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1982-02-20, Alexandre Marc à Denis de Rougemont

Mon cher Denis,

Avant de répondre à ta « question urgente », parlons de choses sérieuses :

→ bravo, bravo, BRAVISSIMO, pour la nouvelle concernant ton traitement. Si la guérison est au bout, il faudra sans faute déboucher une bonne bouteille, ou même plusieurs, pourquoi pas ?

Venons-en maintenant à des choses moins importantes.

En ce qui me concerne, je n’ai entendu parler pour la première fois du projet A. R. que la veille du jour où je t’ai écrit à ce propos. En vérité, je n’ai rien entendu du tout, j’ai vu simplement une circulaire anonyme qui traînait sur le bureau de la secrétaire de F. K. Un point, c’est tout : ni avant, ni pendant, ni après le colloque de Nice — rien, absolument rien. Ni allusion, ni prise de contact, ni a fortiori accord quelconque.

Je ne parle que pour moi, [p. 2] n’ayant pu toucher F. K. depuis la réception de ta bonne lettre des 1-17 février. Tout ce que je puis dire pour l’heure, c’est que F. K., saisi par une note émanant de ton serviteur, a paru grandement surpris et m’a promis de demander des explications à A. R. Mais je ne manquerai point de communiquer tes questions à l’insaisissable F. K., dès que possible.

À mon avis, ayant été mandaté pour essayer de mettre sur pied mon « E-EU », par le vote unanime du colloque (y compris celui de tous les membres présents du comité directeur du CIFE, j’eusse pu espérer un peu… comment dire ? un peu plus de simple correction à mon égard — surtout de la part de l’un des co-initiateurs dudit colloque. J’avoue avoir été « soufflé » par le procédé, d’autant plus que ma totale innocence risque de m’avoir fait passer pour un imbécile intégral aux yeux de P.-H. Teitgen.

Je dois aussi parler de Bernard Barthalay, âme damnée, [p. 3] en France, d’Albertini et disciple de ces « historiens » d’au-delà les Alpes que j’ai déjà eu l’occasion de dénoncer dans ma préface à Alain Greilsammer, Les Mouvements fédéralistes (Presses d’Europe, 1975). Je te recommande tout spécialement les p. 13-14. Si tu ne retrouves pas le bouquin, un mot, et je te le fais parvenir. J’y tiens beaucoup, car il importe de guérir nos amis italiens, bien plus antinationalistes (en paroles) que nous, de cet étrange stato-nationalisme… fédéraliste dont Barthalay n’a fait qu’hériter.

À propos de Cadmos : après l’effort louable de Nanik, tout s’est arrêté. Il me manque toujours les n° 2, 9 à 13, 15 et les suivants.

Tu connais sans doute « les oui l’emportent » d’Abraham Lincoln.

Eh bien, ton vote pour juillet (2 à 4) l’emporte aussi. Le scrutin est clos. La majorité s’est prononcée. Nous espérons donc vous voir tous les deux du 2 au 4 (ou au 5) juillet, en Vallée d’Aoste.

Avec nos amitiés démultipliées et nos meilleures pensées

Alex