de nécessités financières, donc de la propagande effective, — et de l’impression catastrophique que produirait une rupture.

Ma thèse : il faut que les Continentaux se regroupent, renversement le Joint Committee, en nomment un autre, — et si les British veulent suivre, qu’ils le disent, mais ils ont prouvé qu’ils sont incapables de mener le mouvement. W. C. a rendu à la cause commune le service de la proclamer urbi et orbi, mais désormais ce qui tient à lui est plus nuisible qu’utile.

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Si l’on fait sans lui, il n’y a plus rien à perdre, beaucoup à gagner. Mais il faut une union plus organique des Continentaux. Il faut, en d’autres termes, qu’une rupture avec certains éléments « importants » aux yeux de l’opinion, soit compensée et au-delà par un puissant regroupement continental (Ligue, UPE, UEF, Français, Nouvelles Équipes). Voilà tout ce que je voudrais défendre à Rome.

Nous reparlerons du reste là-bas. Peut-être trouverons-nous un jour pour le Centre, — une inspiration !

Toutes mes amitiés fidèles à vous deux,
Denis de Rougemont