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1938-11-01, Georges de Rougemont à Denis de Rougemont §

Mon cher Denis,

Remercie Simone qui vient de nous donner un tas de nouvelles, qu’il faut, je pense, qualifier de bonnes nouvelles ! Tu nous disais dans ta lettre d’octobre, que tu étais sur le point de renoncer à écrire un Nicolas de Flüe ; j’en avais éprouvé un certain soulagement. Te voilà maintenant engagé. Je ne doute pas que tu réussisses ; mais je crains que tu sois trop chargé ; je pense à ton contrat avec Gallimard. Je sais bien que tu viens de lui donner un acompte qui n’est pas sans valoir : et qui se vendra bien, pour peu que la presse se donne la peine de le faire connaître. Tu as bien fait de publier ce petit livre ; il ne vient pas trop tard ; j’espère que nos gens le liront. C’est un plaisir de lire un livre bien écrit, et avec la pensée duquel on se sent entièrement d’accord.

Je suis enchanté du titre que tu as choisi pour ta conférence aux APP. Je n’aimais pas beaucoup « Christianisme : fondement d’une doctrine de la personne ». « Protestantisme, formateur de personnalités »a, c’est parfait. Je pense à cette [p. 2] conférence avec joie et émotion ; c’est la première fois que je t’entendrai discourir en public. Il est vrai que j’en aurai un avant-goût dans quelques jours, m’étant inscrit pour la [Illisible] du 11.

Je suis bien content de savoir Nicolas bien soigné, et en bonnes dispositions. Il est si attachant ; on voudrait le voir souvent ; la séparation nous prive de bien des joies.

Ayant reçu un cadeau, à l’occasion d’une bénédiction de mariage, avec recommandation expresse de nous en faire du bien, nous avons, maman et moi, fait une randonnée de deux jours, dans la Suisse centrale. Ce fut un pèlerinage national : Chapelle de Tell, prairie du Grütli, Altdorf avec sa classique statue, et [visite], à Schwyz, de la charte fédérale, dans un petit palais, [Illisible]. Nous sommes rentrés enchantés de notre escapade.

Donne à Nicolas un baiser de grand’père, et à Simonne un baiser de papa.

À bientôt donc ; tâche de ne pas arriver au dernier moment, [Illisible].
Ton père aff.