1968-04-28, Denis de Rougemont à Alexandre Marc
Ferney-Voltaire (Ain)
Le 28 avril 1968
Ce n’était pas seulement le dîner qui était bon, mais de se retrouver en si parfaite communion d’idées après 36 ans. En somme, de prémisses à peu de choses près identiques, posées vers 1931-1932, nous avons tiré les mêmes conséquences et résultantes dans nos évolutions parallèles et nous revoir au seuil d’une révolution que nous ne sommes plus les seuls à dire nécessaire, mais pour laquelle nous savons mieux qu’alors sur qui et sur quoi l’on peut compter. Je crois que nous ne sommes pas moins « jeunes » qu’alors devant l’action, mais peut-être un peu moins naïfs.
De retour au CEC, j’ai trouvé L’Europe en formation avec ta préface à Y. Fouéré, dont j’ai aussitôt extrait deux alinéas à verser au dossier des régions qui paraîtra dans notre prochain Bulletin. Notamment un paragraphe où tu dis, commentant Proudhon, que pour lui l’État était à la fois « trop petit et trop grand » : c’est la 8e citation que j’indique où ces mots reviennent : voilà une école !
Je pars pour Bruxelles (Campagne d’éducation civique européenne), vais y recruter quelques appuis pour l’entreprise dont je t’ai parlé.