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L’Église prêche l’humilité, et sous ce dehors trouve moyen de cacher son orgueil, comme dans le salut elle prêche le renoncement et de cela même trouve moyen de tirer égoïsme.
Quand, par une soirée de printemps, les buées qui couvraient la plaine se dissipent soudain, le ciel s’étend splendide en sa nappe froide et bleue, les Alpes surgissent des nimbes de brouillards, le soleil recouvre le lac de rayons irisés qui chatoient au milieu du vert sombre des eaux pures, lequel est le poète, celui qui adore silencieux, ou celui qui commente à pleine bouche l’effet qu’il croit seul comprendre ?
Et, de même, devant la musique sacrée des choses de l’âme, devant le mystère éternel du foyer intérieur, devant les réalités splendides du travail divin, lequel est l’homme humble, celui qui communie sans comprendre et qui, parce qu’il a senti l’ineffable et s’est pénétré de l’incompréhensible, refuse d’admettre les explications qui lui sont à scandale, ou celui qui, adoptant l’opinion faite, en veut persuader le monde et crie au blasphème pour qui le contredit ?
Quand l’Église voit l’orgueil parmi les novateurs et déclare seule humble l’attitude respectueuse vis-à -vis de son dogme, ne fait-elle pas l’éloge de son propre ouvrage et ne renverse-t-elle pas les rôles en sa colère naïve ?
Quand l’orthodoxe apostrophe la raison et flagelle ceux qui s’en prennent aux convictions toutes faites, ne se pose-t-il pas en juge suprême, supérieur même aux lois de la pensée et seul confident des messages divins ?
Devant le mystère de la mort, lequel est le croyant humble, celui pour qui la conversion n’est que la confiance en Christ, l’oubli de soi allant jusqu’à supprimer l’angoisse de l’au-delà pour mieux travailler à la lutte du bien, ou celui qui tient pour assurée la vie paradisiaque et qui menace et frappe quiconque sape cet espoir ?
Lorsque le peuple souffre et proclame ses droits, lequel est l’humble chrétien, celui qui accepte une collaboration nette, travaillant au bien de ceux qu’il sert, tels qu’ils l’entendent eux, et non tel qu’il le conçoit lui, ou celui qui se croit si plein de sagesse que, tel Dieu, il sache mieux qu’autrui ce dont autrui a besoin ?
Et quand Jésus parle en personne lequel est l’humble serviteur, celui qui n’écoute que le Maître et comprend comme il peut, ou celui qui ne l’entend plus qu’au travers de l’appareil épais des croyances figées et des traditions immuables, soutien éternel des orthodoxies mortes ?