Travailler sur les sexualités en 2025 : savoirs, médiations et résistances.
5ème anniversaire du CMCSS
Pour célébrer ses 5 ans d’existence, le Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités de l’Université de Genève (CMCSS) propose un cycle d’événements publics du 19 au 27 novembre. L’objectif est d’interroger collectivement ce que signifie « travailler sur les sexualités » en 2025, dans un contexte marqué par des tensions sociales et politiques croissantes. Cette série de rencontres vise à analyser les pratiques scientifiques, explorer les outils méthodologiques, questionner les enjeux épistémiques, éthiques et politiques, et visibiliser les espaces de (co)construction ou de marginalisation des savoirs dans le domaine des sciences des sexualités. Le programme fait appel aux contributions d’acteuricexs du monde académique, du terrain et de la Cité. Il reflète les missions du Centre, sa volonté de renforcer le dialogue entre recherche et société, et la manière dont il se projette dans l’avenir.
Enregistrement d'un épisode du podcast Deux connards dans un bibliobus en lien avec la collection « Michel Froidevaux »
Par Quentin Le Guevel et Julien Prost (Bibliothécaires universitaires, France)
Mercredi 19 novembre 2025 | 15h30-20h30 (Dés)ordre en bibliothèque : vers une intégration critique des sexualités
Comment produire des savoirs sur les sexualités en bibliothèque ? En dialogue avec des chercheur/euse-x-s, artistes, bibliothécaires et médiateur/trice-x-s, cet événement propose d’explorer les enjeux scientifiques, politiques et éthiques discutés dans les bibliothèques universitaires et associatives aujourd’hui.
Entrée libre sur inscription à l'événement du 19.11.25
15h30 – 16h I Visite guidée de la collection «Michel Froidevaux»
16h – 16h30 I Introduction
De la constitution d’une collection privée aux rayons d’une bibliothèque universitaire Solène Gouilhers, coordinatrice du CMCSS Danièle Mussard et Thierry Chatelain, ancien-ne vice-présidente et président de la fondation F.I.N.A.L.E Juan Rigoli, professeur honoraire, UNIGE, Commission scientifique du CMCSS
16h30 – 17h30 I Conférences & échanges avec le public
Le développement d’une expertise - Présentation du travail du pôle Bibliothèque du CMCSS Camille Yassine, bibliothécaire spécialiste, Bibliothèque et CMCSS, UNIGE
Communauté, militantisme et bibliothèque: le cas des bibliothèques associatives queers Chloé Jean, coordinatrice scientifique, BnF, France
17h45 – 19h I Table ronde & échanges avec le public
Produire des savoirs sur les sexualités à partir de collections Ruby Faure, docteur-e en philosophie et études de genre, Paris 8 et HEAD – Genève Sylvie Godel, artiste, bibliothécaire, céramiste Loyse Graf, médiatrice culturelle, Musée d’art et d’histoire de Genève Julien Prost, bibliothécaire universitaire, France
Dès 19h I Projets artistiques, pistes de médiation & verrée
Introduction de Pauline Guex, chargée de projets, CMCSS
Déambulation et rencontre avec les artistes Sont présentés dans les espaces du CMCSS, les projets de : Sylvie Godel, lauréate de la bourse pour travail artistique du CMCSS Loane Trãn Colatruglio, Clément Hajjar et Noémy Rubio Meau, étudiant-e-x-s à la HEAD – Genève, dont les travaux ont été réalisés en écho aux collections du CMCSS, sous la dir. d’Aurélie Pétrel
Jeudi 20.11 I 12h I sur inscription
Visites croisées de la collection «Michel Froidevaux» et des projets artistiques par Camille Yassine et Pauline Guex
En 1980, sous l’impulsion de Grisélidis Réal, les droits des travailleuses du sexe sont discutés lors d’un événement organisé par l’Université de Genève et le Palais des Nations. Il s’agit du premier débat public dans un contexte universitaire à Genève où des travailleuses du sexe revendiquent leurs droits et prennent la parole sur leurs expériences et les stigmates liés à leur profession. Cette «entrée de la prostitution à l’université», telle qu’elle fut alors décrite par les médias, reste un fait relativement unique, tout spécifiquement relié à la figure particulière de Grisélidis Réal, prostituée, artiste et écrivaine – dont les 20 ans de la mort sont commémorés en cette année 2025. Quarante-cinq ans plus tard, cet épisode demeure un exemple emblématique de la volonté de faire reconnaître institutionnellement des savoirs marginalisés.
Dans cet esprit, cette rencontre propose de croiser les perspectives de chercheur/euse-x-s et d’acteur/trice-x-s de terrain afin d’explorer les articulations entre savoirs dits «scientifiques» et «expérientiels». Comment s’engager en faveur de la justice et de la responsabilité face aux logiques de pouvoir et d’exclusion qui traversent l’élaboration des savoirs?
17h I Mots de bienvenue Solène Gouilhers, docteure en sociologie, coordinatrice du CMCSS Daniela Solfaroli Camillocci, professeure, Institut d'histoire de la Réformation (IHR), directrice scientifique du CMCSS
18h – 19h30 I Table ronde & échanges avec le public Àgnes Földhazi, docteure en sociologie, maître d’enseignement, HETS – Genève Dominique Lagorgette, professeure de sciences du langage, Université Savoie Mont Blanc Cybèle Lespérance, escort et accompagnante sexuelle, militante et fondatrice de l’association Tullia Camille Montavon, maître-assistante, département de droit public, co-responsable de la Law Clinic, UNIGE Yumie Volupté, travailleuse du sexe
Mercredi 26 novembre 2025 | 18h15-20h00
Uni-Philosophes, PHIL 201 - Auditoire Jeanne Hersch
Bd des Philosophes 22, 1205 Genève
Penser les campagnes anti-genre depuis les études de genre et de sexualité
Conférence publique Éric Fassin, professeur de sociologie et d’études de genre à l’Université Paris 8
Chercheur au Sophiapol (Nanterre / Paris 8)
Membre senior de l’Institut Universitaire de France
Les campagnes anti-genre ne visent pas seulement les minorités sexuelles et les mouvements sociaux qui portent leurs revendications, que ce soit en termes de genre ou de sexualité. Elles articulent politiquement la réaction masculiniste à l’anti-intellectualisme en prenant pour cibles les études de genre. Or c’est depuis ce champ d’études qu’il est particulièrement éclairant d’analyser ces mouvements sociaux néofascistes. En premier lieu, parler de sexualité est une manière de mobiliser, en touchant l’intimité, les affects. Deuxièmement, l’engagement minoritaire des études de genre et de sexualité permet à leurs adversaires de dénoncer une confusion entre le savant et le politique que remettent précisément en cause les épistémologies féministes. Troisièmement, le concept de genre nous amène à appréhender le genre comme une manière de signifier les rapports de pouvoir – bien au-delà du genre et de la sexualité, qu’il s’agisse de race ou de classe. Bref, notre champ de recherches est bien placé pour penser les campagnes anti-genre.
Publications récentes (sélection) :
Misère de l’anti-intellectualisme. Du procès en wokisme au chantage à l’antisémitisme (Textuel, 2024, 2e édition augmentée : juin 2025).
La Savante et le politique. Ce que le féminisme fait aux études de genre (avec Caroline Ibos, PUF, octobre 2025).
S’engager en sociologue. Entretiens avec Ilana Eloit et Manuela Salcedo (Textuel, octobre 2025).
Une sélection d'ouvrages sera proposée à la vente en partenariat avec la librairie indépendante nouvelles pages.
18h15 – 18h30 I Mots de bienvenue Solène Gouilhers, docteure en sociologie, coordinatrice du CMCSS Lorena Parini, professeure honoraire, UNIGE, Commission scientifique du CMCSS
18h30 – 20h00 IConférence publique & échanges avec le public
Jeudi 27 novembre 2025 | 9h30-21h00 Soutenir une diversité de perspectives sur les sexualités : journée scientifique 2025 du CMCSS
Le Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités de l’Université de Genève (CMCSS) organise chaque année une journée scientifique pour mettre en réseau les recherches qu’il soutient et renforcer les savoirs interdisciplinaires sur les sexualités. L’objectif est de souligner la diversité des approches, des objets et des enjeux qui traversent ce champ d’études. Dans un contexte marqué par des tensions économiques, politiques et sociales, le laboratoire critique vise à activer des réflexions collectives sur les conditions actuelles de génération des savoirs en sciences des sexualités.
9h45 – 15h35 I Présentation des projets de recherche soutenus par le CMCSS & échanges avec le public
09h45 – 10h30 I Session 1 : Histoire, masculinités, sexualités
Nuits polluantes : masculinité et médecine en Suisse et en France (XVIIIe - XXe siècles) Francesca Arena, docteure en histoire, maître d’enseignement et de recherche, Institut Éthique Histoire Humanités (iEH2) Marie Leyder, post-doctorante FNS, iEH2 Nina Salouâ Studer, post-doctorante FNS, iEH2 Iris Rivoire, assistant-e de recherche FNS, iEH2
Les archives de Sodome : homoérotismes du baroque ibéro-américain Octavio Páez Granados, post-doctorant, BNF Université de Berne
Discussion/échanges avec le public
10h30 – 11h15 I Session 2 : Regards croisés sur l’éducation sexuelle
Education sexuelle basée sur les droits sexuels : Pratiques des professionnel-les dans les milieux spécialisés en Suisse romande Maya Machlout, doctorante, Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation
Quand l’éducation sexuelle s’impose, années 1970-2000. Sexualités et télévision Thierry Delessert, docteur en sciences politiques, collaborateur scientifique, Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation
Discussion/échanges avec le public
11h15 – 11h30 I Pause
11h30 – 12h30 I Session 3 : (Co-)production et circulation des savoirs sur les sexualités
Architecture fonctionnelle détaillée du clitoris Maéva Badré, doctorante, PhD School of Life Sciences, Faculté de médecine et Faculté des sciences
Déterminants du dépistage du cancer du col de l’utérus en zones rurales au Cameroun : résultats d’une étude Ania Wisniak, médecin interne de recherche aux HUG, doctorante, Institut de santé globale, Faculté de médecine
(Re)médiations numériques ? Circulation des savoirs et transformation des processus de socialisation sexuelle en Arménie Chiara Ansermin, doctorante, Institut Medialab, Faculté des sciences de la société
Discussion/échanges avec le public
12h30 – 13h45 I Pause déjeuner
13h45 – 14h45 I Session 4 : Subversions queer et machiniques
Conteur·se plutôt que "petite amie" : prototyper l'application porno-érotique StoryTellurX Saul Pandelakis, docteur en cinéma, professeur des universités, Université Toulouse - Jean Jaurès (UT2J)
Des allures dissidentes : « Je me demande si tu aimeras ça, it’s a little bit queer you know » Elizabeth Fischer, professeure, Design de Mode & Accessoires, HEAD – Genève Magali Le Mens, docteure en histoire de l’art, maîtresse de conférences, Université de Rennes 2, en délégation CNRS au CRAL/EHESS – Paris, chercheuse associée, HEAD – Genève
Discussion/échanges avec le public
14h45 – 15h35 I Session 5 : Arts, mémoires, mobilisations
Visions du sexe : la santé sexuelle féminine au prisme des arts visuels Giovanna Zapperi, professeure, Unité d’histoire de l’art, Faculté des lettres Célia Honoré, post-doctorante, Unité d’histoire de l’art, Faculté des lettres
Monuments queers : un état des lieux de mémoire en Suisse Taline Garibian, docteure en histoire, collaboratrice scientifique, Maison de l’Histoire
Le plafond de bronze. Genres, absences et monumentalité dans la sculpture publique à Genève Nadia Radwan, professeure, responsable du département Arts Visuels, HEAD – Genève
16h15 – 17h15 I Travailler sur les sexualités en 2025 : table ronde Alexandra Calmy, professeure, Faculté de médecine, responsable de l’Unité VIH aux HUG, Commission scientifique du CMCSS Michelle Cottier, professeure, Département de droit civil, Faculté de droit, directrice du Centre d'étude, de technique et d'évaluation législatives (CETEL) Olivier Desrichard, professeur, Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, Commission Universitaire pour une Recherche Ethique à l’Université de Genève (CUREG) Éric Fassin, professeur en sociologie et études de genre, Université Paris 8, chercheur au Sophiapol (Nanterre / Paris 8), membre senior de l’Institut Universitaire de France
En écho au mouvement Stand Up for Science qui se mobilise contre les attaques actuelles visant la recherche académique, le laboratoire critique propose de s’associer afin d’élaborer collectivement des pistes durables pour les sciences des sexualités.
Des moments de rencontre et de dialogue ont ponctué ces journées pour renforcer les liens entre recherche interdisciplinaire sur les sexualités, enseignements, arts et Cité. Des visites guidées des collections du CMCSS et des travaux artistiques exposés ont complété ce programme. Tous les événements étaient gratuits.