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L’idée n’est pas la plante desséchée qui gît dans la poussière de deux cartons gris.
L’idée n’est pas une phosphorescence, le terne reflet des réalités colorées et vivantes, le squelette dépouillé de ses chairs ou l’écorce enfermant le germe créateur.
On ne trouve pas l’idée dans les livres.
C’est du plus profond de notre être que sort l’idée, de cette région féconde et mystérieuse où l’homme ne descend jamais de lui-même. C’est de ce foyer vital, dont ne sourdent les émanations que sous l’empire du sublime : la nuit sur l’océan, par un couchant d’automne ou dans le silence auguste de deux cœurs amis.
Quand une symphonie s’est tue, le torrent jaillissant des mélodies laisse en chaque âme une résonance qui vibre de sa vie indépendante, un accord qui se répercute seul, de loin en loin. Ainsi la poussée de la vie laisse parfois émerger de ces unités petites, fractions du grand tout, qui palpitent comme lui dans la plénitude de leur harmonie intérieure.
L’idée est ce noyau de vie.
Lancée dans le monde, elle passe comme un ouragan, renverse les rois comme les prêtres, soulève les masses, fait vivre et fait mourir, décide du sort des batailles, crée la force des peuples et guide l’humanité entière.
Tout est idée, sort de l’idée et rentre en l’idée.
L’idée est un organisme. Elle naît, croît, puis meurt comme les organismes. Lorsqu’elle vit, elle fait battre un noyau intellectuel au sein du sentiment et de la volonté qui le baignent. Quand elle est morte, le noyau demeure seul, puis il se vide et il ne reste qu’une fine pellicule, rigide et incolore.
Telle est la force de l’idée, même morte, que parfois les fidèles encensent encore cette coquille vide : le dogme est une idée morte.
L’idée se renouvelle sans cesse. Elle est de toute éternité et sera éternellement. Les idées meurent et se succèdent ; mais, de même que la vie n’est vraiment elle qu’en éteignant jour après jour les êtres et les races qu’elle traverse dans son élan, de même l’idée, en sa course ascendante, ne crée qu’en paraissant détruire. Protée aux multiples formes, elle soulève l’homme, mais se résorbe en fumée quand il se retourne pour la saisir à son tour.
Au commencement était l’Idée, dit la parole mystérieuse de la cosmogonie chrétienne.