La Mission de l’idée ()

XLI a

Le féminisme est un devoir pour l’Église, car tout ce qui touche au salut social doit être sa mission.

On pose mal le problème du féminisme. On parle de droits, il ne s’agit que de devoirs. Toute la société actuelle repose sur cette erreur. On énumère les droits de l’individu, les droits du peuple, les droits de la femme et ceux de la liberté, quand il faudrait parler des devoirs de l’individu, des devoirs du peuple, de l’action de la femme et de la responsabilité.

Un devoir suppose un droit, tandis qu’un droit ne suppose pas de devoirs. Un devoir est une force réelle, qui veut s’affirmer et se frayer un chemin. Un droit n’est qu’une place vide où le premier occupant peut aussi bien être mauvais qu’homme de bien.

La femme n’a pas à réclamer de droits. C’est un devoir qu’elle poursuit, le devoir de régénérer les débris de l’état social où l’esprit conservateur a précipité l’homme.

Tel doit être le point de vue chrétien.

C’est sur des devoirs que doit se baser le monde à venir, et non plus sur des droits. Les hommes ont fait de la politique le commerce infâme qui vicie les patries ; ils ont été assez insensés pour ne pas préparer la paix ; ils ont négligé les lois philanthropiques, par leur logique étroite ; ils sont incapables de vie, de morale et de beauté, dès qu’ils sont seuls à la besogne.

C’est du vote de la femme que sortiront la paix, la mort de la politique d’intérêt, l’idéalisme patriotique, les lois humanitaires, la régénération sociale, le relèvement du prolétariat. La femme rendra impossible, une fois consciente de ses droits, une crise aussi gigantesque que celle où périt aujourd’hui tout ce qui était d’hier.

Tel est l’idéal, et un idéal posé devient un devoir. Le féminisme pourrait même compromettre la grâce de la femme et la tranquillité de la famille, qu’un devoir resterait un devoir et que le féminisme devrait rester l’école du sacrifice à l’idée, du combat pénible à la tête du progrès.

Mais l’Église, par son étroitesse, a fait corps avec le conservatisme pour lutter une fois de plus contre le bien et la vie.