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1949-06-19, Alice de Rougemont à Denis de Rougemont §

Mon cher Denis,

Ta lettre m’a fait un immense plaisir. — J’avais hâte de l’avoir, je dois dire, car tu sais que la mort de ton parrain m’avait fait beaucoup de peine. — Et puis la perspective de vous avoir une fois, me fait une grande joie aussi. — Ton message à la radio est une chose réconfortante, et beaucoup me l’ont dit. Mais j’avais besoin d’un message plus direct. — Papa était absorbé par sa paroisse, mais toi, tu as des préoccupations européennes, et c’est infini. Figure-toi que nous avons la visite, Tante Beth et moi, du docteur Jean de Rougemont, de Lyon (appelé à Neuchâtel pour une causerie médicale) qui s’intéresse fort à la famille et à toi, en particulier. – Il est beau-frère de René Courtin du Monde. Il a 53 ans, est très sympathique, a le type Rougemont, et ne désespère pas de te voir à Lyon [p. 2] chez Roland de Pury.

Tante Beth est ici jusqu’à la fin du mois, et ensuite ce sera le tour d’Anne-Marie. Cette séparation me semble de plus en plus lourde à envisager. Je ne vois rien pour elle, et dois vraiment aller au jour le jour pour de bon, et elle aussi, à bien plus forte raison la pauvre. — J’espère que le voyage de Simonne se sera bien passé, et qu’elle aura pu laisser sa mère, sans trop de souci. — Cela m’amuse de savoir que Nicolas a fait connaissance du Grütli, j’espère que la corde patriotique aura vibré chez ce petit Américain.

Ton histoire avec le roi des Belges est amusante. — Quant à sa sœur, te rappelles-tu le prestige qu’elle avait comme princesse pendant la première guerre, aux yeux des enfants d’alors ?

Je termine, désirant que ma lettre parte. Tu auras reçu la carte, où je te disais la maladie d’Oncle Edmond. Il a été 8 jours au lit, soignant sa jambe. Ce n’est que le samedi que son état s’est aggravé subitement, et c’est dans la nuit de samedi à dimanche que je l’ai veillé. Ça m’est une grande joie d’avoir pu faire cela pour lui, et nous avons eu pendant la nuit des moments de conversation, tranquille.

Oncle Louis est bien triste, mais ce sera une bonne diversion pour vous de l’avoir, et spécialement pour Oncle Henry qui est très préoccupé par ce coup.

Tous mes baisers et messages pour vous, et à bientôt.
Maman