La Mission de l’idée ()

XLIV a

Lorsque le blé croît au printemps, les petites pousses vertes se dressent sur les mottes avec l’élan de la jeunesse. Quand le vent et la pluie balayent la campagne ou que le soleil dessèche la terre, elles se livrent entre elles une lutte à mort, tant est dure l’existence et nécessaire le combat. Et dans la mêlée, meurent les faibles, souffrent les fortes et s’use la vie. Mais, quand à la poussée aveugle succède le repos, quand les survivants de la lutte s’épanouissent sans plus nuire à personne, alors l’harmonie renaît et la moisson est grande.

Ainsi viendra la paix.

L’homme a maintenu la femme en tutelle, la bourgeoisie a opprimé le peuple, le conservatisme a tué la vie, l’orthodoxie l’idée, des hommes méchants ont sali les patries et les patries se sont détestées. Et, dans ce grand désordre, s’élèvent de toute part des clameurs, des gémissements, des cris de haine ou des chants d’espérance. La masse se soulève et retombe par places, des convulsions gigantesques secouent la surface pour s’adoucir ensuite.

Mais c’est la croissance auguste de la vie où mûrit lentement la moisson de demain.

Courage donc ! Rien ne va mal, tant que l’Idée demeure. Relevons-nous et bâtissons à nouveau. Un jour viendra où les forces adverses s’équilibreront toutes, où ce chaos s’harmonisera en un organisme palpitant de beauté. C’est là le but du christianisme.

Quand la femme se sera levée, le peuple redeviendra conscient de ses devoirs. Plus rien alors ne lui résistera. C’est dans le peuple qu’est l’avenir.

Et alors, si quelque impie vient parler encore de l’empire d’un pays, de l’honneur des nations, des intérêts d’une patrie, sa voix sera noyée dans l’océan de la voix même du peuple et sa vie mauvaise sera vite absorbée par la masse de la Vie tout entière.

Et alors pourra s’élever en nous et sur nous la réalité belle de l’humanité véritable, vaste accord où vibreront les notes particulières de nos âmes exaltées.