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Deux enfants erraient seuls dans une forĂŞt.
Les sentiers succédaient aux sentiers, les clairières aux clairières, les fourrés aux fourrés et toujours la même angoisse oppressait leurs cœurs. Ils ne savaient où ils allaient et la peur s’emparait de leurs imaginations. Alors derrière les troncs se cachèrent des ombres menaçantes ; au sein des branches se dissimulèrent des yeux blancs et méchants ; dans le lointain apparurent avec la rapidité des vents des fantômes qui se rangeaient au bord du chemin pour les mieux épier. Et partout, dans le bruit des feuilles mortes, le craquement des branches ou les sanglots de l’air se firent entendre des sons mystérieux, des cris de douleurs ou des ricanements.
Mais, les deux enfants se ressaisirent par un acte de volonté en même temps que d’espoir.
L’un adora, puis se persuada que la réalité était bonne et que les sentiers de la forêt étaient l’œuvre sage dont les lois inconnues l’empêcheraient de se perdre. Et, dans sa foi sincère il partit, refusant de rien regarder sinon le but que voyait sa croyance. Il abdiqua, parce qu’il avait peur, et s’abêtit, parce qu’il se défiait de lui.
L’autre douta, réfléchit, puis seulement il adora. Il sentit du bien dans la réalité, mais, parce qu’il était courageux et que la vérité lui était plus chère que son seul contentement, il grimpa sur un arbre et sonda la profondeur des bois. Et alors, dans la recherche, il entrevit une direction, il espéra et s’y lança joyeux.
Telle est la foi et tel est le doute sincère. Ce que la première appelle humilité n’est souvent que peur et que lâcheté. Ce que le second appelle scepticisme n’est souvent que respect d’un idéal du vrai.
Il faut de la foi, mais la foi du sentiment, l’élan de l’âme qui vit et qui s’attache pour jamais au bien qu’elle a saisi. Mais, dans la pensée, la foi est une abdication. Elle cache un égoïsme craintif qui répugne à l’homme fort. Elle est une carapace, utile quand le danger menace, mais où la vie se meurt et le moi seul fleurit.
Le doute est lâcheté, quand il est sentiment. Pensée, il devient auguste d’une beauté morale supérieure à toute autre. Il est la condition douloureuse de l’enfantement de l’idée. Il est le laboratoire où se fabriquent les réalités belles qui dirigent la vie. Il est le moteur de la recherche, et la recherche est motrice du progrès.
Quand le chrétien a saisi la vie vraie, quand il s’est converti par le cœur et l’action, son devoir premier est de présenter ces réalités nouvelles à sa raison et la lutte qui s’ensuit est le champ de l’Idée, comme la douleur est l’aliment de l’art.