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Ce ne sont pas les politiciens qui sont coupables de la guerre. Ce ne sont pas les peuples. Ce ne sont même pas les fanatiques du militarisme, pauvres brutes abîmées par leur milieu antique. Ce ne sont pas non plus les patriotes étroits, dont l’esprit ne voit dans la patrie qu’un intérêt ou qu’une armée.
Ce qui est cause de la guerre, c’est tout ce qui a entravé l’idée.
Le bien, c’est le libre épanouissement de la vie, c’est le développement sans borne de la conscience et de l’âme entière, c’est en un mot l’action de l’idée.
Le mal, c’est la négation de cette action, c’est le détournement de cette énergie, c’est l’immobilisation de l’élan, c’est pour tout dire l’égoïsme de l’individu qui se prend pour sa propre fin, et qui fait dévier dans son intérêt propre le torrent des forces lancées par la vie vers l’idéal, l’inconnu, Dieu.
Laisser agir l’idée, ou plutôt faire agir l’idée, c’est rendre impossible toute crise comme celle d’aujourd’hui, car l’idée et la vie sont naturellement dirigées vers l’amour et le sacrifice.
Et le mal est incarné dans l’esprit conservateur, ennemi de l’idée, fait tout entier d’égoïsme et d’orgueil.
C’est l’esprit conservateur qui a causé la guerre, car sans lui le christianisme eût été une force d’action bonne, au lieu d’aboutir à la plus lamentable des démissions. Il eût été le christianisme social fondé par Jésus et non le dogmatisme des orthodoxes de toute farine.
C’est l’esprit conservateur qui est coupable, car il a nié le progrès et en niant le progrès a interdit de travailler pour la paix du monde, a entretenu les armées, a détruit la foi en la dignité de l’homme, en la force de l’évolution morale.
C’est l’esprit conservateur qui est responsable, car sans lui le peuple ne serait pas resté dans la misère et se fût affirmé dans son idéal sacré et n’eût pas rencontré devant lui l’obstination d’une bourgeoisie ignorante de ses devoirs.
C’est l’esprit conservateur qui est coupable, car sans lui la femme serait l’égale de l’homme et jamais les horreurs de ce siècle n’auraient subsisté devant elle.
Mais l’esprit conservateur a tué l’idée.
C’est lui qui est l’auteur de la guerre.