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Le bien, c’est la vie.
Lorsque, couchés dans l’herbe d’un sommet, on regarde le ciel et les nuages qui se poursuivent au gré de la brise, un bruit immense remplit la nature d’une harmonie grandiose et puissante. Et perdu au sein de cette musique, on cherche à en percevoir les phrases. Mais on ne parvient qu’à en saisir une ou deux, et le reste s’évanouit.
Ainsi, devant la richesse incalculable de la vie nous ne comprenons qu’une ou deux mélodies. Et l’un de ces rythmes, c’est le sentiment moral.
Le bien que nous connaissons n’est qu’une partie du vrai bien. Car le bien lui-même, c’est la vie.
La vie est une force, un élan, un courant de conscience qui, en pénétrant la matière, l’organise et y introduit l’harmonie, l’amour. Au-dessus des cellules qu’elle anime, elle crée les âmes qui en sont le lien. Au-dessus des âmes individuelles, elle crée les âmes sociales, les espèces. Au-dessus des races humaines, elle crée les patries et au-dessus des patries, elle crée l’Humanité.
Partout, la vie apporte l’harmonie, la solidarité dans les unités qu’elle embrasse, et crée au-dessus de ces unités de nouvelles unités plus vastes, qui les englobent en les dépassant. Force d’altruisme et d’union, telle est la vie.
Le bien est la libre action de cette force. Au dedans de nous il est la plus grande expansion de l’âme individuelle ; en dehors de nous il est l’effort vers le but dernier, où l’âme de l’humanité unira en elle les individus parvenus au plein épanouissement de leur nature bonne.
Le but du bien n’est pas l’individu, n’est pas les groupes ou même l’ensemble des individus, il est l’élément qui dépasse ces individus, le lien qui crée l’âme de demain. Nul ne vit pour soi-même, de même qu’en notre corps aucune cellule n’existe pour elle-même, et si chacun a des devoirs envers soi c’est en tant qu’il est le support nécessaire de l’âme de l’humanité.
Évolution de la vie et fin de la morale coïncident point pour point. La lutte pour la vie ne tient pas à l’essence de l’évolution : elle résulte non de l’action vitale, mais des empiétements des individus ou des sociétés sur la force elle-même de solidarité. C’est le propre du mal qui fait la lutte pour la vie : le détournement de cette vie par ceux qui se croient son but.
Hâter l’évolution, c’est faire le bien moral.