La Mission de l’idée ()

XX a

Il est des maladies qui sont signe de vie.

Quand l’enfant est sur le point de devenir homme, un mal indécis s’abat sur tout son être. Son corps est plus faible et plus digne de respect, car il est le siège d’un travail auguste. Son âme est en proie à une inquiétude qui est une attente, à une douleur parfois, combien belle en sa source mystérieuse.

Et alors, de cette crise sort un fruit mûri, car plus la vie est remuée, plus puissante est son œuvre.

Ainsi naîtra l’humanité.

Tel un travailleur, qui, après un effort surhumain, sent sa poitrine se gonfler et palpiter, tandis que le pénètre la joie de cette plénitude de vie, telle aussi l’humanité, après la violence des luttes d’aujourd’hui savourera avec plus de profondeur l’intensité de son labeur énorme.

Du cercueil où s’étend le conservatisme d’hier, surgit déjà l’idée de demain, comme du charnier qui pourrit sous la chaleur du soleil, s’élève confus le vagissement de la vie.

Un remords éternel pèsera sur nous tous, si nous n’agissons pas, car nous avons passé par où jamais homme ne passa, car nous avons vu ce que jamais homme ne vit, car nous détenons pour l’avenir ce que jamais homme ne détint en lui-même.

Nos pères ont péché, mais c’est par ignorance. Nous, nous connaissons et cela nous condamne. La guerre nous l’a appris : le grand coupable, c’est le conservatisme. Voilà ce qui nous élève, et augmente nos devoirs.

Comme des coureurs, frémissants d’impatience, jettent au loin ce qui les entrave et bondissent dans la plaine, secouons, pleins d’espoir, le poids qui nous oppresse et lançons-nous vers l’infini divin.