XXXIX a đź”—
L’Église a trahi le peuple.
C’est sa mission la plus sacrée qu’elle a ainsi reniée. Jésus était fils du peuple et s’il a voulu sauver le monde, c’était par le peuple et pour le peuple.
Par un abus impie, le salut a été monopolisé en faveur des individus. « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice » a déclaré Jésus, et l’Église, non seulement a retranché du monde ce royaume, mais l’a délibérément remplacé par la grâce personnelle.
Voilà pourquoi notre christianisme est un christianisme bourgeois, indigne parodie et profanation sacrilège qui ravit Jésus de sa fange sublime pour le transporter dans le confort odieux de nos salons mesquins.
VoilĂ pourquoi le peuple a le prĂŞtre en horreur.
Voilà pourquoi le socialisme en son idéal grandiose et naïf veut être une religion, mais ne peut que végéter, car les chrétiens détournent ce qui ferait sa force.
Et ce qui a fait cela c’est la mort de l’Idée. Le dogme chrétien a trahi le peuple. À cause de la sanction impie, du salut individuel, de l’expiation, de la morale intéressée, de l’individualisme borné, de la stagnation de la théologie, le peuple a déserté l’Église. C’est celle-ci la grande coupable et c’est lui le martyre.
Le peuple est la force de demain. Il est le foyer, inerte en apparence, où grondent toutes les virtualités qui se lèveront un jour. La guerre les fera naître.
Parfois, dans la haute Alpe, la nature paraît figée et morte. Dans ce décor sans bornes où les glaces, d’autant plus immobiles qu’elles sont plus tourmentées, s’harmonisent avec le bleu sans taches d’un ciel infini et la terreur froide des combes désertes et grises, l’orchestre de l’air, sourd et lent, obsède comme un glas. Mais soudain, au bruit d’une avalanche, mille cris divers retentissent. De ce sépulcre immuable surgissent des foules d’êtres, vivants et agiles, qui sifflent et tournoient dans le vide.
Ainsi la masse du peuple, anonyme mais belle, au choc de la guerre d’aujourd’hui se réveillera soudain et mille clameurs s’élèveront des recoins les plus noirs.
Malheur à nous, alors, qui l’aurons méconnu durant ses jours sombres.