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Jésus est l’idée faite chair.
Quand la foule de Jérusalem s’étourdissait dans les pratiques vaines ou les distractions de la ville sainte, Jésus enfant méditait seul et notait en son âme les enseignements des sages.
Lorsque les établis grinçaient dans l’atelier de son père, son corps vigoureux travaillait en cadence, tandis que son esprit, dominé par l’idée qui naissait, s’envolait dans le règne de la lumière.
Et Jésus s’en allait solitaire par les chemins poussiéreux, à l’ombre des oliviers bleuâtres ou sur les grèves fuyantes du lac de Génésareth, et une immense révolte s’emparait de son âme, l’indignation sacrée que déchaîne l’idée.
Tantôt, pur et saint, il se laissait aller aux envolées superbes, il était projeté en élans gigantesques et sa méditation était soulevée par l’harmonie divine, suave et douce d’abord, puis énorme et triomphante. Et Jésus éprouvait l’ineffable et retrouvait Dieu.
Tantôt sa bonté infinie se tournait vers les hommes et il ramenait du ciel l’idée libre pour en féconder mieux l’esclave réalité. Et alors, à la pitié et à l’amour débordants succédait la sainte horreur de ce qui entrave l’élan vers l’idéal, l’horreur des autorités, des prêtres, des sages, de la tradition des anciens.
Et l’idée mûrissait en lui.
Enfin Jésus comprit pleinement l’immensité de l’héroïsme qu’il allait embrasser. Il connut que l’idée, pour se manifester, écrase tout ce qui semble respectable et légitime.
Tout ce qui est établi, d’abord, était foulé aux pieds par l’idée vengeresse, et le choc devait être tragique entre l’âme exquise de cet homme jeune et humble et l’obstination sourde des traditions stupides.
Les affections les plus chères étaient frappées par l’idée, car on hait le novateur et celui dont l’âme vierge fait tache sur le marais empesté des compromis journaliers. Et la douleur de Jésus devait être intense, car l’idée rend sensible et plein de compassion.
Le bonheur intime faisait place au déchirement de toute heure, car la vie pour l’idée n’est que lutte, renoncement et agonie. Et ce sacrifice était surhumain, pour celui qui avait vécu de la communion avec Dieu.
Mais l’existence normale est cette vie-là .
Il faut de l’héroïsme, sans doute, pour accepter cette vérité et laisser venir en pleine conscience l’idée terrible qui cherche à s’y manifester. Mais s’il est des hommes pour en arriver là , aucun n’a pu suivre ce calvaire, autrement qu’en pensée. Tous ont déserté et cet abject compromis les a voués à la destruction brève, car il n’est pas pardonné à celui qui pèche contre l’Esprit saint.
Jésus seul a réalisé l’idée.