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Défions-nous de ceux qui nient le progrès, car sous leur tristesse feinte se cache l’envie de conserver ce qui est. Les miséreux, ceux que l’égoïsme et l’orgueil des grands ont privé de ce qu’ils avaient de plus légitime, croient au progrès et travaillent à son avènement. Voilà pourquoi ceux qui connaissent vraiment la douleur ont la foi de l’optimisme et voilà pourquoi ceux que les injustices et les péchés des hommes ont fait privilégiés, c’est-à -dire conservateurs, aiment à se draper d’un pessimisme fier.
Croyons au progrès, pour mieux faire le bien.
Le progrès moral, c’est l’accroissement de ce qui constitue déjà et constituera de plus en plus la grande âme de l’humanité, but du bien et de la vie.
Aux premiers temps, il n’était rien de semblable. Pas même de patries, point d’âmes des cités, pas de races, pas de tribus. Seule la famille, au-dessus des individus qui la composaient, était l’unité capable d’avoir une âme. La famille était le but de la morale et l’âme de la famille s’attachait ses enfants par une religion à elle, le culte des morts chez les anciens Romains, des Élohim du désert chez les premiers Hébreux.
Alors, ce n’étaient que luttes égoïstes entre familles distinctes, comme aujourd’hui même entre patries voisines, parce qu’aucun lien ne les unissait encore. L’Élohim d’Abraham était un dieu méchant, qui détestait tout, hormis la famille du patriarche.
Puis, peu à peu, la vie a créé au-dessus de la famille les tribus et les clans, âmes plus vastes ayant chacune sa morale à elle et sa religion propre.
Et de même que les familles s’étaient détestées, de même aussi les tribus se haïrent entre elles.
Puis sont venues les races et enfin les patries. Et nous en sommes là . Jadis ils n’étaient point de patries, d’âmes réelles planant sur un pays. La Grèce morcelée ou les Gaules de César n’étaient pas des patries. Mais aujourd’hui les âmes des patries sont des forces, des forces immenses qui, latentes, peuvent se réveiller en une nuit, ou se créer en un jour.
La guerre même est donc signe de progrès. Ayons et gardons cette foi : un jour viendra où nos patries, démesurément épanouies, constitueront enfin l’âme de l’humanité, le but de nos efforts et la fin du progrès. Honte à ces conservateurs qui, patriotes étroits, ne voient dans l’Humanité qu’un vain mot ! Honneur à qui, dans la naïveté de son œuvre, travaille dans le sens de la vie.
Être, c’est se transformer, et quand la vie se transforme, c’est au progrès qu’elle marche.