XLVI a

Telle est la mission de l’idée.

C’est la mort de l’idée qui a produit l’orthodoxie, c’est l’orthodoxie qui a permis le conservatisme, c’est le conservatisme qui a tué l’élan. C’est la mort de l’idée qui a tout dissocié, qui a éparpillé les forces pour qu’elles se brisent séparément : la science a renié la vraie philosophie, la philosophie s’est immobilisée en reniant la religion, la religion est morte en voulant rester elle.

Que l’idée renaisse, qu’elle soulève de son souffle les âmes religieuses, et la religion rajeunie et ramenée au vrai Christ, au Dieu vraiment esprit, harmonisera science et philosophie, pénétrera la foule et sauvera le monde, restaurant dans nos vies cet équilibre plénier qui leur manque aujourd’hui.

Seul l’élan de l’idée secouera jusqu’en leur for intime les parties disloquées de l’âme qui se cherche au-dessus des humains, et unira en une synthèse suprême les tendances diverses qui déchirent le monde.

Par une nuit épaisse combattaient des soldats. Par petits groupes, ils luttaient chacun comme un héros, épuisant dans son œuvre toutes les forces de son âme. Mais dans l’obscurité aucune union n’était possible, chaque groupe travaillait pour son compte et au sein de chaque groupe les hommes mêmes ne savaient ce qu’ils faisaient. Mais soudain une vive lumière resplendit sur leur tête, et alors en un élan superbe tous se massèrent en ordre, et de cette harmonie sortit la victoire.

Ainsi quand renaîtra l’idée, chaque homme, peinant aujourd’hui dans l’ombre, trouvera sa place faite dans la vaste harmonie qui par son crescendo poussera la vie, si haut qu’elle verra Dieu.

Mais, pour que l’idée renaisse, il faut l’aide de chacun. La métaphysique n’est pas art aristocratique. Le savant, qui trouve des hypothèses, doit mettre au-dessus d’elles l’édifice grandiose qui les puisse contenir ; le chrétien, qui dans le fond de son cœur a senti une vie, doit se l’assimiler par l’interprétation qu’en donne sa raison ; l’homme moral, qui dans son action veut une règle de vie, doit pour la justifier construire une idée. Le propre de chaque homme doit être son idée et de ces idéaux, nombreux comme les cellules, sortira l’idée vraie, comme l’âme du corps.

Oh ! que les larmes versées pendant la guerre produisent ce beau fruit : la naissance nouvelle du christianisme.

Car telle est la mission de l’Idée.