XLV a
L’église de demain ne sera plus Église.
Quand Jésus, suivi des douze, arrivait par la route poudreuse sous le ciel bleu clair d’un village de Palestine, le peuple s’amassait autour d’eux et le Maître enseignait.
Et alors, villageois ou voyageurs, juifs et samaritains, docteurs de la loi ou laboureurs paisibles, tous l’écoutaient et entre eux se tissait la trame invisible de l’harmonie morale. Ignorants ou savants, ils étaient dans la communion de l’âme, parce qu’aucun credo ne les divisait. Et, unis dans leur diversité, unis par leur diversité, car, lorsque l’union vient du cœur, la diversité de l’esprit ne fait que l’accentuer, ils vivaient la même vie, voyaient le même but et vibraient du même accord.
Telle sera l’Église, quand son ciment sera intime et non superficiel, quand elle sera vie vraie et non dogme extérieur.
La vraie communion, celle de la sympathie et de l’action bonne, unira les croyants dans une marche identique vers le but idéal.
Et chaque croyant, en son être intime, construira l’édifice rationnel qui lui siéra le mieux, pour envelopper le noyau de vie que sentira son cœur. Autant d’individus, autant de dogmatiques, et leur infinité même, leur diversité et leurs contradictions empêcheront à jamais les idées vivifiantes de s’automatiser ou de lutter entre elles.
Et Dieu sera tout en tous, interprété par tous en un sens différent, jusqu’à ce que la mort dévoile aux hommes de bien la perspective unique prise sur l’absolu.