XXX a
L’orthodoxie est coupable de la guerre.
C’est elle qui a tué le christianisme, pour en profiter mieux. C’est sur elle que retomberont les conséquences de ses crimes.
Mais mettons-nous à l’école de Jésus, qui flagellait un esprit, mais pardonnait à tous. Car le pardon est la plus grande réalité chrétienne. Le pardon des hommes entre eux, le pardon du Christ aux hommes, le pardon de Dieu lui-même, trois ordres supérieurs dans la mesure de la grandeur des outrages.
C’est là un enseignement de la guerre : tout comprendre, pour tout pardonner. Le patriote qui va jusqu’à identifier Dieu avec sa patrie propre, la cause chrétienne avec son intérêt commercial, est un homme capable d’enthousiasme, sincère, dévoué à son idéal jusque souvent à l’héroïsme. Réalité troublante, qui cache un trésor d’enseignement. De même l’orthodoxe doit aussi devenir à nos yeux l’être digne de respect dont nous ne pouvons ni ne devons mettre en doute la sincérité ni la beauté morale. Nous savons qu’il pèche et devons en douter. Nous devons le condamner et devons l’excuser. Charité et pitié, il en est digne.
Abraham immolait Isaac par respect pour une loi supérieure. Ainsi devons-nous lutter contre nos frères pour le bien du christianisme. Mais de même qu’Abraham savait Isaac innocent, de même devons-nous tout excuser chez ceux que nous flagellons.
« Race de vipère », disait Jésus à ses ennemis, et il dénonçait avec une implacable rigueur le mal qui était en eux. « Ils ne savent ce qu’ils font », ajoutait-il, puis « pardonne-leur » demandait-il enfin à celui qui seul sait juger.
Orthodoxes, vous avez perdu l’Église, vous êtes responsables de sa démission, votre esprit n’est qu’égoïsme et orgueil, notre devoir est de le dire, mais nous vous respectons, car le pardon est la plus grande des obligations morales. Vous tuez Christ, mais n’en êtes pas coupables.